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ÉconomieFrance

L'histoire des grands emprunts en France depuis... François 1er

latribune.fr

Publié le 29 novembre 2011 à 09:28 - Mis à jour le 29 novembre 2011 à 09:29

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L'État français a cherché pendant deux siècles à attirer l'épargne de ses citoyens. Mais cette démarche est souvent onéreuse.

Derrière l'idée de la « renationalisation de la dette » se cachent en France deux souvenirs idéalisés : celui des « grands emprunts nationaux » et celui de la rente perpétuelle. Cette dernière a été créée par François Ier qui, en 1539, tenta d'attirer à lui les fonds de ses sujets en proposant de verser perpétuellement chaque année un douzième du capital versé. La rente a pourtant mis bien du temps à s'imposer comme une référence.

Sous l'Ancien Régime, les rentiers sont en effet les premières victimes de la politique budgétaire inconsidérée de la monarchie. Les arrérages - les sommes dues annuellement par l'État - sont souvent annulés, amputés ou reportés. La Révolution française, révolution bourgeoise, voulut rompre avec ces pratiques et créa le 24 août 1793 une rente unique à 5 %, mais le paiement en papier-monnaie dévalorisé ne la rend guère attractive. Pire, le 30 septembre 1797, le Directoire réduit de deux tiers le capital sur lequel sont calculés les arrérages. Après cette banqueroute, la défiance envers l'État est à son comble : le 27 septembre 1799, la rente d'un nominal de 100 francs cote 7,10 francs à la Bourse de Paris. Tout va pourtant progressivement changer.

Les victoires de l'Empire d'abord, la politique budgétaire vertueuse de la Restauration ensuite rassurent les épargnants. En 1818, une souscription publique est couverte dix fois ! Sous la monarchie de Juillet, malgré le déficit budgétaire chronique, la rente s'échange avec une prime allant jusqu'à 30 % ! Pour l'épargnant français, la rente, c'est la sécurité absolue. Dans le roman de Balzac « Césarute;sar Birotteau », la femme du parfumeur tente de détourner son époux de ses spéculations par ce conseil : « Les rentes sont à soixante-douze. Achète des rentes. » Au reste, la rente perpétuelle est une telle référence que, pour affirmer la fortune d'un individu, il suffit de décliner le montant de ses arrérages annuels.

Période faste

Ce succès s'explique aussi par le paiement en francs-or à partir de 1800, par la faiblesse de l'inflation qui rend le taux intéressant, par les avantages fiscaux (les arrérages sont défiscalisés) et par la grande liquidité de ce produit. Jusqu'en 1914, la rente représentera plus de la moitié de la capitalisation boursière de la Bourse de Paris.

L'attrait pour la rente décline dès la fin du XIXe siècle. Elle coûte cher à l'État qui décide, par des conversions, d'abaisser les taux versés. En 1902, seule la rente 3 % subsiste. Devant les rendements des actions et des obligations, elle perd son attrait. De 41 % du portefeuille d'épargne des Français en 1882, la rente passe à 31 % en 1914. La Première Guerre mondiale sonne son glas. L'inflation et les déficits budgétaires réduisent son attrait pour les investisseurs et son intérêt pour l'État. Elle vivotera encore jusqu'en 1987, date à laquelle elle sera supprimée.

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Mais l'État n'a pas renoncé à piocher dans l'épargne de ses concitoyens. Sa nouvelle arme, ce sont les grands emprunts amortissables à long terme autour d'une grande cause. Après les quatre « emprunts de la Défense nationale » de 1915 à 1918, d'autres suivront : l'emprunt Pinay de 1952, l'emprunt Giscard de 1973, l'emprunt Barre de 1977 et enfin l'emprunt Balladur de 40 milliards de francs de 1993 pour « l'emploi des jeunes », remboursable en actions de privatisées. Mais de plus en plus, l'État préfère se tourner vers les marchés financiers pour se financer. La raison en est simple : les investisseurs sont bien moins regardants que les particuliers, tant en termes de garanties que de taux. On a vu que la baisse du taux de la rente avait conduit à son déclin et Édouard Balladur dut, en 1993, offrir un taux de 6 % supérieur à celui pratiqué sur les marchés. L'histoire prouve que croire que le citoyen français sera plus bonhomme avec son État que les marchés est un mythe.

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