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L’urbanisme doit rattraper l’Afrique des villes

Beaugrain Doumongue*

Publié le 14 septembre 2022 à 10:38 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:43

Maputo

Maputo Katembe Bridge, Maputo, Mozambique, 2019.

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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En 2035, un quart de siècle après la France, l’Afrique devrait atteindre un nombre équivalent d’urbains et de ruraux. Le continent devra donc affronter une réalité nouvelle face à laquelle il reste pour l’instant, insuffisamment préparé. Il faut repenser l’urbanisme sur le continent.

Dubaï, symbole de la démesure humaine, est la ville qui brise les limites du possible, importe des matériaux, ouvriers, produits alimentaires, et technologies, au profit de projets pharaoniques. Cette ville incarne l'âme vivante de la modernité dans sa forme la plus achevée et élève l'extrême au rang de performance artistique, non sans conquérir des cœurs sous les tropiques. Aussi dépendante qu'éloignée de la nature, Dubaï s'érige en modèle phare du développement par excellence pour les Africains. Ils se hâtent dans la foulée, de concevoir des visions de leur développement urbain, presque totalement déconnectées de leurs réalités et, sans doute, de leurs possibilités. On observe en effet une ruée panafricaine vers la « ville intelligente » du futur qui émerge de plus en plus depuis quelques années. En effet, de Konza Techno City au Kenya à Eko Atlantic au Nigeria, la tendance reste lourde.

Cela apparaît d'autant plus étrange que le contexte africain raconte une histoire si particulière que son approche de la ville s'en trouve pressée de revêtir une logique qui s'adapte au terrain. Il faut promouvoir des solutions réalistes et viables vis-à-vis de l'environnement local. Dans ce sillage, il urge de décorréler les images purement occidentales de la vision de l'urbain africain pour concevoir une prospective crédible. Car, dans exactement treize ans, soit en 2035, l'Afrique devrait franchir un cap important de son évolution dynamique, en atteignant pour la première fois, un nombre équivalent d'urbains et de ruraux. Ce moment représentera un symbole clé de la gravité de la trajectoire démographique continentale, mais également celui des défis qui en émaneront.

Maîtriser les urgences

Avec une population estimée à 1,3 milliards d'individus pour une superficie de 30,258 millions km², l'Afrique abrite environ 17% de la population mondiale sur 22% des terres de la planète. Au cours des dernières années, le taux d'urbanisation du continent a considérablement évolué en consommant des espaces vitaux. Il est d'ailleurs estimé que les villes absorberaient 5.87 millions de km2 de terres entre 2012 et 2027, soit 22 fois la superficie du Gabon, 30 fois la superficie du Sénégal et 104 fois celle du Togo. Cela se note dans des cas très précis comme à Kampala en Ouganda, ville à la croissance frénétique dont l'emprise a quintuplé en 20 ans (1990-2010) et qui est en passe d'atteindre les 1000 km2 en 2030 contre 71km2 en 1989. De plus la tendance y est si forte qu'il est attendu que l'espace compris entre Kampala et Kisumu (au Kenya) se transforme en une unique conurbation, autrement dit, en une ville qui s'étend sur 300 km.

Dans la majorité des villes africaines, principalement les plus grandes, on observe par ailleurs que la distinction entre la ville et les villages est de moins en moins nette, et la confusion entre l'urbain et le rural est plus que jamais palpable. L'activité économique et les modes de vie foisonnants tendent à brouiller des limites autrefois claires entre deux mondes séparés. Aujourd'hui, le temps est presque passé sur les mémoires de cette époque pas si lointaine. L'explosion démographique, l'amélioration des moyens de transport, le désenclavement, l'expansion horizontale des villes et la diffusion des moyens de communication de masse rompent des barrières jadis limitantes, favorisant ainsi l'entrelacement des villes avec leurs campagnes plus ou moins avoisinantes.

Les villes africaines se trouvent finalement devenues des territoires d'une espèce de mosaïque diversement vécue par les différentes couches sociales qui les composent. Chacune des couches sociales possède, de fait, un rapport différent avec les systèmes urbains ; rapport fortement adossé à la diversité de ses représentations et pratiques (déplacements, travail, réseaux, etc.) du milieu. Les responsables politiques, planificateurs, entrepreneurs, experts en développement ainsi que les citadins ordinaires ont des visions différentes et parfois contradictoires de leurs villes. Les contrastes qui caractérisent la ville africaine renforcent ces contradictions du fait des dissimilitudes apparentes d'un quartier à l'autre. Là, commence-t-on à percevoir avec plus d'acuité l'urgence que représente le phénomène urbain en Afrique, dont la prise en compte dans la conceptualisation de la ville africaine de demain est encore attendue. Comment importer Dubaï dans ce cas ? Il faut revenir à des fondamentaux admissibles.

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Trouver du sens

Coincées entre le possible et l'impossible, entre un passé complexe et un avenir incertain, les villes africaines évoluent dans un espace d'urgences dont la maîtrise conditionnera leurs trajectoires. Alors que d'un côté, de grands édifices scintillants surplombent les quartiers d'affaires et que d'un autre, des zones grises se distinguent par des habitats modestes, les villes africaines échappent à toute réalité objective et se caractérisent par la singularité des points de vue en ce qui concerne leurs morphologies, leurs cadres de vie et les équipements qu'elles déploient. Il en va ainsi des réalités sociales qu'elles impliquent. Le dénominateur commun de ces caractéristiques reste la densité de la construction urbaine et les mouvements qui s'en suivent dans l'évolution horizontale des villes, lesquels racontent une autre histoire de l'urbanisme dont les limites manifestes sont (plus ou moins) à l'origine des représentations diverses de la ville.

Nous voilà face à un vrai sujet, un sujet qui outrepasse la simple question de l'urbanisation et de ses implications en termes d'étalement urbain, pour bousculer l'organisation des espaces urbains. En parfait dysfonctionnement du point de vue des morcellements institutionnels et des lacunes tropicales en matière de management de l'urbain, l'urbanisme africain doit plus que jamais rattraper l'Afrique des villes mue par celle des peuples. Pour maîtriser les villes. Pour les adapter au monde qui change. Et pour les préparer à supporter et affronter l'avenir. Il faut trouver du sens dans cet imbroglio.

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(*) Ingénieur du bâtiment. Il se définit davantage comme un « socioingénieur » du fait de son engagement au profit du développement des bâtiments et villes durables en Afrique. Président de Construire pour demain, association de promotion des bâtiments et villes durables en Afrique, il est aussi cofondateur de Starksolutions, cabinet de conseil en intelligence territoriale.

Beaugrain Doumongue*

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