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Qui sont ces "pro" qui gèrent l'argent de votre famille ?

Dossier réalisé par Caroline Dupuy

Publié le 11 mars 2011 à 09:58 - Mis à jour le 11 mars 2011 à 10:03

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Jadis réservés à une poignée de riches familles, ces professionnels de la gestion du patrimoine familial se sont ouverts à une cible plus élargie. Revue de détail des services proposés.

Il y a des coups de projecteurs dont certains aimeraient se passer. Alors que les acteurs du "family office" cultivent la discrétion, leur activité a fait l'année dernière les gros titres de la presse : dans l'affaire Woerth-Bettencourt, l'épouse de l'ancien ministre était en effet salariée du « family office » de la première fortune de France. "Le seul point positif est que cela a montré qu'il fallait une entente familiale pour disposer d'un family office qui fonctionne", note Josée Sulzer, présidente de l'Association française du family office (Affo) et directeur des affaires financières et des participations au sein de la holding familiale du Groupe Dassault.

Et pour cause ! Le métier implique de pouvoir réunir autour de projets patrimoniaux aussi divers soit-ils, un minimum de deux générations familiales "et bien au delà pour prendre l'exemple d'une fortune de la sidérurgie du début du XXe siècle", ajoute Josée Sulzer.

Nés outre Atlantique à la fin du XIXe siècle, à l'initiative de grandes familles dont les Rockefeller, les "family offices" (littéralement bureau de famille) sont devenus peu à peu moins élitistes. "Les structures dédiées à une seule famille ont traversé les décennies, résume Renzo Evangelista, directeur du "family office" à La Compagnie financière Edmond de Rothschild Banque. Certaines se sont ouvertes à d'autres familles pour devenir des établissements bancaires ou des multifamily offices privés."

Résultat, le ticket d'entrée pour bénéficier des services d'un "family office" est devenu beaucoup plus accessible : le patrimoine global doit atteindre 10 à 15 millions d'euros, selon une étude réalisée par l'Affo (association français du family office) et le cabinet Deloitte. Un niveau auquel parviennent aisément de nombreux entrepreneurs ayant revendu leur société, ou des familles disposant d'un solide patrimoine immobilier (lire l'interview).

Mais la mission n'a pas bougé d'un iota : gérer le patrimoine dans sa globalité. « Le gagne pain d'un banquier privé provient de la gestion d'actifs financiers, rappelle François Mollat du Jourdin, président de Financière MJ Family Office. Alors que nos missions peuvent couvrir l'organisation et le contrôle des actifs industriels, immobiliers, financiers mais aussi l'accompagnement des individus et de la famille, ou encore la philanthropie et l'assistance administrative » (lire ci-dessous). Dans tous les cas, les "family office" "achètent" des prestations auprès des spécialistes du secteur : avocats, fiscalistes, notaires ou gestionnaires d'actifs. Une différence de taille par rapport aux autres conseillers financiers qui vendent avant tout des produits à leurs clients. Preuve de leur indépendance, la plupart des " family office" se rémunèrent via des honoraires versés par le client et non en percevant des rétrocessions sur les produits...

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Malgré ses atouts, l'activité dispose encore d'un potentiel largement inexploité. Bernard Camblain, membre du directoire de Meeschaert Family Office, le constate : "Alors qu'il pourrait y avoir en France de l'ordre de 3.000 familles clientes, seule de 100 à 200 d'entre elles le sont." La profession n'est donc pas contre un léger coup de projecteur... à condition qu'il ne soit pas lié à une quelconque polémique.

4 missions d'un " family office"

1 - Piloter la stratégie d'investissement au sens large

L'une des principales missions du family office est de définir, à l'instar d'un gestionnaire de patrimoine, la stratégie d'investissement. Il conseille le client, établit une allocation stratégique à long terme en adéquation avec ses souhaits et objectifs. Pour mener à bien cette mission, des prestataires sont sélectionnés, le plus souvent par appel d'offres.

Mais il s'agit d'une stratégie d'investissement au sens large, comprenant toutes les classes d'actifs. "Notre intervention ne se limite pas au financier. L'immobilier, l'investissement dans le non coté, l'art ou toute autre classe alternative, peut aussi être couverte", détaille François Mollat du Jourdin, président de MJ Family Office.

Le family office a également sous sa responsabilité la supervision et le contrôle des prestataires sélectionnés. Il doit aussi s'assurer que les résultats sont conformes aux objectifs définis dans l'appel d'offres. Enfin, il est chargé de réaliser un compte rendu détaillé des investissements pour son client.

À noter que la politique familiale repose avant tout sur la sécurisation et la valorisation du patrimoine. "Le rôle du family office, en l'espèce, s'articule autours de trois axes principaux, avec en toile de fond, la sensibilité de l'investisseur : le premier passe par une analyse complète de la composition des actifs familiaux, le second favorise la détermination des objectifs familiaux, le dernier fixe les besoins de revenus", conclut Renzo Evangelista, auteur de l'ouvrage "Le Family Office".

2 - Organiser juridiquement et fiscalement le patrimoine

"Il ne s'agit pas de rajouter un conseil de plus. Nos clients disposent généralement déjà d'avocats et conseils spécialisés, prévient François Mollat du Jourdin, président de Financière MJ-Family Office. L'objectif est de travailler avec eux, d'utiliser et de coordonner au mieux ces ressources, pour définir et mettre en place la meilleure structuration".

