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Macky Sall doit faire de l’Union africaine un acteur diplomatique crédible

Jean-Baptiste Noé*

Publié le 11 janvier 2022 à 16:00 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:46

Macky Sall

Photo d'illustration

DR

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En février prochain, Macky Sall, actuel président du Sénégal, prendra la tête de l'Union africaine, le mandat du Congolais Félix Tshishekedi s'achevant. En plus de répondre à des problématiques systémiques et conjoncturelles complexes, Macky Sall aura pour mission d'exhausser l'Union africaine comme un acteur diplomatique crédible, dont les ambitions originellement élevées tranchent avec ses échecs successifs. Le retour du Sénégal sur la scène diplomatique et son positionnement raisonnablement panafricain lui en donnent les moyens.

« Un syndicat de chefs d'État qui se couvrent mutuellement ». Cette critique, récemment portée par l'avocate tchadienne Jacqueline Moudeïna, est sûrement l'une des plus récurrentes contre l'Union africaine (UA). En confiant la « gestion africaine des crises africaines » à des chefs d'État souvent connus pour leurs atteintes répétées aux droits humains ou à la démocratie, l'UA porte en elle-même, selon ses nombreux détracteurs, les causes de ses échecs. L'UA peut en effet difficilement faire la promotion de la démocratie quand, comme entre janvier 2015 et janvier 2016, son président s'appelle Robert Mugabe.

Pendant son mandat, Félix Tshishekedi a ainsi eu à gérer deux coups d'État. Au Mali en mai 2021 avec Assimi Goïta, colonel à la tête des forces spéciales maliennes et en Guinée en septembre dernier, avec Mamady Doumbouya, lui aussi colonel, commandant le Groupement des forces spéciales guinéennes. Sans oublier l'insoluble conflit du Tigré, dans lequel une partie du territoire éthiopien échappe désormais à l'autorité du gouvernement fédéral. Outre les traditionnelles condamnations de façade, qui se sont achevées par les suspensions successives du Mali et de la Guinée de l'Union africaine, l'organisation s'est, d'un point de vue opérationnel, montrée incapable d'avoir un quelconque impact sur l'évolution politico-sécuritaire de ces pays. D'autant que, dans les deux cas, aucun des putschistes en place ne semble décidé à mener une transition civile dans des délais raisonnables.

La solidité de l'appareil diplomatique sénégalais est un atout sérieux

Macky Sall a pour lui la légitimité d'un chef d'État qui n'a jamais transigé avec l'ordre constitutionnel du Sénégal et ne s'est pas égaré dans des révisions hasardeuses des textes fondamentaux. Il a, au fil des années, réussi à se doter d'une posture panafricaine, en réclamant l'allongement du moratoire sur les dettes africaines ou encore la réallocation d'une partie des droits de tirage spéciaux du FMI vers l'Afrique. Il a fait l'unanimité en exigeant l'allocation de deux sièges permanents pour l'Afrique au Conseil de Sécurité de l'ONU, où le continent occupe en effet une grande partie des débats sans réelle représentation. Une posture courageuse qui, bien que largement partagée en Afrique, n'est pas au goût des grandes puissances.

Il peut aussi compter sur une task-force diplomatique de très haut niveau, affûtée aux organisations multilatérales, dont l'excellence n'est pas étrangère au retour en force du Sénégal sur la scène diplomatique internationale. Citons entre autres Oumar Demba Ba, ancien représentant permanent du Sénégal à l'ONU, le général Babacar Gaye, habitué des missions onusiennes de maintien de la paix ou encore Cheikh Tidiane Gadio, qui a servi auprès de l'Organisation internationale de la francophonie et de l'Organisation de la Coopération islamique. Plus encore, l'annonce de la recréation d'un poste de Premier ministre au Sénégal en décembre dernier — supprimé en 2019 — témoigne de la volonté de Macky Sall de consacrer une grande partie de son temps à l'Union africaine.

Inscrire son mandat dans le souvenir de la présidence Kagamé

Macky Sall a eu l'intelligence de préparer son mandat en jetant les bases de quelques projets phares. Avec son soutien affirmé à la création d'une force continentale flexible — un projet ancien toujours pas opérationnel —, capable de se déployer rapidement sur les zones de crise par exemple. Face à la crise sanitaire, son engagement en faveur du centre de production de vaccins de l'Institut Pasteur de Dakar, qui aura bientôt la capacité d'irriguer le continent de 300 millions de doses, est l'embryon d'un début de souveraineté vaccinale, le continent dépendant encore largement du mécanisme COVAX. Face au réchauffement climatique, son soutien à la Grande muraille verte africaine témoigne de son implication sur un projet transfrontières.

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Macky Sall a les outils pour inscrire son mandat dans le souvenir de la présidence Kagamé (janvier 2018 - janvier 2019), dont le bilan a été marqué par un début d'autonomisation financière — encore inachevée — de l'institution, la création d'un « Fonds pour la paix » qui engage financièrement l'institution dans la sécurité collective du continent ou encore la création d'une zone continentale de libre-échange. Il a, également, les moyens de faire de l'UA un acteur diplomatique crédible en faisant parler l'organisation d'une seule et même voix sur quelques principes clés, de l'exhausser comme un acteur diplomatique de premier plan et d'en faire un outil capable d'intervenir opérationnellement sur le continent.

(*) Professeur de géopolitique à l'Université catholique de l'Ouest ; Rédacteur en chef de la revue Conflits.

Jean-Baptiste Noé*

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