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ÉconomieFrance

Pourquoi Hollande nomme Ayrault à Matignon

Jean-Christophe Chanut

Publié le 15 mai 2012 à 13:10 - Mis à jour le 15 mai 2012 à 13:42

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Le député-maire de Nantes devient, à 62 ans, le Premier ministre de François Hollande. Peu connu, celui qui dirigeait depuis 1997 le groupe socialiste à l'Assemblée, est un homme discret et organisé. Sa connaissance du Parlement sera précieuse alors que le nouveau Président souhaite engager beaucoup de réformes dès cet été. Jean-Marc Ayrault, germanophile convaincu, sera aussi très utile par sa connaissance de l'Allemagne. Un homme de la synthèse...

La scène se passe dans un grand hôtel parisien durant la campagne présidentielle de 2007. Jean-Marc Ayrault prend un café avec un journaliste qui lui pose cette question : "Si Ségolène Royal est élue présidente, qui sera son ministre de l'Economie ?". Réponse, après une longue hésitation, du député-maire de Nantes : "Ce sera François Hollande... ". Puis l'homme rougit. Manifestement ennuyé il lance deux fois de suite "Je ne vous ai rien dit, hein ! on ne s'est pas vu". L'anecdote caractérise Jean-Marc Ayrault. Avec lui, on n'est pas dans l'esbroufe, le panache. A l'inverse, l'homme est plutôt discret, modeste. "Gris, apparatchik passe murailles" diront ses détracteurs. "Normal" dirait le nouveau président de la République. Et c'est sans doute, d'ailleurs, pour cette raison que celui qui était jusqu'ici le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale (depuis 1997, un record !) doit sa nomination à 62 ans.

Un homme discret et organisé

Jean-Marc Ayrault est en effet quelqu'un de  "normal", un élu de terrain - plus jeune maire de France en 1976 d'une commune de plus de 30.000 habitants -  qui a gravi les uns après les autres tous les échelons au sein du Parti socialiste. A la gauche du PS dans sa jeunesse, il a évolué vers une forme de réformisme tranquille mais convaincu. Exactement le type de caractère dont a besoin François Hollande dans les circonstances très difficiles de son arrivée au pouvoir. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps au sein du PS. A l'instar du président de la région Bretagne Jean-Yves Le Drian, Jean-Marc Ayrault fait partie de la "bande des élus bretons" qui soutiennent de longue date le nouveau président. C'est sous l'ère de Lionel Jospin qu'ils ont appris à bien travailler ensemble, même s'ils n'ont jamais été ministres. L'un comme Premier secrétaire du PS, l'autre comme président du groupe socialiste à l'Assemblée, participaient à la traditionnelle réunion du Mardi à Matignon pour caler le travail législatif. Les deux hommes ont aussi en commun cet art du compromis, de la synthèse. Une qualité nécessaire quand l'on dirige un groupe parlementaire turbulent déchiré entre les différentes chapelles socialistes. Avec Jean-Marc Ayrault à Matignon, François Hollande sait pouvoir compter sur quelqu'un de méthodique et organisé. Certes Martine Aubry avait les faveurs du  "peuple de gauche". Mais avec la Première secrétaire du PS, les cicatrices ne sont pas refermées. François Hollande n'a pas oublié les critiques de la maire de Lille sur sa gestion du PS quand il en était le Premier secrétaire. Le nouveau président n'oublie pas non plus le fameux "quand c'est flou c'est qu'il y a un loup" lancé par Martine Aubry à son adresse durant les "Primaires". Bref, le caractère ombrageux de Martine Aubry rendait difficile la "cohabitation". Sanguin aussi, Manuel Valls, un autre prétendant à la fonction. Sans parler de son image " trop à droite" qui aurait pu envenimer les choses avec les partenaires d'Europe Ecologie-Les Verts, voire avec le groupe socialiste à l'Assemblée.

L'homme orchestre de "l'été fou du président"

Car, François Hollande l'a dit, son Premier ministre ne sera pas un  "collaborateur". Le président veut que le Premier ministre redevienne le chef de la majorité, selon la tradition républicaine. C'est donc à Jean-Marc Ayrault que va revenir, à côté de Martine Aubry tout de même, le soin de mener la bataille des législatives. C'est lui, ensuite, qui va devoir orchestrer "l'été fou du Président" où le Parlement va siéger quasiment sans interruption. Mais avant ça même, dès juin, C'est le Premier ministre qui va devoir assumer les premières mesures pas forcément très populaires, comme le gel conservatoire d'une partie des dépenses, annoncé par le candidat Hollande. A lui aussi, en juillet, de mettre en forme la loi de programmation pluriannuelle des finances publiques, fixant la trajectoire de retour à l'équilibre budgétaire prévu pour 2017. La tâche s'annonce ardue et l'expérience de parlementaire de Jean-marc Ayrault ne sera pas de trop. L'homme est d'ailleurs bon orateur. Peu d'effets de manches, dans ses discours, mais tout le monde s'accorde pour dire qu'ils sont toujours bien construits. Pour preuve, il suffit de reprendre ses questions orales à l'endroit du Premier ministre lorsqu'il était patron du groupe PS. Si l'expérience du Parlement constitue le premier atout de Jean-marc Ayrault, il en a un autre, moins connue. Cet ancien enseignant en allemand, titulaire d'un Capes de la langue de Goethe, est un germanophile convaincu. Conseiller spécial de François Hollande durant la campagne, il a discrètement déminé le terrain outre-Rhin pour le futur président. Isolé sur la scène internationale,

Une préciseuse expérience de l'Allemagne

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François Hollande doit ainsi à Jean-Marc Ayrault, d'avoir pu resserrer les liens avec le SPD allemand. C'est grâce au maire de Nantes s'il a pu participer au congrès du parti social-démocrate allemand et rencontrer son président, Sigmar Gabriel, le 4 décembre 2011. Dans ces temps de crise européenne, où François Hollande se fait fort de persuader la chancelière allemande Angela Merkel de quelque peu assouplir sa position sur la nécessité d'inclure un volet croissance dans le pacte budgétaire européen, la connaissance par Jean-Marc Ayrault de la "psychologie germanique" sera précieuse. Un premier ministre "normal donc", pas glamour mais rassurant. Une sorte d'anti héro...

Jean-Christophe Chanut

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