G20 : "Les enjeux de pouvoir bloquent l'augmentation des ressources du FMI"

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Entretien avec Agnès Bénassy-Quéré, directrice du Cepii (Centre d'études prospectives et d'informations internationales)

La France a placé une réforme du système monétaire international (SMI) au centre de sa présidence du G20. Un an après, était-ce une bonne idée ?

Oui car le SMI va évoluer et il faut accompagner ce changement et tenter d'en profiter. Mais c'est du long terme : en un an on ne peut pas faire grand-chose si ce n'est sensibiliser les différents pays au sujet et repérer les divergences, ce qu'a d'ailleurs fait la présidence française du G20. Évidemment, les Français n'avaient pas prévu que la crise de la zone euro ne serait pas réglée. La question soulevée par Paris de l'insuffisance des dispositifs de fourniture de liquidités en cas de crise trouve toutefois sa pleine illustration avec un pays comme l'Italie : seule la Banque centrale européenne (BCE) peut l'aider en Europe, sinon rien n'est prévu. Le Fonds monétaire international (FMI) n'a pas non plus les ressources pour le faire. C'est un problème concret du SMI.

Les ministres des Finances du G20 ont justement renvoyé à ce sommet de Cannes la question « des ressources adéquates du FMI pour assumer ses responsabilités systémiques »...

Cette formulation alambiquée dissimule un enjeu politique entre pays industrialisés et pays émergents. Ces derniers ne veulent pas contribuer directement à la solution de la crise en zone euro car ils ont peur. Mais ils sont prêts à aider en passant par le FMI.

Les émergents ont en tête de prendre plus de pouvoir au sein du FMI, ce que les États-Unis bloquent. Ces enjeux de pouvoir ne sont pas résolus et les pays émergents n'ont pas tort de s'impatienter car les États-Unis n'ont toujours pas ratifié la modification des quotes-parts du FMI donnant un peu plus de poids aux émergents.

La présidence française a organisé en mars un séminaire en Chine (Nankin), auquel vous avez participé, semblant focaliser les discussions sur le rôle de la monnaie chinoise, le renminbi, était-ce justifié ?

Pour beaucoup de pays, en premier lieu les États-Unis, le problème du SMI est le renminbi : ils exigent qu'il s'apprécie. D'après nos travaux de modélisation au Cepii, l'essentiel est plutôt que Pékin rééquilibre son modèle de croissance - avec moins d'investissements, moins d'exportations et plus de consommation - et s'entrouvre plus aux flux de capitaux. Ainsi, le rééquilibrage se fera automatiquement au lieu de se faire par le taux de change nominal.

Pour la communauté internationale, l'important est la transition du SMI actuel en un système multipolaire avec des monnaies à côté du dollar (il ne s'agit pas de remplacer le dollar), à l'image de la cohabitation du dollar et de la livre sterling comme monnaies principales entre les deux guerres mondiales. Ce n'est pas le G20 qui décidera cela mais les politiques nationales, en particulier celle de la Chine...

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Commentaires
a écrit le 03/11/2011 à 18:00 :
Comme toujours , vive le respect de la démocratie ... Quelle utopie que de croire nos politiques , des vrais bouffons , qui se foutent pas mal des peuples et qui nous endette de plus en plus !!!NOS UMPS sont en forte assenssion vers le bas , mais ils continuent de nous prendre pour des guignols , et les Français j espère ne sont plus dupe de leur magouilles !!! VIVE 2012 !

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