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ÉconomieFrance

Sarkozy les mains dans le pétrole, Hollande les pieds dans l'acier

Pascale Braun, à Florange, et Claire Garnier, à Petit Couronne.

Publié le 24 février 2012 à 16:27 - Mis à jour le 24 février 2012 à 16:44

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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Les deux principaux candidats à l'élection présidentielle, s'affrontaient à distance sur le dossier de la préservation de l'outil industriel. Le premier s'est rendu sur le site d'ArcelorMittal à Florange tandis que le second annonçait le redémarrage de la raffinerie de Petit Couronne de Petroplus. Récit.

En période électorale, les entreprises en grande difficulté ont la cote auprès du gouvernement en particulier, et des politiques en général, notamment ceux qui sont en campagne. Plusieurs dossiers industriels ont pris ces dernières semaines une tournure politique avec pour certains des sauvetages in extremis. Cela a notamment été le cas de Lejaby, dont le site industriel d'Yssingeaux a été sorti d'affaire par le groupe Arnault, ou encore le fleuron français du solaire, Photowatt, récupéré par EDF.

En revanche, malgré la volonté de l'Etat de tout faire pour sauver SeaFrance, l'opérateur de ferries a coulé et a été finalement liquidé. Aujourd'hui, le gouvernement se penche au chevet du transporteur routier, Sernam, en grande difficulté. Et, hasard des calendriers de campagne, quand François Hollande fustigeait hier, vendredi 24 février, la politique industrielle du gouvernement sur le site d'ArcelorMittal de Florange, Nicolas Sarkozy vantait son succès pour le redémarrage de la raffinerie de petit Couronne auprès des ouvriers de Petroplus.

Sarkozy arrive chez Petroplus avec une « solution » intermédiaire

Président ou candidat ? Chacun s'est posé la question  lorsque Nicolas Sarkozy a fait son entrée ce matin vers 11h30 en voiture sur le site de la raffinerie Petroplus (550 salariés) de Petit-Couronne près de Rouen. Chacun en a été pour ses frais car il n'a pas fait d'allusion à l'élection présidentielle. La visite a commencé par un bain de foule avec quelques ouvriers chargés de la maintenance de la raffinerie à l'arrêt depuis deux mois, puis a été suivie d'une «table-ronde » de 45 minutes avec les syndicats à qui il a réservé la primeur de son annonce.

C'est ensuite qu'il s'est adressé à l'ensemble des salariés de la raffinerie vendue en 2007 par le groupe Shell au groupe suisse Petroplus (au prix de 189 millions d'euros hors stockages d'hydrocarbures) placé fin janvier en « processus concordataire » (entre le redressement judiciaire et la faillite) au regard de la législation suisse. Le président de Shell France, Patrick Roméo, avait fait également le déplacement.

"Je voulais venir avec une solution"

« Vous m'aviez invité mais je voulais venir avec une solution », a déclaré Nicolas Sarkozy devant une rangée de salariés réputés sages. "C'est signé". Il a confirmé ce que les syndicats supputaient depuis lundi 20 février : la signature d'un contrat temporaire de processing avec Shell. Précisément le pétrolier livre son brut à la raffinerie de Petit Courone. « Hier soir très tard un contrat dit de processing a été signé avec Shell qui garantit une activité de raffinage de six mois pour la raffinerie (...) Ce n'est pas une réponse définitive, mais sans ce contrat, la raffinerie, c'était fini, car comme vous le savez, les installations d'une raffinerie ne peuvent supporter d'être à l'arrêt ».

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Un point que confirment des salariés interrogés : « avec une raffinerie redémarrée, il nous sera plus facile de choisir notre repreneur », indique un technicien qui résume la situation : « nous allons redémarrer l'unité en fabriquant de l'essence, du gasoil et des bitumes à partir du brut que Shell fournira ». La durée du contrat avec Shell est jugée trop courte par certains. « Le contrat de processing est une bonne nouvelle car c'est un moyen de redémarrer l'unité, mais j'aurais souhaité que Shell s'engage plus longtemps » indique le coordinateur CGT de la raffinerie, Nicolas Vincent. Le président de la République a ensuite présenté le plan de financement de 50 millions d'euros nécessaires pour la remise en état et le redémarrage de l'unité : 20 millions d'euros de l'Etat, 10 millions apportés par les quotas de CO2 et 20 millions d'euros d'avance de trésorerie de Shell.

