Logement en France : l'accès à la propriété jugé risqué

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D'après le seizième rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre, l'actuelle politique du logement est jugée "inégalitaire". Selon ce document accéder à la propriété comporte des risques.

"Une France de propriétaires, oui, mais qui en a les moyens ?" Tel est en substance le message de la Fondation Abbé Pierre. Cette dernière dénonce dans son rapport annuel le caractère "inégalitaire" de l'actuelle politique du logement.

Dans un contexte de crise marqué par une montée de la précarité et la multiplication par deux des prix de l'immobilier en dix ans, inciter les Français à s'acheter un toit peut se révéler risqué, estime l'organisation.

"La politique du 'tout accession' apparaît des plus discutables car soumise aux mécanismes spéculatifs des marchés, inadaptée aux budgets des ménages modestes et peu compatible avec la réalité de l'accession à la propriété", peut-on lire dans le 16e rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre.

Exemple donné d'une "politique budgétaire et financière qui prolonge les inégalités": le nouveau prêt à taux zéro (PTZ+) proposé sans conditions de ressources, dont le gouvernement espère qu'il contribuera à faire passer le taux de propriétaires en France de 58% à 70%, la moyenne européenne.

"Permettre aux 20% de Français les plus riches d'accéder à ce prêt va coûter 480 millions d'euros à l'Etat", a déploré devant la presse Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation. "C'est un choix dogmatique qui touche à nos impôts".

Sont aussi mises en avant les questions de surendettement, de clivages sociaux et d'environnement, à l'heure où la flambée des prix pousse de nombreux nouveaux propriétaires à se loger loin des centres-villes.

La Fondation dénonce par ailleurs les mesures favorisant les expulsions contenues dans la Loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, dite "Loppsi II", qui menace les plus modestes, parfois contraints de vivre dans des tentes, des caves ou des squats.

EXPULSIONS

"Cette loi vise tous ceux qui cherchent une solution pour pouvoir se mettre un toit sur la tête, c'est hallucinant. On ne règlera pas la crise du logement à coups d'expulsions", dénonce Christophe Robert, délégué général adjoint de la Fondation.

Pour les héritiers de l'abbé Pierre, le logement, qui engloutit en moyenne plus d'un quart des revenus de chaque Français, doit être la priorité des candidats à l'élection présidentielle de 2012, qui se verront soumettre une charte préparée pour l'occasion. "On veut que les candidats et les partis politiques prennent le logement à la juste mesure des besoins des Français", dit Patrick Doutreligne.

"Il manque 900.000 logements en France, il manque des places d'hébergement, et face à ces difficultés on a l'impression qu'on laisse faire le marché", dit-il. "ll faut une intervention publique forte qui soit orientée principalement vers les plus modestes et les catégories moyennes, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui".

L'urgence est d'autant plus grande que le nombre de Français au seuil de la pauvreté s'accroît en même temps que les inégalités: 10% des ménages les plus riches possèdent 46% du patrimoine, alors que les 50% les plus modestes se partagent 7%.

L'édition 2011 du rapport sur le mal-logement en France est de couleur noire "pour symboliser l'état de faiblesse dans lequel trouvent tant de familles, victimes d'une insuffisance, voire d'une inertie politique de 30 ans", écrit le président de la Fondation Abbé Pierre, Raymond Etienne.

Au chapitre des propositions, l'organisation suggère de construire 500.000 nouveaux logements par an pour résorber le retard, la création d'une loi foncière et d'une loi de programmation sur cinq ans, une réforme de la fiscalité plus égalitaire et des mesures encourageant la mixité sociale.

Elle juge utile d'obliger les communes de plus de 3.500 habitants à construire 25% de logements sociaux, contre 20% aujourd'hui.

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Commentaires
a écrit le 03/02/2011 à 10:54 :
Bonjour,

Le site LocService.fr avait publié un communiqué de presse en décembre 2010 intitulé "Pour la majorité des ménages français la location restera le seul moyen pour se loger en 2011".
Ce communiqué dénonçait déjà les dangers d'une France de propriétaires alors que la situation économique de la majorité des ménages se détériore. Les conclusions de la 16eme étude de la Fondation Abbé Pierre confirme cette analyse. D'ailleurs on retrouve dans cette étude plusieurs points d'accords en particulier sur l'intérêt de rester locataire plutôt que de mettre en péril en achetant son logement.

Bonne continuation à la Fondation Abbé Pierre.

Richard - LocService.fr
a écrit le 01/02/2011 à 22:18 :
Le mot est lâché : "construire".
Comme on ne pourra pas calmer la demande, il faut travailler l'offre.
Mon président sera bâtisseur, ou ne sera pas...
a écrit le 01/02/2011 à 20:05 :
C'est encore aux successeurs de l'Abbé Pierre d'attirer l'attention sur ce mal incurable français, le manque de logement. Rien n'a été fait, depuis 30 ans, pour encourager l'investissement locatif résidence principale. Car, si on peut espérer une France de propriétaires, il faut bien aussi penser à la mobilité, à ceux qui ne peuvent acheter et ne pas tout attendre du logement social locatif public. Au contraire, des dispositifs défiscalisant insensés produisant des biens sans demande, une fiscalité et une réglementation décourageant l'investissement utile voire le simple entretien du bâti existant, souvent dégradé s'il n'est pas indigne.
a écrit le 01/02/2011 à 9:29 :
Offrir des PTZ sans conditions de ressources est une aberration pour les finances publiques donc nos impots!!! et surtout quand le gouvernement cherche par tous les moyens a faire rentrer de l'argent dans les caisses de l etat.
Réponse de le 01/02/2011 à 14:12 :
On a d'abord enchainé/vidé les poches des classes supérieures (Scellier) et populaires (ptz), maintenant on s'attaque à la classe moyenne...Pour soutenir encore et encore la bulle immobilière et protéger les intérêts de nos gouvernants...Et tant pis pour le pays !
a écrit le 01/02/2011 à 8:36 :
INNOVATION FISCALE EN MATIERE D?IMMOBILIER

Au risque d?apparaître très désagréable aux yeux des 58 % de français aujourd?hui propriétaires de leur résidence principale, la webradio indépendante AWI revient sur une idée qui est à l?étude et fait très peur.
Il s?agit pourtant d?une des pistes envisagées dans le cadre de la réforme de la fiscalité du patrimoine.
Sur quoi porte t?elle ? La taxation des plus-values sur la résidence principale.
On peut donc affirmer, qu?un tel projet , s?il devait être adopté, au printemps prochain, représenterait une innovation fiscale de taille de pierre.

Car pour des raisons plus ou moins justifiées, la résidence principale fait bien figure de niche fiscale dont on nous a toujours vanté l?intérêt.

Réponse de le 02/02/2011 à 11:17 :
Il est réducteur de penser que seuls les précaires subissent la crise du logement. Les classes moyennes et mêmes supérieures ne peuvent plus pour la plupart se loger à paris. Le logement est devenu un problème national touchant quasi tout le monde. Plutôt que de taxer les plus values sur la revente d'une résidence principale avec comme conséquence probable de gripper le marché car l'investissement pour acheter plus grand sera encore plus important, pourquoi ne pas exiger que tout acquéreur soit résident ou ait une affiliation prouvée avec le lieu de l'habitation. Paris intra-muros devient un lieu de villégiature pour riches étrangers qui habitent dans leur appartement deux semaines par an. Un véritable scandale ou vue de la difficulté de se loger à Paris.
a écrit le 01/02/2011 à 7:14 :
Il faudrait commencer par faire respecter les logements déjà construits au lieu de les laisser sacager ce qui coute très cher en réparation ( j'ai travaillé dans ces zones). La mixité n'est souhaitée par personne alors arretez de nous pourrir la vie avec ça.

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