Europe : Berlin prépare la contre-offensive

 |   |  735  mots
Copyright AFP
Copyright AFP (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Angela Merkel a obtenu des Libéraux un accord sur le principe de la taxe sur les transactions financières. Un succès qui pourrait accélérer la réorientation de la politique européenne de l'Allemagne.

C'est une mauvaise nouvelle pour François Hollande. Selon le Financial Times Deutschland, le parti libéral allemand, le FDP, se serait dit lundi prêt à faire des concessions sur la question de l'impôt sur les transactions financières. Jusqu'ici radicalement opposé au projet, le partenaire de coalition d'Angela Merkel au niveau fédéral craignait qu'une telle taxe ne nuise à la place financière de Francfort au détriment de Londres, puisque le Royaume-Uni a toujours refusé d'appliquer cet impôt. Cette opposition bloquait la situation outre-Rhin, malgré l'approbation affichée de la chancelière et de la CDU.

L'importance du vote SPD

Le FDP a cependant dû céder. Angela Merkel, qui lui a fait des concessions par ailleurs, a en effet un besoin urgent de cette taxe pour des raisons stratégiques. Jusqu'à présent, en effet, elle n'est pas parvenue à convaincre le SPD et les Verts de voter en faveur du pacte budgétaire européen et du mécanisme européen de stabilité. Pour faire adopter ces textes, elle a en effet besoin des voix de l'opposition puisqu'il lui faut une majorité des deux tiers au Bundestag et au Bundesrat, la chambre qui représente les Länder et qui est désormais tenue par la gauche. Or, SPD et Verts ont fait de la taxe Tobin une condition sine qua non de leur vote. La décision du FDP devrait permettra de satisfaire sur ce point le centre-gauche. L'ambition d'Angela Merkel est, du coup, d'utiliser cette concession pour obtenir du SPD l'abandon de ces exigences sur la relance et sur les eurobonds. Selon le FTD, les négociations entre la CDU et le SPD devraient commencer aujourd'hui.

Stratégie gagnante pour la chancelière ?

Angela Merkel espère ainsi gagner sur tous les terrains. Elle pourrait obtenir le vote du pacte budgétaire avant la fin juillet et renforcer son refus des eurobonds et de la relance devant ses partenaires européens. La stratégie de François Hollande d'ajouter un volet de croissance au pacte budgétaire aurait alors peu de chance de voir le jour. D'autant que le président français ne pourra plus compter sur l'appui du SPD en Allemagne. Berlin pourrait alors imposer son propre concept sur la croissance en Europe qu'elle prépare depuis quelques semaines.

Concessions allemandes

La chancelière n'arrivera cependant pas les mains vides au sommet européen de la fin juin. Outre la taxe sur les transactions financières allemandes qui pourrait servir de modèle, avec celle adoptée par la France, à un accord plus large, elle semble vouloir se montrer conciliante sur l'union bancaire européenne. Lundi soir, elle a accepté, en recevant José Manuel Barroso, « d'examiner » une surveillance européenne commune pour les grandes banques. Ce serait une concession appréciée par ses partenaires.

Conversion de Berlin au fédéralisme ?

On se tromperait cependant en y voyant un pas vers l'acceptation par l'Allemagne de l'Europe fédérale telle que la rêvent certains socialistes français. En réalité, si le gouvernement de Berlin prend de plus en plus d'accents fédéraux, il conserve un regard étroit sur ses propres intérêts. Angela Merkel a ainsi appuyé l'idée d'une union pour « les grandes banques », excluant ainsi les banques mutualistes et les caisses d'épargne allemandes qui ne veulent pas de cette européanisation de la surveillance, compte tenu de leurs statuts particuliers. Par ailleurs, accepter d'avancer vers le fédéralisme ne signifie pas que Berlin acceptera demain un endettement commun.

Le projet est bien plutôt celui d'un modèle basé sur l'Allemagne elle-même où les Länder ont des budgets autonomes et ne peuvent en théorie être renfloués par l'Etat fédéral, où ce dernier emprunte pour son budget et les Länder pour les leurs, à des taux différents. Wolfgang Schäuble, le ministre de l'Economie,  l'a rappelé ce mardi dans le Handelsblatt : le préalable aux Eurobonds, c'est l'union budgétaire. Et il est certain que cette union budgétaire ne sera pas complète et ne fera pas disparaître ce qui, justement, pose problème : la différence entre les taux payés par les pays. C'est pour l'Allemagne un principe : cette différence de taux est en effet perçue outre-Rhin comme une incitation à la discipline budgétaire.
 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 06/06/2012 à 15:02 :
Je vois combien il est difficile de comprendre les mécanismes de certains pays. Nous ne fonctionnons pas de la même manière et cela ne va pas dans le bon sens. Chacun donne des leçons à l'autre, c'est comme si l'Europe n'avait pas le mode d'emploi. Ca dure depuis trop longtemps et attendre des miracles serait utopique. C'est bien chacun pour soi. Alors, il faut tout remettre à plat et rediscuter d'égal à égal et surtout que le peuple puisse avoir son mot à dire. Super Merkel commande l'Allemagne et n'a aucun intérêt à ce que ça se passe bien en France.... désolé

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :