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Arts premiers : l''envolée des prix

Jérôme Stern

Publié le 05 décembre 2011 à 08:57 - Mis à jour le 05 décembre 2011 à 09:07

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Arts nègres, puis arts sauvages, puis arts primitifs, puis arts premiers, les arts tribaux séduisent un public nombreux, pas forcément connaisseur. Les prix des plus belles pièces atteignent des sommets à six chiffres. Et continuent de grimper. Mais attention, les faux pullulent. Il faut se montrer sélectif.

Avec la présence des experts les plus reconnus, des galeries les plus prestigieuses (qui appartiennent souvent à ces experts souvent juge et partie), des manifestations les plus représentatives (où l'on retrouve fréquemment ces mêmes experts-galeristes), des réserves les plus fournies (où puisent avec délice les marchands experts), des enchères les plus fameuses (où parfois estiment et vendent ces mêmes) et comme locomotive le plus grand musée entièrement dédié (un million de visiteurs par an pour le Quai Branly), Paris est la capitale mondiale incontestée des arts non occidentaux, africains principalement, mais également océaniens et depuis peu amérindiens.

La voie a été tracée au début du XXème siècle par quelques artistes (Derain, Picasso, Breton) et par quelques colons qui ont ramené des objets jusque là méconnus. Les collectionneurs se sont peu à peu emparés de ces statuettes, masques, fétiches et autres bijoux et aujourd'hui, ces trésors sont remis en vente par les héritiers.

Désormais, c'est une nouvelle génération, curieuse des choses d'ailleurs et récemment fortunée, qui achète, de plus en plus cher, ces pièces qui souvent viennent compléter une collection d'art contemporain déjà fournie. D'où une envolée incessante des prix pour les plus beaux lots, de plus en plus rares. Car le problème numéro un de l'art premier, surtout africain, est le foisonnement de faux, très bien réalisés au point que nombre d'experts ont parfois du mal à les
repérer. Cette pollution vient perturber un marché très actif. Il faut savoir qu'en la matière, chaque objet a un rôle précis, généralement pour établir un lien avec les esprits. Ce n'est pas tant son esthétisme mais son usage qui en détermine la valeur car l'objet, manipulé sans précaution, parfois abimé, est recouvert d'une patine d'usage: les spécialistes disent alors qu'il est "bon". Seule une telle authentification donne de la valeur, car l'ancienneté n'est que secondaire, rares sont les objets centenaires.

C'est pour cela que les connaisseurs s'attardent sur le "pedigree", sur l'origine d'une statue ou d'un masque. Si le nom du collecteur (souvent un militaire ou un
missionnaire avant 1950) et/ou , celui d'un grand collectionneur est connu, l'objet peut doubler de prix. Traditionnellement, les deux grandes maisons de vente aux enchères anglo-saxonnes de Paris (où les experts sont des salariés à plein temps) organisent deux fois l'an, début juin et début décembre, des vacations d'art premier de très bon niveau: le 13 décembre pour Christie's, le 14 pour Sotheby's.

On trouve surtout des lots africains dont les estimations de plusieurs dépassent les six chiffres. Christie's propose ainsi un masque blanc au kaolin Punu du Gabon (250.000 euros), un lion Fon du Bénin (300.000 euros), un masque Fang N'Gil du Gabon ou une cariatide Luba de la RD Congo (800.000 euros). Sotheby's met en vente un masque Kwelé du Gabon (250.000 euros), une statue érodée Bangwa du Cameroun ( 350.000 euros), une cuiller Dan de Cote d'Ivoire (500.000 euros) ou deux statues Yoruba du Bénin (600.000 euros chaque, photo). Parmi les lots autour de 50.000 euros, on peut s'offrir une figure de reliquaire Fang de Guinée Equatoriale, un siège Ngombé de la RD Congo ou une statue debout Dogon du Mali.

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Aux alentours de 10.000 euros, les adjudications concernent un chasse-mouche Sundi de la RD Congo, une paire de jumeaux Ibedji du Nigeria ou un bracelet cérémoniel Ijebu du Nigeria. Venus d'ailleurs, on trouve plusieurs massues des îles Marquises ou Tonga (15.000 euros pièce), un masque moustique Tlingit de la cote Ouest américaine (50.000 euros), un masque Kanak de Nouvelle Calédonie (70.000 euros), une sculpture Malagan de Nouvelle Irlande (90.000 euros), une statue des iles Salomon (120.000 euros) ou un Dieu-Bâton des iles Cook (300.000 euros).

A ces estimations, il faut ajouter les inévitables frais d'adjudication : 30% environ jusqu'à 15.000 euros, 25% jusqu'à 800.000 euros et 15% au delà. De quoi rendre l'achat encore plus onéreux.


Le 13 décembre, 9 avenue Matignon, 75008 Paris, www.chrities.com
Le 14 décembre, 76 rue du Faubourg St Honoroé, 75008 Paris, www.sothebys.com

Jérôme Stern

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