"Le torchon brûle entre la Coface et les opérateurs privés du commerce international"

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Gilles Rémy, président des Opérateurs spécialisés du commerce international (OSCI)/DR
Gilles Rémy, président des Opérateurs spécialisés du commerce international (OSCI)/DR (Crédits : DR)
Dans un entretien exclusif accordé à La Tribune, Gilles Rémy, président des Opérateurs spécialisés du commerce international (OSCI), qui regroupe les sociétés d'accompagnement à l'international (SAI) et les sociétés de commerce international (SCI), explique pourquoi son organisation saisit la justice contre la Coface. Il annonce également cinq mesures pour redresser la balance commerciale.

Quel est le différend qui vous oppose à la Coface ?

Depuis le 12 mars, la Coface diffuse un spot publicitaire radiophonique qui porte atteinte à notre image. En quelques mots, un chef d'entreprise indique qu'il a fait appel à un opérateur privé pour l'accompagner à l'export et que cette démarche lui a coûté "un bras". Le torchon brûle entre la Coface et les opérateurs privés du commerce international et c'est très, très déplaisant.

Pourtant, vos relations avec la Coface étaient plutôt bonnes jusqu'ici ?
Effectivement. Nous sommes un "apporteur d'affaires" plutôt fiable pour la Coface puisque nous prescrivons l'assurance prospection de la Coface à nos clients. C'est la raison pour laquelle nous pensons qu'il n'y a pas de volonté réelle de nous nuire. Il s'agirait, nous l'espérons, d'une grosse erreur de communication que personne ne veut assumer.

Avez-vous contacté la Coface ?
Evidemment, mais ils restent sourds à nos demandes de retrait de cette campagne de communication qui doit durer neuf semaines, jusqu'au 23 mai. Je rappelle que cette campagne financée par le contribuable tend à fragiliser l'équipe de France de l'export à laquelle appartiennent l'OSCI et la Coface.

Que comptez-vous faire ?
Le conseil d'administration de l'OSCI a décidé de saisir la justice. L'affaire est entre les mains des avocats. Nous comptons bien être dédommagés de ce préjudice. Au regard du bilan catastrophique du commerce extérieur en 2011, qui s'est traduit par un déficit record de 69,5 milliards d'euros, je pense que les membres de l'équipe de France de l'export devraient être plus solidaires.

Justement sur ce point, vous avez des propositions à formuler pour redresser les comptes extérieurs de la France?

Nous défendons cinq mesures. La priorité est de promouvoir activement les entreprises du commerce international, les sociétés d'accompagnement à l'international (SAI) et les sociétés de commerce international (SCI). Pour réussir sur les marchés étrangers, acteurs publics et privés de l'export doivent avancer unis et jouer la carte de leur complémentarité en prenant en compte les avantages compétitifs de chacun. Par ailleurs, nous plaidons pour une réorganisation de l'équipe de France de l'export. Nous sommes favorables au guichet unique à condition qu'Ubifrance soit le chef d'orchestre du dispositif mais ne cherche pas à jouer lui-même de tous les instruments. Ubifrance pourrait également se recentrer sur son métier de valorisation du label "Made in France".

Dénoncez-vous toujours les effets pervers de certaines subventions ?
Il faut en effet les corriger car cette politique fait que les entreprises ignorent souvent le prix réel des prestations de soutien à l'export dispensées par les dispositifs publics comme Ubifrance ou Erai en région et ne l'intègrent donc pas dans leur stratégie de développement à l'international. Résultat, beaucoup de PME ne sont pas réellement préparées à l'export.

La fiscalité peut-elle être plus incitative ?

En effet, il est tout de même surprenant que la fiscalité pénalise l'exportation ! Nous portons deux mesures. La taxe C3S, qui s'élève à 0,16% du chiffre d'affaires, est un impôt absurde : il est prélevé quand une société française achète un produit sur le territoire national, mais pas quand elle achète un produit dans un autre pays européen. Il s'exerce sur un produit français exporté par une société
de commerce française, mais pas quand ce même produit est exporté par une société de commerce étrangère ! L'OSCI appelle donc à sa suppression partielle et propose d'aménager le paiement de l'impôt sur les sociétés [IS].

De quelle façon ?
Dans le cas d'exportations non payées, des facilités de paiement de l'IS existent aujourd'hui pour les exportations couvertes par une police moyen terme de la Coface. L'OSCI demande à ce que cette disposition soit étendue aux exportations garanties par une assurance-crédit autre que celle de la Coface ou qui ne sont garanties par aucune assurance-crédit. Nous souhaitons également qu'une journée de l'export soit organisée pour porter sur la place publique les problématiques de fond du commerce extérieur français. Les acteurs du dispositif de soutien à l'export pourront partager leur expérience de terrain avec les entreprises candidates à l'aventure.

