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Hollande et les pétroliers : le choc serait rude

Marie-Caroline Lopez

Publié le 19 avril 2012 à 17:02 - Mis à jour le 19 avril 2012 à 17:06

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1 milliard d'euros : ce serait le montant des pertes pour les pétroliers et les grandes surfaces si le candidat socialiste élu bloquait, comme il l'a promis, les prix à la pompe pendant trois mois et dans l'hypothèse où l'augmentation du prix du baril continuerait sur la tendance observée ces derniers mois.

Il l?a dit et répété plusieurs fois. Pour stopper l?actuelle flambée des prix des carburants, qui grève lourdement le budget des Français, le candidat socialiste François Hollande a promis de bloquer les prix à la pompe pendant trois mois, le temps d?étudier le retour d?un mécanisme de TIPP flottante. A mesure que ses chances de l?emporter le 6 mai paraissent grandir, les compagnies pétrolières et les grandes surfaces pâlissent. Et sortent leur calculette.
Si les prix des carburants augmentent de 10 centimes par litre les trois prochains mois (comme l?a fait le prix du super entre janvier et mars 2012), et que les distributeurs ne peuvent pas répercuter cette hausse, ils perdront 1 milliard d?euros. Ils vendront effectivement à perte puisque leurs marges s?établissent à 1 centime d?euro par litre en moyenne. Les grandes surfaces, qui distribuent 60% des carburants vendus en France, y seront pour 600 millions d?euros de leur poche. Quant aux pétroliers, le poids de cette facture varie selon leur part de marché. Pour Total, la perte serait de plus de 200 millions d?euros, à comparer à ses bénéfices de 12 milliards d?euros en 2011. Pour Esso France, qui gagne entre 50 et 150 millions d?euros net par an, les conséquences seraient plus lourdes puisque cette mesure mènerait à des pertes de 65 millions d?euros sur trois mois.

Deux tentatives déjà par le passé

« Si ce scénario se confirme, on se posera sérieusement la question de savoir si on laisse ouvertes nos stations », confie un distributeur pétrolier. Les grandes surfaces, elles, réagissent davantage en commerçant. « Si c?est inacceptable de vendre à perte, c?est aussi commercialement compliqué d?arrêter d?offrir ce service à nos clients, surtout si nos concurrents, eux, continuent », souligne l?une d?elles.
Aujourd?hui, peu soucieux d?attirer les foudres et gardant espoir dans leurs chances de négocier une mesure plus favorables, aucun distributeur de carburant ne veut s?exprimer officiellement. « Avec un peu de chances, les prix du brut vont baisser un peu, ce qui rendra cette idée caduque », se rassure un pétrolier. « La seule façon de bloquer les prix, c?est de jouer sur les taxes », préfère affirmer de son côté l?UFIP, le syndicat professionnel des compagnies pétrolières.
A deux reprises par le passé, le gouvernement français a tenté de bloquer les prix à la pompe. Pierre Bérégovoy l?a fait pendant cinq semaines en 1990 au moment de l?invasion du Koweit par l?Irak. A l?époque les prix bondissaient de 10% par jour. Il a en fait bloqué les marges des distributeurs. « A l?époque, au moins, il y avait une marge » soupire un pétrolier. Lionel Jospin a réessayé entre le 1er octobre 2000 et le 21 juillet 2002 avec un mécanisme de « TIPP flottante ». Les taxes (TVA et Taxe intérieure de consommation sur les produits pétroliers, rebaptisée discrètement TICPE fin 2010), représentent entre 50 et 55 % du prix des carburants à la pompe.

La TIPP flottante avait coûté 2,7 milliards d'euros à l'Etat
Le gouvernement peut donc assez facilement modérer ces taxes afin de bloquer le prix de vente. Seul problème : le coût pour l?Etat est énorme. Un centime de baisse par litre sur le prix de vente correspond à un manque à gagner de 480 millions d?euros, a calculé le site Chiffrages Déchiffrages 2012. Quatrième recette de l?Etat, cette fiscalité pétrolière a rapporté environ 35 milliards d?euros en 2011 (dont 24 milliards pour la seule TIPP). En 2000-2002, la TIPP flottante a couté 2,7 milliards d?euros pour une baisse moyenne de 2,2 centimes d?euros sur le prix du litre, selon la Cour des comptes.
Les pétroliers n?excluent pas que le futur gouvernement cherche à récupérer une partie de ce manque à gagner fiscal en les taxant. « C?est devenu un sport national », remarque l?un d?eux. En 2008/2009, la « prime à la cuve », créée spécifiquement, a coûté 210 millions d?euros à Total. En 2011, mis à contribution pour compenser le changement de barème sur le traitement fiscal des frais kilométriques, les pétroliers ont payé 130 millions d?euros, dont 68 millions pour le seul Total. « La plupart du temps, les taxes créées ne s?appliquent pas aux grandes surfaces, qui distribuent pourtant 60 % des carburants vendus en France», déplore un pétrolier.

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Les pétroliers commencent à s'agiter
Un peu démunis pour faire du lobbying à gauche, les pétroliers s?agitent. Tentent d?identifier, tardivement, les interlocuteurs autour du candidat Hollande. D?aucuns comptent sur les liens personnels proclamés de Christophe de Margerie avec le candidat socialiste pour écarter la menace. « On attend d?en savoir plus. On peut penser que lorsque cette mesure va être mise en ?uvre, les pouvoirs publics prendront langue avec nos organismes professionnels pour discuter des modalités d?application », affirme un distributeur. Qui mise gros sur ces négocations. 

Marie-Caroline Lopez

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