Les Allemands et François Hollande se retrouvent pour fermer Fessenheim

Le maintien en exploitation de la doyenne du parc nucléaire français suscite outre-Rhin une protestation politique croissante. Et pas seulement chez les écologistes.
la centrale nucléaire de Fessenheim en Alsace/Copyright Reuters
la centrale nucléaire de Fessenheim en Alsace/Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)

"La poursuite de l'exploitation de la centrale nucléaire de Fessenheim n'a pas détérioré nos relations avec les voisins français. Simplement, nous sommes devenus plus exigeants." Dorothea Störr-Ritter, Landrätin (équivalent local d'un président de conseil gérénal) de Fribourg-en-Brisgau et de la Haute Forêt-Noire, incarne au niveau local le changement observé il y a un an au sein de la CDU : le parti d'Angela Merkel a condamné les plus anciennes centrales du pays à un arrêt anticipé.

Dans le Bade-Wurtemberg, les sites de Neckarwestheim et Philippsburg feront les frais de cette décision, avec des fermetures définitives annoncées en 2019 et 2022. "On aimerait que les Français suivent cet exemple pour la centrale de Fessenheim, qui est encore plus vieille", déclare Peter Kuhn, en charge des relations transfrontalières au Landrat de Fribourg. Winfried Kretschmann, ministre-président écologiste du Land de Bade-Wurtemberg, est le plus ferme des élus locaux : pour lui, la nécessité de fermer Fessenheim, raccordée au réseau électrique depuis 1977 et située à 1,5 kilomètre de la frontière allemande, est "immédiate".

L'Allemagne est exportatrice d'électricité vers la France

Mais l'Allemagne n'a pas d'autorité sur la centrale, ni sur son exploitation, malgré le partage des investissements (17,5 %) supporté depuis sa construction par l'électricien EnBW. Pour les élus locaux, c'est un comble : EnBW appartient à plus de 45 % au Land de Bade-Wurtemberg ! Le site haut-rhinois est équipé de deux réacteurs de 900 mégawatts. La deuxième tranche sort d'une grande révision qui a mobilisé 200 millions d'euros de travaux. Fessenheim exporte contractuellement une partie, variable, de sa production. Mais l'Allemagne, rappellent les habitants de la rive droite du Rhin, est "globalement exportatrice d'électricité vers la France" !

Et cette année, Fessenheim tourne seulement à mi-régime : arrêté depuis avril 2011, le deuxième réacteur attend le feu vert de l'Autorité de sûreté nucléaire, assorti au respect d'une quarantaine de prescriptions techniques (renforcement du radier en béton, alimentation de secours en eau froide...), pour redémarrer. "Nous participons aux réunions de la Commission locale d'information et de surveillance, la CLIS", rappelle Dorothea Störr-Ritter. "L'exploitant EDF et l'Autorité de sûreté nucléaire s'arrangent toujours pour nous apporter des réponses techniques satisfaisantes. Mais le problème est ailleurs : en Allemagne, la population ne veut plus entendre parler de technique. Depuis l'accident de Fukushima, on ne veut plus de centrales nucléaires", explique-t-elle.

"Déconnecter maintenant"

Alors, les élus locaux se mobilisent. L'association anti-nuclaire trinationale TRAS, déboutée en mars 2011 de sa demande de fermeture de Fessenheim par le tribunal administratif de Strasbourg, compte 59 communes allemandes parmi ses membres. Samedi 10 mars, un collectif de dix-sept associations allemandes, françaises et suisses appelle à une grande manifestation en face du site, sur la frontière du Rhin. Il y a moins d'un an, juste après Fukushima, une manifestation similaire avait rassemblé 10 000 militants. Chaque lundi, à 18 heures, des opposants au nucléaire se retrouvent sur les marches de la Caisse d'épargne à Müllheim, petite ville allemande proche de la frontière.

Cette semaine, ils étaient une quarantaine, chantant "Jetzt abschalten" ("déconnecter, maintenant") après avoir entendu le compte-rendu, par un militant français, de la dernière réunion de la CLIS. "Le lobby anti-nucléaire allemand ne s'arrêtera jamais", observait sur place l'alsacien Claude Ledergerber, membre de la plus vieille association française d'opposants à la centrale, le Comité pour la sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin (CSFR).

Bâle a été détruite au quatorzième siècle

De l'autre côté de la frontière, le Conseil général du Haut-Rhin, présidé par l'UMP Charles Buttner, a exprimé le 17 février sa volonté de voir se poursuivre l'activité de la centrale, dans une motion adoptée par 22 voix pour et 9 voix contre ou abstentions. A Strasbourg, dès le printemps dernier, le conseil municipal avait demandé la fermeture de Fessenheim, à l'unanimité moins une abstention. "Il ne s'agit pas de politiser le mouvement", prévient Jurgen Hauke, porte-parole de l'association allemande AGUS (Arbeitsgemeinschaft Umweltschutz), co-organisatrice des manifestations transfrontalières en 2011 et 2012. "Nous appelons simplement les habitants de la vallée du Rhin à ne plus jamais voter pour quelqu'un qui ne se sera pas prononcé contre Fessenheim", explique-t-elle.

"Je me sens solidaire des élus alsaciens. Je comprends la position des Haut-Rhinois, qui défendent les 660 emplois directs de la centrale, poursuit depuis Fribourg Dorothea Störr-Ritter, mais il n'est plus question d'accorder une confiance aveugle aux administrations françaises : ce qui inquiète notre population, c'est une catastrophe nucléaire. La confiance n'est rien face à un risque de tremblement de terre. La ville de Bâle a été détruite par un séisme au quatorzième siècle. Voilà pourquoi les Allemands font pression, pour l'arrêt de Fessenheim."
 

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Commentaire 1
à écrit le 09/03/2012 à 7:56
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Pourquoi La tribune met un article aussi important payant ? Est-ce le lobby nucléaire qui lui met la pression ?

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