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ÉconomieFrance

Estimer le « reste à vivre » pour enrayer la pauvreté

Sophie Péters

Publié le 07 septembre 2012 à 15:43 - Mis à jour le 07 septembre 2012 à 15:44

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Le Conseil National des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale recommande de mieux prendre en compte la notion de « reste à vivre » pour distinguer et aider les plus démunis.

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Tenir compte de la complexité des situations vécues

Il s'agit de mieux mesurer l'impact de l'évolution du coût de la vie sur les petits budgets des ménages précaires pour estimer ce que devrait être leur « revenu minimal décent » et donner ainsi une définition fiable des dépenses contraintes. Ceci afin d'obtenir un calcul harmonisé du « reste à vivre ». Ce concept de « reste à vivre » n'est pas encore très présent dans les indicateurs de précarité et désigne les revenus disponibles après le paiement des charges contraintes telles que le loyer, les factures d'eau et d'électricité, les assurances, etc.. Le groupe de travail du CNLE s'est appuyé sur 22 auditions d'experts et recueils de témoignages de personnes en situation de précarité pour fonder ses recommandations. « La pauvreté ne peut se mesurer à des normes et la démarche d'accompagnement social ne peut s'affranchir d'un dialogue avec la personne concernée pour comprendre la réalité de sa situation. Les auditions ont révélé qu'il était souvent délicat de manier l'indicateur du « reste à vivre » des ménages en difficulté pour les intervenants sociaux qui doivent décider de l'octroi d'une aide locale », note Didier Piard, directeur de l'action sociale à la Croix Rouge et président du groupe de travail.

D'où le choix du Conseil d'élargir l'analyse en ne se limitant pas aux dimensions strictement économiques, mais en prenant en compte la complexité des situations vécues par les personnes en précarité, notamment la perception des privations, les représentations sociales et les choix de vie. Pour aboutir à l'essentiel : que les dispositifs d'accompagnement ou d'aide ne privent pas la personne concernée de sa dignité et de sa liberté de choix. « Car trop souvent ces individus se trouvent doublement exclues, lorsqu'elles sont désignées comme un poids économique pour la société ou soupçonnées d'abuser du système » souligne le CNLE.

Inciter les entreprises à revoir leur offre pour les plus modestes

Dans l'immédiat le rapport suggère de réévaluer les minima sociaux (notamment augmenter de 25% le RSA) et de les indexer sur le taux de croissance. Mais aussi de veiller à ceux qui ne peuvent plus payer leur logement en renforçant la régulation des loyers par l'Etat et en menant une politique de prévention des expulsions et d'accompagnement des foyers fragiles pour le maintien dans leur logement. L'accès à la consommation doit également être mieux élaboré. Dans le secteur de l'énergie, de la téléphonie et des nouvelles technologies, il s'agit d'inciter les entreprises à faire évoluer et à diversifier leur offre de produits et de services à destination des clients économiquement fragiles ou modestes. Unilever a déjà annoncé qu'il allait revoir la taille de ses conditionnements pour l'Europe afin de s'adapter à l'augmentation de la pauverté. Leclerc et Auchan n'ont pas dit non mais prévoient plutôt cette offre en direction des pays du Sud. Quant à Carrefour, son PDG s'est dit « agacé » par de tels discours sur la pauvreté. Tout reste donc à faire du côté des entreprises.   

 Créer un "fonds de secours immédiat"

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Enfin dans le domaine de la prévention, l'urgence pour le CNLE est d'aider le plus tôt possible ceux qui risquent de « décrocher » en créant des dispositifs d'alerte et d'intervention sociale précoce. Car dans l'incapacité de faire face à leurs dépenses les ménages modestes ont recours à des achats à crédit qu'ils ne parviennent plus à rembourser. Le surendettement doit constituer l'un des chevaux de bataille compte tenu de l'augmentation du nombre de dossiers déposés auprès de la Banque de France (+23% entre 2008 et 2011 avec 232 000 dossiers en 2011) et des 6 millions de personnes en situation d'exclusion bancaire. Le CNLE préconise la création d'un « fonds de secours immédiat » dans chaque département pour pallier sans attendre aux accidents de la vie sous forme d'aide ou de prêt à taux zéro. Des « filets sociaux » qui seraient financés à la fois par l'Etat, les collectivités et pourquoi pas les associations.

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Sophie Péters

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