Contre le barrage de Sivens dans le Tarn, les opposants occupent toujours le site et retardent le chantier

Marie Vivent

Marie Vivent
Le combat continue pour les opposants au barrage dans la forêt de Sivens, dans le Tarn. La semaine dernière, jeudi 27 février, les membres du collectif "Tant qu'il y aura des bouilles" ont été expulsés par une centaine de gendarmes du site de construction. Ils sont une bonne dizaine à occuper le lieu à tour de rôle, depuis le mois de novembre, sur le modèle de la mobilisation à Notre-Dame-des-Landes. Cette décision d'expulsion a été prise par la préfecture du Tarn, qui a déclaré le projet de barrage d'intérêt public et général. Dans un communiqué, la préfète annonce ainsi que "cette expulsion doit permettre notamment la réalisation des mesures indispensables de protection de la faune prévues avant le début des travaux, que la présence des opposants rendait impossible jusqu'à présent."
Pour autant, pas question pour ces derniers de relâcher la pression. "On a déménagé de l'autre côté de la route, sur un terrain qui appartient à l'ONF, indique Christian*, membre du collectif. C'est un lieu stratégique, car c'est là où doivent se situer les engins de chantier." Une nouvelle ordonnance d'expulsion aurait été demandée. "On ira ailleurs", sourit Christian. Cette occupation risque de retarder le calendrier, qui prévoit la fin des captures d'espèces et la déforestation du site d'ici le 31 mars. Une phase préalable au lancement des travaux, qui devait d'abord avoir lieu en novembre et qui a déjà été repoussée.
Le barrage de Sivens aurait la capacité de retenir 1,5 millions de m3 d'eau, pour irriguer les cultures alentours. D'une dimension de 2 kilomètres de long et 250 mètres de large, il engloutirait 42 hectares de marais et prairies. Co-financé par le l'Union européenne, l'État, le conseil régional et les conseils généraux du Tarn et du Tarn-et-Garonne, il coûterait 8,4 M €. "Nous l'avons pensé à la suite de la grande sécheresse de 2003, rappelle Thierry Carcenac, président du Département du Tarn. L'objectif est d'avoir un niveau d'eau important l'été pour près de 200 agriculteurs du Tarn et du Tarn-et-Garonne." Un nombre contesté par les opposants au projet : "Seulement une vingtaine d'agriculteurs bénéficierait de ce barrage. Ce n'est pas équitable", s'élève Christian.
"Tant qu'il y aura des bouilles" dénonce un projet "inadapté, surdimensionné, au coût financier et environnemental très élevé", tout comme le "collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet". Selon la porte-parole de ce dernier, Marie-Agnès Boyer-Gibaud, le barrage va détruire une vallée avec une biodiversité importante. "Le conseil général du Tarn se contredit. En 2007, il a créé le pôle départemental des zones humides, pour promouvoir leur gestion et leur protection. Et aujourd'hui, le même conseil général veut rayer de la carte une zone humide majeure du département. C'est le monde à l'envers !", s'exclame-t-elle.
Le "collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet" agit, lui, sur le plan juridique. En décembre dernier, le tribunal administratif de Toulouse a d'ailleurs rejeté son référé suspensif, contre l'arrêté interdépartemental du 3 octobre 2013, déclarant d'intérêt général le projet de réalisation de la retenue de Sivens et autorisant à ce titre les travaux. Toutefois, d'après Marie-Agnès Boyer-Gibaud, porte-parole du collectif, "le juge n'a pas motivé son rejet. Nous avons donc décidé de nous pourvoir en cassation devant le conseil d'État. La procédure devrait prendre plusieurs mois", indique-t-elle.
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Parmi les opposants au barrage de Sivens, on compte également les élus régionaux d'Europe Écologie les Verts, ainsi que le député européen EELV José Bové. Dans un communiqué datant du 27 février, Guillaume Cros, président du groupe EELV au conseil régional, conteste un projet "qui contribue à encourager une agriculture productiviste au mépris de la biodiversité". Joint par téléphone, il complète : "Ce type d'équipements à Sivens est le symbole de ce qu'il ne faut plus faire en agriculture. On devrait plutôt financer l'adaptation des cultures."
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Autant d'opposants qui estiment qu'il n'y a pas eu de concertation. D'où la demande d'un moratoire. De son côté, le président du conseil général du Tarn considère que le débat public a eu lieu. "Le débat dure depuis 2003, il y a eu plusieurs réunions publiques, une enquête publique et des arrêtés préfectoraux, énumère Thierry Carcenac. Et la justice a confirmé qu'il y avait intérêt public." Toutefois, le président du Département le sait : "les travaux ne sont pas encore lancés. C'est un sujet dont nous aurons encore à parler."
* ne souhaite pas indiquer son nom de famille
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