L'Europe entre par la petite porte dans la campagne française

Peu présente jusqu'ici dans les déclarations des différents candidats, la question européenne émerge après la polémique lancée par l'hebdomadaire "Der Spiegel" évoquant une entente entre chefs de gouvernement conservateurs européens pour ne pas rencontrer François Hollande

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Crise grecque, déficits publics, interrogations sur le fédéralisme, besoin ou non d'une dose de protectionnisme, rôle et place de la banque centrale européenne... Les questions européennes ne manquent pas. On pensait même qu'elles seraient au c?ur de la campagne, à l'instar des dossiers économiques. Or, ce n'est absolument pas le cas. L'Europe, pourtant présente dans les programmes électoraux, ne fait quasiment pas débat. Certes, il y a eu le l'approbation par le Parlement français la semaine dernière de la mise en place du Mécanisme européen de stabilité (MES), doté d'une première contribution française de 6,5 milllards d'euros. Les socialistes se sont abstenus, ce qui n'a pas manqué de faire hurler les députés UMP et du Nouveau Centre.

Certes, François Hollande, s'il était élu, s'est engagé à renégocier le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l'Union économique et monétaire, signé le 2 mars par les chefs d'Etat et de gouvernement de 25 pays européens et dont l'objectif est de renforcer la discipline budgétaire en Europe, afin d'éviter à l'avenir une nouvelle crise de la dette. Mais c'est quasiment tout...  Même un européen convaincu comme François Bayrou, candidat du MoDem, ne place finalement pas l'Europe au centre de ses interventions, préférant le thème du « produire français ».

Une "entente" entre les dirigeants européens

C'est finalement une polémique lancée par l'hebdomadaire allemand "Der Spiegel" qui a, curieusement, fait rebondir la problématique européenne. Selon le périodique, il y aurait une "entente" entre les dirigeants allemand (Angela Merkel), italien (Mario Monti) et espagnol (Mariano Rajoy) pour ne pas recevoir le candidat François Hollande durant la campagne électorale française. David Cameron, premier ministre britannique, aurait aussi adhéré à ce pacte. Depuis la publication de l'article, chacune des capitales européennes a plus ou moins démenti l'existence de cette alliance. Pour le camp de Nicolas Sarkozy, c'est une aubaine :" Cela montre le manque de crédibilité et de sérieux de François Hollande", estime Constance Le Grip, député européenne et secrétaire national de l'UMP qui ajoute que le candidat socialiste "n'a pas l'intention de respecter la parole de la France".

Hollande veut renégocier le traité pour le compléter par un volet croissance

Du côté du candidat socialiste, on feint l'indifférence : " Les Français ne jugent pas les capacités d'un candidat à son carnet d'adresse international, ils s'en moquent même... Comme les américains avec Obama en 2008", ironise un proche de François Hollande. Plus sérieusement, Michel Sapin, l'un des principaux lieutenants du candidat socialiste - et pressenti pour devenir le futur ministre de l'Economie en cas de victoire de celui-ci-, argumente :"Cette polémique est stérile et sert plutôt François Hollande qui rappelle que c'est le peuple qui élit son président, pas les chefs des partis conservateurs européens.

Par ailleurs, on constate une évolution chez nos partenaires, notamment aux Pays-Bas et en Italie, qui considèrent maintenant qu'il ne peut y avoir de sérieux budgétaire sans stimulation de la croissance. Or, c'est exactement la ligne tenue par François Hollande qui parle, certes, de renégocier le traité, mais pour l'assortir d' "un volet croissance". Même si les Allemands devaient se rapporcher de cette ligne,  il faudra sans doute attendre l'été et la fin de la séquence électorale française pour que les chefs d'Etat et de gouvernement européens se retrouvent pour "compléter" le traité.

 

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