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ÉconomieFrance

Radioscopie de la France électorale

Jean-Christophe Chanut

Publié le 29 mars 2012 à 07:09 - Mis à jour le 29 mars 2012 à 11:11

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L'institut Ipsos a réalisé une grande enquête "France périphérique et France métropolitaine: les nouvelles fractures françaises" qui montre les intentions de vote des Français en fonction de leur lieu de résidence. Les habitants des petites villes et villes moyennes, à la périphérie des grandes agglomérations, sont les plus déçus par le bilan de Nicolas Sarkozy. Mais ce sont aussi eux qui feront la différence.

Comprendre le comportement électoral des Français en croisant des critères géographiques (métropoles, banlieues, communes rurales, villes petites ou moyennes, etc.) et sociologiques (catégorie socio-professionnelle, sexe, âge, etc.), c'est à cette radioscopie des "différentes Frances" que s'est attelé l'Institut Ipsos, avec l'aide du géographe Christophe Guilluy, à travers une grande enquête publiée par "Le Nouvel Observateur" (semaine du 29 mars au 4 avril 2012). Voici les principaux résultats.

Le vote potentiel de 2012

Nicolas Sarkozy recule fortement dans la "France périphérique fragilisée", cette France qui vit à la périphérie des grandes agglomérations, dans des villes petites et moyennes ou carrément dans un environnement rural. C'est cette France qui fit sa victoire en 2007. Or, elle semble se détourner du candidat-président: 25,5% seulement des intentions de vote, soit 4 points de moins qu'en 2007. Cette fois-ci, c'est François Hollande qui domine : 28,5% des intentions de vote, soit 3 points d'avance sur Nicolas Sarkozy et presque 4 points de plus que Ségolène Royal en 2007.

Surtout, toujours selon Ipsos, le chef de l'Etat candidat est pris en tenaille par un candidat socialiste qui le domine et un Front national qui remonte à 16% dans ces zones, réduisant l'écart avec lui à 9,5 points contre 17 il y a 5 ans. C'est aussi dans cette strate que Jean-Luc Mélenchon réalise son meilleur score, 14%, venant ajouter des points à ceux déjà hauts de François Hollande et de Marine Le Pen. "Cette France qui coule", comme la dénomme Ipsos, c'est celle qui craint les conséquences de la mondialisation (60%).

"La France périphérique fragile" juge à 64% négatif le bilan de Nicolas Sarkozy

C'est aussi celle qui a cru à Nicolas Sarkozy en 2007 est qui se montre donc, en 2012, particulièrement sévère avec lui. C'est  là que son bilan est le plus massivement jugé négativement, signe d'une cassure profonde : 64% d'opinions négatives, 33% seulement de positives.
Or, selon l'enquête, et c'est un autre point décisif, la rupture semble se faire davantage cette année sur les enjeux économiques et sociaux que sur la sécurité ou l'immigration, thèmes pourtant martelé par le président-candidat. Dans ces territoires en effet, la préoccupation massive est le chômage et le pouvoir d'achat. Or, 80% des habitants de ces zones estiment que le bilan de Nicolas Sarkozy est négatif en matière de croissance et d'emploi (17% seulement qu'il est positif), 84% en matière de pouvoir d'achat (14% positif). Et ce jugement, toujours négatif, l'est cependant beaucoup moins quand il s'agit de la sécurité (50% de négatif contre 47% de positif).
Dans ces territoires, c'est donc bien sur le chômage et le pouvoir d'achat que la déception a provoqué la plus grande déchirure et c'est bien sur de tels enjeux que les attentes sont les plus fortes. Or, 12% seulement des habitants de cette France (contre 25% pour François Hollande) pensent que si Nicolas Sarkozy est réélu, la situation de la France s'améliorera. C'est son pire niveau. Et, de ce point de vue, soulignent les auteurs, "Marine Le Pen a eu raison de retravailler son argumentaire et de le faire évoluer vers une plus grande prise en compte des réalités économiques et sociales, tout comme François Hollande et Jean-Luc Mélenchon". L'insécurité est certes l'un des moins mauvais marqueurs de Nicolas Sarkozy, surtout après Toulouse, mais elle n'est plus aussi essentielle qu'avant. Affaibli dans ces territoires déterminants en 2007, où se situe Nicolas Sarkozy ailleurs ?

Le Front National à 19% dans les banlieues populaires

Dans les banlieues populaires des grandes agglomérations, il obtient son plus bas niveau d'intentions de vote, 22%, et est dominé de 6 points par François Hollande, qui accentue donc son avance par rapport au score de Ségolène Royal en 2007. Ici, les préoccupations sont doubles. Le chômage reste fondamental, le pouvoir d'achat un peu moins qu'ailleurs, l'éducation et l'insécurité davantage. Mais c'est une autre illustration de la coupure entre Nicolas Sarkozy et les catégories populaires: le Front national y est à son plus haut niveau, 19%, à 3 points du Président sortant contre 18 en 2007. Jean-Luc Mélenchon est également haut, à 13,5% d'intentions de vote.

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Le candidat-président toujours en tête dans la "France aisée"

Dans la France métropolitaine aisée en revanche, Nicolas Sarkozy l'emporterait de 5,5 points en 2012, mais moins qu'il y a cinq ans où il dominait de 10 points son adversaire socialiste.
Enfin, dans les zones périphériques intégrées, le président sortant l'emporte aussi mais avec 4 points d'avance sur François Hollande, contre 10 en 2007.
On assiste donc, selon l'étude "à la fois à un formidable rétrécissement de la base électorale du candidat de l'UMP qui ne l'emporte que dans les territoires les plus protégés", mais moins qu'en 2007, et à un coup d'arrêt de sa performance dans la France populaire, notamment la France périphérique fragile qui avait fait la bascule gagnante de 2007.

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Cependant, en conclusion, les auteurs de l'étude estiment que le match n'est absolument pas joué. Tout simplement car la France la plus hésitante dans ses intentions de vote, celle qui indique qu'elle peut le plus changer d'avis, est précisément la France périphérique fragile. Et c'est également là que l'intention déclarée d'aller voter est la plus faible. C'est donc cet électorat que cherche à mobiliser Nicolas Sarkozy. D'où son positionnement actuel sur des thèmes considérés comme très "droitiers".

Jean-Christophe Chanut

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