Trois ou quatre repreneurs en piste

Maintenant, « il va falloir réussir la bataille essentiel du repreneur. Il y a trois ou quatre groupes internationaux, qui sont candidats mais il est trop tôt pour dire si ces offres sont sérieuses. A ce stade, vous n'avez pas de repreneur », a tempéré Nicolas Sarkzoy cherchant visiblement à éviter d'enfiler trop vite  le costume de « zorro ». Complimentant tour à tour les organisations syndicales qualifiées de « responsables » et les administrateurs judiciaires « engagés vers la sauvegarde », Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il allait « mettre en place avec l'intersyndicale un petit groupe de suivi sur le dossier de reprise ». Commentaire d'un salarié parlant à son voisin : « heureusement qu'on a des syndicalistes sérieux car on n'a plus de direction ! »

Le président-candidat a enfin indiqué que le parquet allait ouvrir une enquête sur le « siphonage » de trésorerie, qui aurait été opéré par Petroplus vers d'autres filiales à l'étranger. Et souhaité aux salariés de Petit Couronne d'être repris « par des industriels » et « non des financiers ». La date de dépôt des offres de reprise est fixée au 15 mars.

Première visite depuis cinq ans à Rouen

La visite du président de la République/candidat sur un site industriel menacé de la région rouennaise a fait venir tout ce que la Seine-Maritime compte d'élus. A commencer par Laurent Fabius, député (PS) de la circonscription, président de la communauté d'agglomération de Rouen, ancien premier ministre et ancien ministre de l'industrie. « Le vrai sujet, c'est de trouver un repreneur pour cette unité » commentait-il en attendant Nicolas Sarkozy.

« Et l'autre vrai sujet c'est qu'il faut au niveau européen régler le problème de la concurrence déloyale des importations low-cost ». Tout ceci manquait de piment politique mais Laurent Fabius a trouvé l'occasion d'une petite pique : « Nicolas Sarkozy ne nous avait pas fait l'honneur de sa présence depuis cinq ans ; il était venu à Rouen entre les deux tours de l'élection présidentielle ». Et d'ajouter avec une pointe d'humour « Il faut dire que l'on ne vote sans doute pas tout à fait comme il faut ici ! ». Allusion à une agglomération rouennaise très marquée à gauche.

Bousculade autour de François Hollande

Un peu plus tard, vers 13h00, François Hollande est arrivé à Florange dans une impressionnante bousculade sur le site d'ArcelorMittal, où l'attendaient quelque 300 syndicalistes, salariés et élus locaux. Assailli par les caméras, le candidat socialiste a eu le plus grand mal à se frayer un passage jusqu'à une camionnette où il s'est installé en compagnie des représentants de l'intersyndicale CGT-CFDT-FO-CFE/CGC et d'un intérimaire, ancien de Gandrange désormais au chômage à Florange.

Porte-parole de l'intersyndicale, Edouard Martin qualifie Mittal de "prédateur" avant d'interpeller le candidat. «Nous n'avons pas le temps d'attendre. Si Mittal veut nous quitter, libre à lui. Nous vous demandons de déposer un projet de loi qui lui interdise de détruire l'outil pour permettre aux collectivités et aux syndicats de trouver des repreneurs », lance le militant CFDT sous les applaudissements. Les porte-parole des syndicats se succèdent sur la tribune improvisée. Antoine, l'intérimaire, se taille un franc succès en rappelant que « quelqu'un d'autre était déjà venu à Gandrange un matin, vers huit heures , allusion à la venue de Nicolas Sarkozy en 2008.

Ecouter l'intervention de François Hollande à Florange

Le candidat veut un projet de loi

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François Hollande prend la parole pour préciser un engagement esquissé lors de sa visite à Gandrange en janvier dernier. « Florange produit le meilleur acier d'Europe. Si Mittal ne veut plus du site, c'est qu'il est animé par un intérêt financier alors qu'il s'est présenté comme un industriel », affirme François Hollande, avant de s'engager en tant que député à déposer dès lundi un projet de loi obligeant les grandes firmes à céder des usines qu'elles s'apprêteraient à fermer. "Quel que soit mon avenir, comme président de la République soit comme député, je reprendrai ce texte", promet le candidat.

Pascale Braun, à Florange, et Claire Garnier, à Petit Couronne.

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