Valérie Pécresse veut faire de la nouvelle licence un "diplôme pour l'emploi"

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Valérie Pécresse veut réduire l'échec en 1ère année de licence
La ministre de l'Enseignement supérieur lance la seconde étape de son "plan Licence" pour améliorer l'insertion professionnelle. Une nouvelle architecture verra le jour à partir de 2011.

A la veille d'une année 2011 qui doit faire de l'emploi des jeunes une priorité, Valérie Pécresse met les bouchées doubles pour favoriser l'insertion professionnelle des diplômés de l'université. Vendredi, la ministre de l'Enseignement supérieur a lancé la seconde étape de son plan "Réussir en licence".
Doté de 730 millions sur 2007-2012, ce plan vise à amener 50% d'une classe d'âge à un diplôme du supérieur et à lutter contre le décrochage en première année de licence (seulement 52% des étudiants passent en 2ème année).

Les université ayant "amplifié l'action du gouvernement" (à hauteur de 119 millions d'euros en 2009 et 53 millions en 2010), ce sont en fait 444 millions d'euros de crédits supplémentaires qui ont été consacrés à la licence en 2009 et 2010. 41 millions d'euros versés par l'Etat en 2011. Nombre d'établissements se sont attelés à moderniser leur licence même si l'inspection générale (IGAENR) relevait en octobre que seulement 25% à 50% des crédits de l'Etat avaient été dépensés au titre du plan. Un rapport basé sur l'étude de onze universités, jugé "trop précoce et trop partiel" par Valérie Pécresse. "Aujourd'hui, les étudiants ne sont plus seuls à l'université et c'est la fin de la sélection par l'échec", a salué la ministre, citant l'accueil des nouveaux étudiants, les cours en petits groupes, l'extension du contrôle continue ou le soutien aux étudiants les plus fragiles.

Fondamentaux et professionnalisation

Mais elle a admis la nécessité "d'aller plus loin". Outre la mission sur le décrochage à l'université confiée au sénateur Christian Demuynck (latribune.fr du 17 novembre 2010), l'arrêté de 2002 va être réécrit pour "graver dans le marbre" une nouvelle architecture qui s'inspire du rapport Aghion (La Tribune du 13 juillet 2010) : une 1ère année fondamentale "jouant le rôle de portail" (culture générale, soutien, semestres de "rebond") ; une 2ème année de professionnalisation articulant enseignements académiques et semestre de professionnalisation (stage, maturation de projet) ; en fin une 3ème année de renforcement disciplinaire de spécialisation et du choix de la poursuite d'étude ou de l'insertion professionnelle.

Parallèlement, les passerelles réciproques avec les BTS et les IUT seront facilitées. "Il ne doit plus y avoir aucun frein aux changements concertées d'orientation et aux poursuites d'études", a insisté Valérie Pécresse. Le nouvel arrêté fixera un horaire minimal d'heures d'enseignement (le plan "Réussir en licence" a déjà conduit à une augmentation de 5 heures hebdomadaires supplémentaires) et des référentiels de formation pour mieux définir les compétences et connaissances attendues. "Tout cela va dans la bonne direction. Les universités doivent avoir le soucis du "placement"", se félicite l'économiste Philippe Aghion, jugeant cependant "fondamental" d'instituer une évaluation des cours et des enseignants par les étudiants et de me mieux rémunérer les enseignants.

Convaincre les employeurs

Après concertation avec la communauté universitaire, les représentants du monde professionnel et les partenaires sociaux, les contours de cette nouvelle licence seront définis "avant l'été" pour un une mise en application progressive "dès la rentrée 2011". Cette concertation risque d'être quelque peu tendue. Rappelant son bilan, négatif, de janvier 2010, l'Unef, première organisation étudiante, a déjà prévenu la ministre vendredi qu'elle attendait "un cadrage réglementaire national" des intitulés des modalités d'évaluation des diplômes de licence, une application homogène du plan licence et un rééquilibrage des dotations des universités.

A plus long terme, restera surtout à convaincre les employeurs d'embaucher des jeunes diplômés de licence générale (ils sont environ 200.000 par an contre 45.000 pour la licence professionnelle). "Nous sommes l'un des seuls pays au monde où il n'y a pas d'insertion à bac + 3", a souligné Valérie Pécresse misant sur la participation des partenaires sociaux à la "conception des diplômes" grâce notamment aux référentiels de formation.

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a écrit le 18/12/2010 à 20:56 :
Dans ce pays, il y a les paroles de nos politiques et les actes qui suivent et ils sont trés souvent aux antipodes.Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que ma fille en première année de licence de physique ne ferait pas d'Anglais car tous les étudiants de cette cession ne pouvait en faire ? Donc on a choisi ceux qui semblait être le plus en difficulté, ma fille a fait du Français pendant son année. C'est franchement se moquer des gens, lorsque l'on sait que la recherche est Européenne avec comme langue dominante l'Anglais, que toutes les revues scientifiques sont en Anglais, bref..l'exemple même de l'incompétence des gens qui gèrent ces questions !
Il serait temps d'avoir un peu de bon sens pour rapprocher l'université du monde du travail.
Réponse de le 19/12/2010 à 9:42 :
Si votre fille veut apprendre l'anglais qu'elle parte travailler quelques mois outre manche ou aux Etats Unis pendant ses vacances en tant que serveuse ou jeune fille au pair. ça n'est certainement pas à la fac qu'elle pourra faire des progrès, même avec 5 h ou 10 h de cours par semaine... Apprendre quelques rudiment en classe est possible. Mais pour intégrer véritablement une langue, à moins d'être surdoué, il n'existe pas d'autre solution que de se rendre sur place. C'est simplement votre manière d'aborder cette matière qui manque de bon sens !
a écrit le 18/12/2010 à 17:46 :
Ces initiatives partent d'une bonne intention, mais je ne suis pas vraiment convaincu qu'elles soient applicables en tant que tel. Par exemple, la licence dans laquelle j'interviens (mathématiques) donne un socle de connaissances théoriques et générales. Ces connaissances ne sont pas facilement applicables directement dans une activité professionnelle, mais elles donnent un socle solide nécessaire pour faire, par la suite, une formation professionnalisante, nécessairement plus spécialisée : statistiques, actuariat, cryptographie, enseignement, recherche, etc. Ces métiers hautement spécialisés et très techniques ne peuvent pas s'apprendre en seulement 3 ans, donc le projet du ministère s'appliquera très difficilement aux licences de mathématiques, et j'imagine que ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.
a écrit le 18/12/2010 à 15:32 :
S'il suffisait de changer l'étiquette des diplômes pour vaincre le chômage, cela se saurait. Ceux qui le croient ou font semblant de le croire sont au mieux des naïfs, au pire des imposteurs. Il y a des chômeurs à tous les niveaux de formation, du sans diplôme au bac +8. Même dans les filières les plus recherchées par les employeurs, comme les grandes écoles d'ingénieurs, de nombreux nouveaux diplômés restent au chômage 6 mois à un an, voire plus, avant de se résoudre à accepter un boulot déclassé et sous-payé. Faute de mieux, beaucoup de diplômés acceptent des petits boulots, parfois genre MacDo. Chacun en connait dans sa famille proche. Ce n'est pas un problème de formation mais de santé de l'économie : il n'y a pas assez de jobs pour tout le monde. Le nier façon méthode Coué ne résout rien, tant que les entreprises préfèreront délocaliser et réduire leurs investissements pour générer des profits à court terme et des bonus à leurs dirigeants avides.
a écrit le 18/12/2010 à 13:14 :
Pécresse est parvenue à un résultat stupéfiant: faire passer l'Université pour LA responsable du chômage et de l'échec, alors que a) le marché de l'emploi est bloqué; b) il est demandé à l'Université de se charger de la "réussite" et du "placement" de quasi illettrés... Merci Mme Pécresse!...
a écrit le 18/12/2010 à 9:39 :
La course au diplôme n'apporte pas de solution de fond au problème majeur que le gouvernement auquel appartient madame Pécresse n'a pas réglé, bien au contraire : le manque d'emplois dans notre économie. Quand, chaque année, arrivent sur le marché du travail plus de jeunes que d'emplois ne sont disponibles, la recherche d'un emploi reste un jeu de chaises musicales, rythmé par la douce ritournelle des CDD. Doter d'un turbo les participants involontaires à ce jeu n'en changera pas la nature : les jeunes y sont perdants. La course au diplôme permet seulement (mais pas à coup sur) de changer l'identité des perdants, pas d'en changer le nombre.

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