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ÉconomieFrance

Jean-François Théodore : "nous préconisons la création d'un délégué à l'investissement international"

Propos recueillis par Pascale Besses-Boumard et Christèle Fradin

Publié le 08 février 2011 à 09:26 - Mis à jour le 08 février 2011 à 09:26

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L'ancien patron de Nyse-Euronext, Jean-François Théodore, qui a dirigé ce rapport, explique pourquoi les entreprises françaises ont intérêt à démontrer leur atouts pour attirer des investisseurs de long terme.

Vous avez interrogé, pour ce rapport, une quinzaine d'entreprises. Que pensent leurs dirigeants des fonds souverains ?

Le regard des entreprises est attentif. La plupart de celles que nous avons rencontrées entretiennent de bonnes relations avec les fonds qu'elles considèrent comme des investisseurs de long terme, des partenaires avec lesquels elles peuvent créer des sociétés communes. Sans être candides, distinguant selon les cas, elles n'ont pas une vue négative sur les fonds souverains. D'une manière générale, ces derniers n'aiment pas entrer au capital de manière hostile. A l'exception de Cegelec que le fonds qatari QIA a racheté avant de le revendre à Vinci, il n'y a pas eu en France de menace d'une prise de contrôle par un fonds souverain. La plupart du temps, leur participation reste minoritaire (inférieure à 10%). Mais les entreprises savent qu'avoir un fonds souverain à son capital requiert une action (et sans doute une vigilance) spécifique.

Alors finalement, ces fonds souverains : menace ou opportunité ?

Une opportunité sous réserve d'attention suffisante. Il faut les attirer en les encadrant. Aujourd'hui, les fonds souverains représentent 3.000 milliards de dollars d'actifs sous gestion. Ils pourraient atteindre 7.000 milliards en 2020. Face à l'affaiblissement des financements à long terme, ces fonds apparaissent comme une des sources à ne pas laisser passer. Contraints par leurs obligations nouvelles de solvabilité, les assureurs sont appelés à réduire leurs investissements en actions de 20 % à environ 3-4%. Les banques, qui font face aux exigences de capitaux propres dictées par Bâle III, sont plutôt demandeuses nettes de capitaux. Quant au nombre d'investisseurs individuels, il stagne autour de 6 millions en France, avec 15% de leur portefeuille investis en actions, le restant allant pour l'essentiel dans l'immobilier ou l'assurance-vie. Et nous n'avons pas de fonds de pension. Nous avons donc tout intérêt à attirer les fonds souverains. D'autant plus que nous ne sommes pas seuls. La France, comme l'Europe, fait face à la concurrence de l'Asie ou de l'Amérique latine, dont les taux de croissance économique sont plus soutenus. Le fonds singapourien Temasek est ainsi investi à 78% en Asie. Même au sein de l'Europe, l'Hexagone est assez mal placé, l'Allemagne ou la Grande-Bretagne ayant davantage attiré les capitaux de ces interlocuteurs étatiques.

Quelles sont vos préconisations pour attirer ces interlocuteurs ?

Il faut d'abord faire valoir nos pratiques généralement assez ouvertes. Des pratiques toutefois pas laxistes puisque toute prise de participation dans des sociétés dans les secteurs stratégiques n'est possible que sur autorisation. Si les patrons des entreprises sont prêts à prendre leur bâton de pèlerin pour se présenter à ces interlocuteurs puissants, ils souhaitent également être soutenus par leur État. Pour ce faire, plusieurs solutions sont possibles. On pourrait, par exemple, élargir les missions de l'Agence française pour les investissements internationaux, afin qu'elle attire aussi des investissements financiers. Nous préconisons aussi la création d'un délégué à l'investissement international et aux fonds souverains. Sous la tutelle du ministère des Finances, cette personnalité aurait pour mission d'être en contact continu avec les fonds souverains et d'encourager leur dialogue avec les entreprises de façon à les attirer, tout en les orientant là où on en a le plus besoin.

Pensez-vous que les entreprises françaises sont capables de relever ce défi et d'attirer ces fonds ?

La période est certes difficile. L'Europe est clairement en retrait par rapport à l'essor que connaissent les pays émergents. Et de fait, les fonds souverains les plus riches sont plutôt enclins à aller faire leurs emplettes du côté de la zone asiatique mais aussi sud-américaine. Mais les protagonistes français ont bien compris qu'ils avaient un réel besoin de relais. Et les interlocuteurs interrogés sont clairement prêts à faire des efforts. D'autant que les récents investissements de ces fonds étatiques se sont plutôt concentrés sur des actifs immobiliers.

Propos recueillis par Pascale Besses-Boumard et Christèle Fradin

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