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ÉconomieFrance

Hollande sous pression de Bruxelles, Merkel de ses électeurs

Ivan Best

Publié le 11 mai 2012 à 15:50 - Mis à jour le 11 mai 2012 à 16:58

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Il faut s'attendre à un face à face plus tendu que prévu, le 15 mai, entre François Hollande et Angela Merkel. Les critiques contre l'Allemagne se sont faites plus vives chez les socialistes ce week-end et les élections en Rhénanie Westphalie placent la chancelière dans une situation fragilisée. Sans compter que la crédibilité du plan français de réduction du déficit public est remise en cause par la Commission européenne qui s'inquiète par ailleurs du niveau élevé des hausses d'impôts prévues par...

La première rencontre entre François Hollande et Nicolas Sarkozy va se dérouler dans un climat plus frais que prévu. Benoît Hamon, le porte-parole du Parti socialiste a réaffirmé ce week-end sur France 3 qu'Angela Merkel ne pouvait décider seule du destin de l'Europe en ne tenant compte que des intérêts allemands. D'autres déclarations du même type, dont celle de Ségolène Royal appelant à modifier les régles du jeu de la BCE, indiquent une montée de l'agressivité vis à vis de l'Allemagne de la part de ceux qui sont appelés à faire partie de la nouvelle équipe dirigeante de François Hollande.  et de ses amis. De son côté, Angela Merkel a réitéré son refus de renégocier le traité, et rappelé la priorité absolue des réformes structurelles par rapport à toutes mesures d'incitation à la croissance. La chancelière allemande est par ailleurs dans une situation politique délicate, avec des élections très décevantes pour la CDU en Rhénanie Westphalie. Cette rencontre du 15 mai, dont on n'attend pas de décisions particulières, se déroulera par ailleurs sur fond de tensions très vives en Grèce, où de nouvelles élections sont probables, pratiquement en même temps que les élections législatives françaises. Surtout, cette prise de contact vient à un moment qui est aussi très délicat pour la France, dont les objectifs de réduction du déficit, tels qu'exoprimés dans un document transmis le 22 avril dernier par François Fillon, ne sont pas jugés crédibles par la Commission européenne. Bruxelles anticipe notamment un déficit public particulièrement élevé en France, en 2013. «Ce n'est pas une surprise », a déclaré François Hollande. « J'ai demandé une évaluation par la Cour des Comptes de la réalité budgétaire de notre pays, je savais depuis déjà plusieurs semaines qu'il y avait une dégradation plus grande que le gouvernement sortant ne le disait de nos comptes publics.» Un de ses proches voit dans les nouvelles prévisions de Bruxellles « un camouflet pour l'équipe Sarkozy ».
« C'est un sérieux avertissement pour François Hollande, qui a promis des dépenses inconsidérées », estime de son côté Valérie Pécresse, à quelques jours de son départ du ministère du Budget.

Bruxelles croit aux chiffres de Paris pour 2012, pas pour 2013
Bruxelles veut bien croire à un déficit français réduit de 5,2% du PIB en 2011 à 4,5% du PIB en 2012 , comme l'a prévu l'équipe Sarkozy ou presque (4,4%). En revanche, s'agissant de 2013, la Commission européenne ne croit pas à un retour à 3% de déficit, niveau affiché tant par le président sortant, qui a transmis fin avril à Bruxelles sa programmation des finances publiques, que par François Hollande. Pour 2013, Bruxelles retient le chiffre de 4,2% de déficit. Soit une très faible réduction par rapport à 2012.

Un désaveu du plan Sarkozy
Il n'est pas complètement faux d'affirmer que la Commission européenne désavoue là le programme de stabilité 2012-2016 adopté début avril en conseil des ministres, et transmis le 22 avril à Bruxelles par le gouvernement français que les experts bruxellois ont eu le temps d'examiner. En affichant un déficit 2013 bien supérieur à celui inscrit dans ce plan transmis par Paris, les fonctionnaires européens indiquent de façon polie que celui-ci n'est pas crédible, à leurs yeux.

Ce n'est pas tant l'écart entre la croissance prévue par Paris (1,75% pour 2013) et le chiffre retenu par Bruxelles (1,3%) qui importe, même si ce différentiel de croissance peut jouer à la marge sur le niveau des recettes fiscales. C'est l'absence de mesures importantes, celles déjà programmées représentant seulement 0,2 point de PIB.

Pas de blanc seing à François Hollande
Pour autant, l'exécutif européen ne donne pas un blanc seing à François Hollande. Le rapport officiel ne fait pas mention des projets du nouveau président, qui n'ont évidemment pas encore été transmis à Bruxelles : « Nous attendons que les autorités françaises spécifient les mesures envisagées pour 2013 », a déclaré le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn.

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Une nouvelle programmation des finances publiques pour 2012-2016 lui sera transmise au plus tard début juillet par Paris. Mais les experts européens ont bien sûr eu vent des choix affichés depuis janvier par celui qui était encore le candidat socialiste : une réduction du déficit fondée largement sur des hausses d'impôts, via la remise en cause de nombreuses niches fiscales à hauteur de 29 milliards d'euros, effectives dès 2013, pour l'essentiel.

Ces 29 milliards représentent près de 1,5% du PIB, ils permettraient en théorie de ramener le déficit à 3% en 2013, comme François Hollande s'y est engagé. Michel Sapin, qui a toutes les chances d'être nommé ministre des Finances, mercredi soir, estime d'ailleurs que ces nouvelles prévisions de Bruxelles « valident le projet de François Hollande , qui consiste à changer de politique pour maîtriser les dépenses, augmenter les recettes de manière juste et efficace et, surtout, changer de politique économique au niveau national et européen pour stimuler la croissance ».

La part belle faite aux augmentations d'impôts
Pourtant, off the record, les experts européens estiment que le projet Hollande fait la part trop belle aux augmentations de recettes. Il est vrai qu'augmenter d'un coup ou presque les impôts de 29 milliards d'euros (11,8 milliards visant avant tout les particuliers aisés, mais aussi ceux réalisant des heures supplémentaires, 17,3 milliards touchant les entreprises), à seule fin de réduire le déficit, représente un vrai choc fiscal, même si la plupart des fiscalistes français estiment que chacune des mesures, considérée isolément, est plutôt judicieuse.

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Un malentendu sur la définition des réformes structurelles
A Bruxelles, on préfèrerait davantage des économies réalisées sur les dépenses, et de véritables réformes structurelles, visant à réduire le déficit, ce qui, dit-on, serait favorable à la croissance. Les proches de François Hollande affirment bien vouloir procéder à des réformes structurelles, ils emploient ce terme, mais ils ne pensent pas, à l'évidence, à la même chose : le porte parole du nouveau président, Bruno Le Roux, évoque ainsi des mesures « qui permettront de relever le potentiel de croissance à travers le rétablissement de notre industrie » (banque publique notamment). Ce qui a peu à voir avec une réforme du marché du travail à l'allemande, consistant à minorer les allocations chômage et encourager toute forme de travail.

Ivan Best

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