Arabie saoudite-Iran : une "guerre froide" en 7 dates

 |   |  736  mots
Ces trente dernières années, Téhéran et Riyad ont mené "une guerre froide ne dit pas son nom", comme l'expliquait un an plus tôt Thierry Coville, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques.
Ces trente dernières années, Téhéran et Riyad ont mené "une guerre froide ne dit pas son nom", comme l'expliquait un an plus tôt Thierry Coville, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques. (Crédits : Rehran early on Sunday morning as Shi'ite Muslim Iran reacted with fury to Saudi Arabia's execution of a prominent Shi'ite cleric. REUTERS/TIMA/Mehdi Ghasemi/ISNA.)
L'Arabie saoudite, qui craint la montée de l'influence de l'Iran au Moyen-Orient, a régulièrement soutenu des ennemis de l'Iran et réprimé des manifestations chiites et pro-iraniennes ces dernières années.

Le point de non-retour a-t-il été atteint ? L'Arabie saoudite a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec l'Iran, dimanche 3 janvier, et donné 48 heures aux diplomates iraniens pour quitter le pays - les deux étapes les plus récentes de l'escalade à laquelle on assiste entre les deux pays depuis l'exécution, samedi 2 janvier, d'un dignitaire chiite par l'Arabie saoudite. Mais la rivalité entre Téhéran et Riyad est ancienne : cela fait quelque trente années que les deux rivaux mènent "une guerre froide [qui] ne dit pas son nom", comme l'expliquait un an plus tôt Thierry Coville, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Retour historique en sept dates pour appréhender ce conflit.

1980 - Soutien financier de l'Irak au détriment de l'Iran

Dès le début de la longue et sanglante guerre qui oppose l'Iran à l'Irak (1980-1988), l'Arabie saoudite soutient financièrement ce dernier et encourage le Bahreïn; le Qatar, les Émirats arabes unis notamment à faire de même. Riyad craint que la révolution iranienne menace la stabilité de la région.

Juillet 1987 - Des manifestants iraniens réprimés violemment

Les deux puissances frôlent la rupture diplomatique en juillet 1987: 402 pèlerins meurent, dont 275 Iraniens. C'est le résultat de la répression par les autorités saoudiennes d'une manifestation anti-américaine et anti-israélienne menée par des Iraniens en pèlerinage à La Mecque, sur le sol saoudien donc.

Suite à ce massacre, des manifestants descendent  dans les rues à Téhéran occupent l'ambassade saoudienne et mettent le feu à celle du Koweït. Un diplomate saoudien, Moussa'ad al Ghamdi, meurt à Téhéran de ses blessures après être tombé d'une fenêtre de l'ambassade.

Janvier 2007 - La politique nucléaire et pro-irakienne de l'Iran jugées dangereuses

Après un apaisement diplomatique à la fin des années 1990 et au début des années 2000, on assiste à un regain de tension. L'Arabie saoudite lance, en janvier 2007, à un émissaire iranien que l'Iran met le Golfe en danger. Riyad fait référence aux différends entre la république islamique et les Etats-Unis au sujet de l'Irak et du programme nucléaire de Téhéran. Pour rappel, la guerre menée par les Etats-Unis à partir de 2003 en Irak pour renverser Saddam Hussein a porté au pouvoir à Bagdad la majorité chiite du pays. Lequel s'est aligné politiquement sur l'Iran. Le programme nucléaire iranien inquiète également Riyad qui y voit la mise en place d'un outil de domination politique au sein du Golfe en faveur de l'Iran.

Mars 2011 - Envoi de soldats saoudiens au Bahreïn

En mars 2011, l'Arabie saoudite envoie ses troupes pour aider le Bahreïn à écraser de grandes manifestations en faveur de la démocratie, craignant que cette opposition, en grande majorité chiite, ne s'aligne sur Téhéran. De fait, les dirigeants du Bahreïn et du royaume saoudien ne manquent pas, alors, d'accuser Téhéran d'avoir organisé les violences contre la police bahreïnie.

Juillet 2012 - Un imam saoudien accusé de complot et arrêté

Après des heurts entre la police et les chiites, l'Arabie saoudite accuse le cheikh al Nimr et les chiites de sa province de l'Est de coopération avec un Etat étranger, à savoir l'Iran, pour semer la discorde. Elle fait arrêter l'imam saoudien en juillet 2012. Trois ans plus tôt, il avait appelé à la séparation de la province de l'Est de Qatif et Al-Ihsaa de l'Arabie saoudite, évoquant une union avec le Bahreïn, à majorité chiite.

2012 - En Syrie, Riyad principal soutien des rebelles contre al Assad

En Syrie en 2012, l'Arabie saoudite devient le principal soutien des rebelles qui cherchent à renverser le président Bachar al Assad, un alaouite (branche du chiisme) soutenu par l'Iran. Ryad accuse Bachar al Assad de "génocide" et l'Iran d'être une "puissance occupante". Téhéran répond du tac-au-tac etaccuse Ryad de soutenir le "terrorisme".

Mars 2015 - L'Arabie saoudite attaque des alliés de l'Iran

Fin mars 2015, l'Arabie saoudite prend la tête d'une coalition de pays arabes et entame une campagne de frappes aériennes au Yémen pour empêcher les rebelles houthis, alliés à l'Iran, de prendre le pouvoir. Ryad accuse Téhéran d'utiliser des milices pour préparer un coup d'Etat. Téhéran rétorque que les frappes de la coalition menée par Ryad visent des civils.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 05/01/2016 à 10:43 :
Toujours l'antagonisme mortifère entre les deux principales composantes de l'islam et leur cercle d'influence : les sunnites (Saoudiens, en l'occurrence ici) et les chiites (Perses).
On retrouve la même hostilité entre les musulmans de Daech (sunnites) et la composante chiite d'une partie des opposants (dont l'Iran). Pour les sunnites, les chiites sont des "takfir", des apostats, des incroyants, bref des non musulmans. Pourtant, ils révèrent tous deux le Coran !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :