Michel Sapin : "Ces mini sommets franco-allemands ne débouchent sur rien"

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Interview de Michel Sapin, secrétaire national du PS à l'économie et soutien de François Hollande.

François Hollande et vous-même, avec plusieurs économistes, allez élaborer ce mercredi de nouvelles propositions pour répondre à la crise. Et répondre aux décisions de Nicolas Sarkozy. Quelle est votre analyse ?

Nous sommes dans la crise depuis 2007. Mais elle a pris cet été de nouvelles formes, avec notamment la crise des dettes publiques, la question de la chute des marchés d'actions, le problème du financement des entreprises. Les mini sommets franco-allemands qui ne débouchent sur rien, comme la récente rencontre Merkel-Sarkozy, ne font pas avancer les choses. Au contraire, cette absence de résultat, de véritable décision, est de nature à inquiéter les marchés financiers. D'où la nécessité d'élaborer de nouvelles propositions.

Dans quelle direction?

Pour François Hollande, il n'y a d'opposition entre croissance et baisse du déficit public. C'est un couple. Il faut de la croissance pour réduire le déficit, mais il faut aussi baisser le déficit pour conforter la croissance. On le voit, la crise de la dette publique mine la confiance des entrepreneurs ou des consommateurs, pèse sur l'investissement ou la consommation. D'où l'affaiblissement de la croissance. Il n'y a pas de croissance sans confiance.
La croissance est aussi confortée par l'investissement dans l'éducation, par le retour à une vraie politique industrielle, que François Hollande veut mettre en ?uvre. Une politique adaptée à la croissance actuelle.

Sur les déficits, Nicolas Sarkozy et François Fillon ne disent pas vraiment autre chose...

Oui, mais se donnent-ils les moyens d'agir? Je note que le gouvernement prévoit de baisser le déficit public de 1,1 point en 2012, pour parvenir à 4,6% du PIB, et de 1,6 point en 2013, pour atteindre les 3%, limite fixée par les textes européens. Pourquoi faire porter un effort plus important sur 2013, sur la prochaine législature ? Il est toujours plus facile de dire qu'on agira après les élections.... François Hollande juge essentiel de parvenir à 3% de déficit en 2013, et pour ce faire, il défend la stratégie d'une baisse équilibrée, sur les deux années à venir. Autrement dit, il faut baisser plus fortement le déficit en 2012, au-delà de ce que prévoient Nicolas Sarkozy et François Fillon.

Comment? Vous insistez sur la suppression des niches fiscales, toute comme l'actuel gouvernement...

C'est une question de degré. Nous voulons aller beaucoup plus loin. Il faut être sérieux sur les dépenses : augmenter certaines d'entre elles, comme celles en faveur de l'éducation, qui contribuent d'ailleurs à la compétitivité et la croissance, et baisser d'autres.

Et les recettes?

Depuis 2007, 40 milliards d'euros de baisses d'impôts et charges ont été votées, sans être financées. Nous voulons revenir largement sur ces cadeaux clientélistes. Mais annuler ce qui a été fait auparavant ne peut tenir lieu de politique. François Hollande défend l'idée d'une grande réforme fiscale, rétablissant la progressivité de l'impôt, notamment celui sur le revenu. Notre système fiscal a totalement perdu sa boussole de la progressivité, comme l'ont montré les travaux les plus récents.

Au total, combien rapporterait la réforme?

Une cinquantaine de milliards d'euros.

Le redressement des finances publiques peut-il faire figure de programme ? Les électeurs de gauche n'attendent-ils pas autre chose?

Mais pourquoi la gauche ne gèrerait-elle pas sérieusement les finances publiques? Contrairement à ce peuvent dire certains, elle l'a fait par le passé. Sous quels gouvernements la dette publique a-t-elle baissé, en proportion du PIB, au cours des dernières années? Regardez, c'est sous la gauche. Est-ce socialiste de vouloir payer de plus en plus d'intérêts sur la dette, au lieu de payer des professeurs ou des policiers? Je ne le crois pas.


Manuel Valls préconise une baisse du déficit encore plus rapide ? Que veut dire cette surenchère?

C'est une prise de position purement personnelle, François Hollande ne se livrera à aucune surenchère dans l'austérité.

Y-a-il vraiment une grande différence entre les propositions de François Hollande et celles de Martine Aubry?

Non, pas outre mesure. Mais qui serait le plus à même de défendre le projet socialiste devant les Français, et surtout, ensuite de faire face à la crise, une fois élu? Il y a adéquation entre la crédibilité du candidat Hollande et cette période de crise, de difficultés, de mutations.

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a écrit le 24/08/2011 à 19:48 :
les socialiste n on rien invneter et leur programme misrable de la mitterandit meme 30 apres pas d idee pas de solutions que des impots
a écrit le 24/08/2011 à 13:08 :
Espérons que le sommet du G20 de novembre ne tombe pas à plat comme ça a été le cas pour ce "mini-sommet". Il est urgent d'instaurer une transparence financière pays par pays si l'on veut enrayer l'évasion fiscale dans les paradis fiscaux. Celle-ci coûte 40 milliards d'euros par an si l'on en croit les chiffres de la campagne "aidons l'argent" (je vous conseille d'aller y faire un tour, c'est édifiant). Pour en finir avec la dette, un seul moyen, une harmonisation des règles fiscales mondialisée, mais est-ce réalisable ?
a écrit le 24/08/2011 à 9:31 :
Bravo M. Sapin! Mais il n'y a pas que les mini-sommets qui ne débouchent sur rien. On voit l'état de l'Europe après les sommets de Nice, Barcelone,... Vous dites qu'"Il faut de la croissance pour réduire le déficit, mais il faut aussi baisser le déficit pour conforter la croissance": réflexion dialectique issue du mini-sommet Sapin-Hollande?
Réponse de le 24/08/2011 à 10:23 :
Bien vu, HK. La vieille histoire de la poule et des oeufs.
a écrit le 23/08/2011 à 22:13 :
Opération de communication de M. Sapin qui nous a habitué à bien mieux. On a bien compris qu'il roulait pour M. Hollande après avoir un temps soutenu Mme Aubry.

A la question du programme, il ne répond pas vraiment car en effet, l'on ne peut faire reposer un programme sur la seule réduction des déficits publics déjà engagée par le gouvernement de M. Fillon. Surtout quand le PS refuse, par pure posture partisane, de faire entrer la règle d'or de la discipline budgétaire (même si celle-ci est critiquable dans ses termes) dans la constitution. Comme l'a fait l'Allemagne depuis des lustres - une fois n'est pas coutume -, au nom d'une orthodoxie budgétaire qui donne ses fruits et place l'Allemagne au rang incontesté de première puissance européenne.

Le PS est malheureusement toujours dans l'incantation, les querelles de chapelle et partisane ainsi que le flou artistique. Mme Aubry parlait il y a peu dans les colonnes du Monde de société du "care". Une notion qui s'apparente trop à l'assistanat que les Français exècre et sans doute inspirée du Medicare de M. Obama, qui peine à relancer la machine étasunienne.

Pendant ce temps, le gouvernement affûte sa stratégie de contrôle de dépenses mais sans aller au bout par crainte de perdre de précieuses voix. C'est ce qui explique notamment la fébrilité sur le retour à 19.6% de la TVA dans la restauration. Assistera-t*on à l'abandon de la calamiteuse niche Copé ?

La récente dégradation de la note souveraine des EUA (passée de AAA à AA+) par S&P n'a pas entraîné la hausse des taux d'intérêts comme escompté. Et donc, pas d'alourdissement des intérêts de la dette faramineuse (plus de 14 000 milliard de dollars). Comme quoi, la solution des euroobligations est inéluctable car l'on peut partir du principe qu'elle n'entraînera pas nécessairement de dégradation de la note souveraine de la France contrairement à ce que M. Fillon indiquait la semaine dernière.

Au risque de mettre en péril la fébrile reprise du premier semestre (due essentiellement à la reconstitution des stocks mais aussi au solide soutien de la demande par des politiques clairement keynésiennes), il est temps au couple franco-allemand de lancer un signal fort aux marchés tout en allant vers ce que dessinait le Glass Steagall Act. Un signal d'unité et de reprise en main d'une dette souveraine qui s'oppose dangereusement aux excédents souverains de certains pays producteurs d'hydrocarbures (l'ancien président de la FED Allan Greenspan va jusqu'à se payer la posture européenne selon lui responsable de la difficulté des EUA à rebondir)

In fine, il est tout de même triste de le constater mais la droite réforme et la gauche dilapide car une chose est sûre, la gauche, même au pouvoir ne reviendra pas sur la plupart des réformes gagnantes de ce gouvernement : les pôles de compétitivité, l'autonomie des universités, la réforme du bouclier fiscal (mis en place par DSK le fraîchement libéré) et aussi et surtout, sur la réforme des retraites saluée par S&P et les principales agences de notation (Fitch et Moddy's). Des réformes qui malgré tout ne suffiront pas à résorber la dette dont les plans de réduction se base sur des hypothèses bien loin de la réalité économique. Surtout à l'aune du ralentissement confirmé sous peu par l'indice de confiance allemand IFO.

++ dans le bus
Réponse de le 24/08/2011 à 15:14 :
Dois-je vous rappeler que la fameuse règle d'or n'est que fumisterie, car tout était déjà écrit dans MAASTRICHT, mais depuis longtemps transgressé, voire bafoué.
a écrit le 23/08/2011 à 18:39 :
Faux, Monieur. Les sommets Franco-Allemands sont tres utiles a la bonne coordination de l'Europe. Prenez le dernier en date,Merckhel a informe Sarkho de sa position et le lendemain Fillon se rependait sur toutes les ondes pour expliquer que les Eurobonds seraient une grave erreur
a écrit le 23/08/2011 à 17:28 :
Il a raison, ça sent le sapin !
a écrit le 23/08/2011 à 17:26 :
M Sapin est en train de nous clhoroformer.Pourquoi ne parle t-il pas de la fonction publique française qui est la plus chère du monde et qui coute 56 % du PIB de la France ? le reste est du baratin comme son ilterview.

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