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ÉconomieFrance

"Le système actuel de la formation professionnelle est opaque et inégalitaire"

Propos recueillis par Fabien Piliu

Publié le 27 avril 2012 à 12:26 - Mis à jour le 27 avril 2012 à 12:45

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Dans un entretien accordé à La Tribune, Marc Ferracci, maître de conférences à l'Université Paris-Est, revient sur les enjeux de la réforme de la formation professionnelle que chacun des deux finalistes de l'élection présidentielle souhaite lancer.

Pour les deux finalistes de l?élection présidentielle, la formation professionnelle est devenue un sujet de campagne. Les dispositifs existants sont-ils efficients ?

Pas réellement. Les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des espoirs suscités et des sommes dépensées.

Pourtant, 35 milliards d?euros, soit l?équivalent du Grand emprunt, sont consacrés chaque année la formation. Quels sont les points de blocage ?

Ils sont tellement nombreux? Pour les salariés et les entreprises, le blocage est tout d?abord culturel. On ne pense pas à se former. En France, la part dépensée par les ménages en formation ne représente que 4% de cette trentaine de milliards. La part des entreprises s?élève à 42%. En Allemagne, 35% du budget global est dépensé par les ménages. Il faut donc responsabiliser les ménages pour qu?ils puissent avoir accès un emploi stable ou pour qu?ils conservent leur job. Avec Pierre Cahuc et André Zylberberg, dans une note récente publiée par l?Institut Montaigne, je suggère par exemple de développer le crédit d?impôt pour que la formation ne pèse pas trop sur le budget des ménages et soit le plus indolore pour les entreprises.

Dans ce cas, comment mieux dépenser ou redéployer ces 35 milliards  ?

Tout d?abord, il faut savoir que sur cette somme, 12 à 13 milliards sont effectivement des dépenses directes. Les rémunérations versées aux salariés qui partent en formation, les défraiements représentent une majeure partie de la vingtaine de milliards restant. Il est donc difficile de redéployer l?ensemble de cette enveloppe de 35 milliards.

Nicolas Sarkozy estime que la gestion tripartite de la formation professionnelle serait la cause de cette inefficacité. Partagez vous son avis ?

Tout le monde le partage ! Les rapports du Sénat en 2007, de la Cour des comptes en 2008, le rapport Larcher de 2012 ont à chaque fois plaidé pour une simplification de la gestion de la formation professionnelle. Après, il faut se fixer des priorités. Si on n?arrive pas à simplifier les structures en place, commençons par simplifier la vie des gens !

De quelle façon ?

C?est un vrai parcours du combattant, surtout pour un demandeur d?emploi. Il faut faire un bilan de compétences, construire un budget professionnel, trouver la formation adéquate, identifier un prestataire puis, enfin trouver le financement. Ce dernier point est certainement le plus critique. Pour simplifier cette étape, il faudrait s?inspirer des pratiques en cours en Allemagne. En fonction d?un certain nombre de critères, comme sa qualification, sa période d?activité, chaque demandeurs d?emploi dispose d?un chèque emploi à dépenser comme il le souhaite. Il peut ainsi faire son marché et faire jouer la concurrence entre les différents prestataires. Ceci n?est pas possible en France en raison de la complexité et de l?opacité du système.

C'est-à-dire ?

En France, ce sont les prestataires de formation qui dictent la loi du marché. La question de savoir si les formations dispensées permettent de couvrir les besoins du marché du travail et de favoriser le retour à un emploi stable, importe assez peu. C?est l?une des raisons pour laquelle 300.000 offres d?emplois ne trouvent pas preneurs. Il est donc impératif de rendre cette offre plus transparente. Actuellement, il est quasiment impossible de savoir si une formation est efficace, si elle facilite réellement le retour à un emploi stable. Même le prix n?est pas un gage de sérieux. Il est donc urgent de mieux contrôler et d?évaluer les organismes de formation pour rendre le système plus transparent et plus efficace.

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Par ailleurs, celui-ci est inégalitaire. Dévoilé en décembre 2011, le rapport de l?Inspection générale des affaires sociales [IGAS] portant sur l?évaluation de la mise en oeuvre des achats de formation de Pôle emploi précise que l?information existante sur l?offre de formations est parfaitement efficace car industrialisée dans certaines régions, c?est le cas en Rhône Alpes. En revanche, celle-ci est gérée de façon très artisanale dans certains territoires. En outre, si la plupart des formations sont adaptées aux Bac +5, elles ne le sont pas pour la plupart des 150.000 jeunes qui sortent chaque année du système éducatif et qui auraient d?un apprentissage plus long et plus individualisé.

Nicolas Sarkozy souhaite que les personnes ayant bénéficié d?une formation soient obligées d?accepter une proposition d?embauche correspondant à la formation qu?ils ont reçu. Cette proposition vous paraît-elle judicieuse ?

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Un mécanisme de ce genre existe déjà dans le système d?indemnisation du chômage. Dans le cas de la formation, la situation est plus complexe. Que se passe-t-il s?il n?y a pas d?emplois disponibles ? Or, 75% à 80 des formations ne correspondent pas à des postes ouverts, même sur les marchés en tension !

Propos recueillis par Fabien Piliu

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