Car, comme l'explique Bernard Camblain, membre du directoire de Meeschaert Family Office dans la revue Banque Privée : "si le chef de famille consulte un spécialiste, un fiscaliste ou un notaire, pour préparer la transmission de l'entreprise, il va obtenir de chacun d'eux des réponses impeccables du point de vue du technicien concerné, mais souvent incompatibles, si ce n'est opposées. D'où la nécessité d'accompagnement pour expliciter les différentes positions, servir de conseiller ou de partenaire de discussion avec la famille afin de définir la solution la plus appropriée ".

Autre exemple : créer une société civile pour détenir des actifs immobiliers et en profiter pour organiser un démembrement de propriété entre les parents et les enfants. Dans un tel cas, "il est de plus en plus fréquent qu'il nous soit demandé, en coopération avec le notaire, de réunir la famille afin d'exposer aux enfants la stratégie de transmission que souhaitent initier les parents", indique François Mollat du Jourdin. Le "family office" joue alors, là encore, le rôle de « trait d'union » entre les différents intervenants.

3 - Pacifier les relations entre les membres de la famille

Il s'agit avant toute chose de mettre en place les règles du jeu, c'est-à-dire une gouvernance. "La gouvernance tend à donner les moyens de respecter au sein d'une famille les besoins et attentes individuels autour d'un projet collectif lié à la préservation de l'actif familial. Pour ce faire, la famille s'agrège autours de valeurs partagées qui constituent l'ADN familial ", explique Renzo Evangelista dans son ouvrage "Le Family Office".

Le rôle du family office est clair : "il doit avant tout s'efforcer de comprendre la nature des relations entre les membres de la famille, les raisons de telle ou telle opposition, les voies à suivre pour arriver au résultat recherché, à une absence de conflit et, si possible même, à un consensus", résume Bernard Camblain dans son ouvrage "Family Office et Famille".

Concrètement ? Cela passe très souvent par une formation des différents membres de la famille. En cas de non compréhension et donc de conflit potentiel, le " family office " joue même souvent le rôle de médiateur. "Un actionnariat familial stable se travaille, se construit au fil du temps. C'est un processus indispensable pour une entreprise qui prend de la valeur et de l'ampleur", prévient François Mollat du Jourdin, président de MJ Family Office.

À tel point qu'il n'est donc pas rare de voir un family office avoir recours aux services d'un psychologue familial, des coachs etc. pour résoudre - ou prévenir - les conflits.

4 - Prendre en charge les petits tracas de la vie quotidienne

Un client fortuné se trouve souvent face à une paperasserie administrative. Le " family office" peut prendre en charge par exemple la gestion des assurances automobiles ou préparer les documents nécessaires pour une bonne déclaration d'impôt.

Dans ce pôle, on retrouve également une activité qui constitue une vraie spécialité pour ces derniers. Il s'agit de la conciergerie. Comprendre : rendre un maximum de services dits de commodités à ses clients. " La conciergerie regroupe des services personnalisés d'agrément, auxquels s'ajoute un accès à un secrétariat privé, susceptible de répondre à toutes les demandes. Ils sont peu ou prou, une évanescence de la fonction de concierge proposée par les hôtels les plus prestigieux ", résume Renzo Evangelista.

Concrètement il s'agit par exemple de prendre soin des résidences secondaires des clients (embauche de personnels, mise à disposition d'une voiture avec chauffeur, entretien, jardinage etc.), d'inscrire des membres d'une famille dans une école à l'étranger, de trouver un pied à terre à New York pour un jeune en stage mais aussi d'organiser des événements à titre privé (voyages) ou encore permettre l'accès ponctuel à des prestations exceptionnelles.

" Cette activité est très accessoire, il ne s'agit bien évidemment pas de notre quotidien. D'autant que notre mission est davantage de « faire bien faire » que "de faire", insiste François Mollat du Jourdin.

" La mutation de la clientèle a poussé les family office à s'ouvrir à d'autres formes d'investissements "

Autrefois réservé aux très riches familles américaines et européennes, le " family office" s'est au fil des décennies étendu aux entrepreneurs. L'avis de : Renzo Evangelista, Directeur du "Family office "à la Compagnie Financière Edmond de Rothschild et auteur de l'ouvrage "Le Family Office "

Comment se présente le "family office "en France ?

C'est à la fin du XIXe siècle, qu'est apparu le terme "family office "outre-Atlantique. D'abord dédié aux investissements industriels d'une famille, principalement sous l'autorité d'un homme de confiance, le champ d'intervention du "family office "s'est, dans un second temps seulement, étendu. On met souvent l'accent sur les grandes familles américaines et européennes qui disposent depuis plusieurs décennies de leur propre "family office "Mais le véritable développement remonte à trente ans aux États-Unis et à une dizaine d'années en France. Dorénavant, il se présente surtout sous la forme de multi family offices, c'est à dire d'une organisation au service de plusieurs familles.

Quels sont les différents types de "family office "?

Il faut distinguer les multi family offices bancaires (des banques de renom qui proposent un service dédié aux fortunes familiales), des multi family offices "indépendants "créés sous l'impulsion d'anciens banquiers privés. Les crises financières significatives semblent favoriser la création de ces derniers.

Qui sont les clients en France qui peuvent y avoir recours ?

Il s'agit de plus en plus de fortunes entrepreneuriales ? des personnes disposant d'actifs financiers suite à une cession d'entreprise ? et de moins en moins de clients dont la fortune provient majoritairement d'une succession. Cette mutation a eu des conséquences sur les acteurs et l'offre du family office. Ainsi, aux investissements et services traditionnels, s'est greffé un intérêt marqué pour l'investissement dans le non coté, les pays et secteurs en forte croissance, les vignobles, la philanthropie, etc. Notre activité se situe de plus en plus à la frontière des métiers de conseils traditionnels et spécialisés du patrimoine.

Dossier réalisé par Caroline Dupuy

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