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Commentaires
a écrit le 21/03/2012 à 15:36 :
Hier le feu couvait, Aujourd'hui le torchon brule avec la COFACE, et demain avec UBIFRANCE ?
La Coface est elle une entreprise publique ou privée .............; c'est la question que l'on doit se poser, il est temps que le cordon ombilical soit coupé. La COFACE a été privatisé en 1994, la COFACE continue à gérer pour le compte de l?état un certain nombre de garantie, de l'autre elle est une filiale du groupe BPCE. La COFACE considère toujours que l'export est l'affaire des grandes entreprises ou des grands groupes ( la meilleure preuve est la présence de Madame PARISOT en son conseil d'administration) et le montant de la prime ou du chiffre d'affaires qu'elle demande dans le cadre de l'assurance crédit. Cette politique de rendre l?accès à cette garantie impossible aux primo-exportateurs ou aux TPE est l'une des causes majeurs de leur non développement à l'export. La COFACE par son attitude en est la principale responsable. Le fait d'avoir été sauver de le banque route par Madame LAGARDE il y a 3 ans par la mise en place de CAP et CAP+ ne lui a pas servit de le leçon. Il est a noté que la nouvelle politique commerciale (secteur privée) mise en place par une nouvelle équipe de cadres venue de la SFAC/HERMES qui élimine systématiquement les polices déficitaires porte ses fruits .....!
Dans le cadre de la mise en place du guichet unique, on peut se demander pourquoi ces garanties gérées par la COFACE pour le compte de l'état n'ont pas été repris par OSEO sans doute que les liens entre la Direction Générale du Trésor (DGI) et la vieille Dame de la Défense sont trop forts.
Ce qui est vrai avec la COFACE en est également vrai avec UBIFRANCE qui malgré sont statut d'EPIC (établissements publics industriel et commercial) constitue une concurrence déloyale face à l'aide et a l'appui à l'export des opérateurs privés de l'export. En effet UBIFRANCE bénéficie d'un budget de fonctionnement de plus 70 millions d'euros hors aides pour les entreprises, et offre des prestations comparables à celles des opérateurs privés. UBIFRANCE monopolise l'aide de l?état, ce qui est d?ailleurs nul par inscrit dans la loi. Cette situation s'explique également par les liens étroits entretenus par la D.G.I et l'officine de la rue St-Jacques. Sans parler de la lutte d'influence en UBIFRANCE bras armé de la rue de Bercy et les différentes structures de soutiens misent en place par les conseils régionaux.
a écrit le 21/03/2012 à 13:53 :
a là là tous ces conseillers à l'export, ils conseillent quoi au fait ? Comment trouver un financement public et non pas comment positionner les produits de leur client sur marché export.. Quant aux dispositifs publics ils permettent aux entreprises de tester les produits sur les marchés sans les ruiner.Les entrepreneurs ont ainsi la possibilité de définir leur stratégie export en toute connaissance de cause.
a écrit le 20/03/2012 à 17:18 :
La Region Rhone Alpes qui a construit un pavillon en Chine pour l'expo universelle sur ses propres fonds ( = contribuables) et qui doit maintenant s'acquitter d'un bail de 10 ans ... Payer un loyer pour occuper un batiment que cette meme region a finance. Ils sont forts ces chinois pour nous rouler dans la farine. Et c'est le contribuable qui paie encore une fois .... Vive l'equipe de France export....
a écrit le 20/03/2012 à 13:23 :
Les dispositifs publics français à l'export ont une caractéristique constante dans la durée : leur rendement négatif. Quand ils seront jugés à l'aune de ces "performances", peut-être pourra t'on envisager un retour à l'équilibre de la balance commerciale et des services et, dans un premier temps, obtenir aussi une sérieuse économie de dépenses publiques. Car l'international est une course de fond, ou compétences, ténacité et moyens financiers priment. En face, acheteurs ou vendeurs, tous au point et majoritairement privés, n'ont que faire de conseillers fonctionnarisés, seuls défenseurs d'un système "que l'étranger nous envie" mais qui, pour l'essentiel, ne sert qu'à les faire vivre. Alors, oui, primauté aux sociétés de commerce, sociétés et agents commerciaux internationaux. Sur ce point, le rapprochement franco-allemand tant vanté devrait être révélateur des bonnes pratiques d'outre-Rhin. Il est aussi inoui que le négoce ait été fiscalement décimé en France.
a écrit le 20/03/2012 à 13:11 :
Les dispositifs publics français à l'export, qu'ils soient d'Etat, régionaux voire consulaires ne sont "enviés" que par ceux qui les défendent et en vivent. En fait, l'international (qui doit associer import et export) est une course de fond où compétences, tenacité et moyens financiers priment. Se priver des réseaux et compétences privés (les seuls vraiment au fait des choses et au diapason des acheteurs et vendeurs internationaux majoritairement privés), les mettre à l'index par des campagnes de com' f(inancées sur fonds publics!) est révélateur de l'ignorance des réalités. Quand ces dispositifs publics seront jugés à l'aune de leur rendement (négatif sur la durée), peut être pourra t'on entrevoir le retour à l'équilibre de la balance des biens et services ?

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