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ÉconomieFrance

Michel Sapin : "Retraite et emploi, tout est lié"

Propos recueillis par Fabien Piliu et Jean-Christophe Chanut

Publié le 31 mai 2013 à 12:52

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Dans l'entretien qu'il a accordé à la Tribune, le ministre du Travail considère que pour réduire les injustices face à la retraite, il faut commencer par réduire celles qui jalonnent les parcours professionnels. Optimiste, il assure que la hausse du chômage sera enrayée en fin d'année. Enfin, Michel Sapin s'oppose clairement à une réouverture du dossier des 35 heures.

La Tribune. Le programme de la seconde conférence sociale des 20 et 21 juin s'annonce chargé. Le thème des retraites sera-t-il au centre des débats ?
MIichel Sapin.
La première préoccupation des Français, c'est l'emploi. La question de la mobilisation générale contre le chômage sera donc au centre de cette conférence. Mais, bien entendu, celle des retraites sera aussi abordée. Les deux sont d'ailleurs liées : on ne peut pas aborder ce sujet si l'on ne rééquilibre pas le marché de l'emploi. Pour réduire les injustices dans le domaine des retraites, il faut commencer par supprimer celles qui jalonnent les parcours professionnels, du fait du travail précaire et des carrières en pointillé. Les femmes sont les premières victimes de ces parcours hachés. Ce sont aussi elles qui partent à la retraite dans les conditions les plus défavorables.

Comment comptez-vous vous y prendre ?
Retraite et emploi, tout est lié. Il y aura plusieurs tables rondes consacrées à ces sujets. Une sur les retraites et plusieurs sur l'emploi où seront abordées les questions de la lutte contre le chômage d'aujourd'hui, mais aussi pour l'emploi de demain, qui va nécessiter une réflexion sur les qualifications. Enfin, il y a la formation professionnelle. Le président de la République l'a dit, il faut qu'un plus grand nombre de demandeurs d'emploi accède plus rapidement à une formation. Il revient aux partenaires sociaux de trouver un accord sur ce point. Sur la base d'un document d'orientation élaboré après la conférence, à l'instar de ce qui s'était passé pour la sécurisation de l'emploi, ils auront trois mois pour négocier.

Vous voulez que les entreprises participent davantage à la formation des chômeurs... Cela signifie-t-il la fin de la loi Delors, qui obligeait les entreprises à financer la formation des salariés ?
La loi Delors a permis d'aider les salariés à progresser dans leur carrière. Mais, aujourd'hui, ce sont les plus précaires, les moins qualifiés, les chômeurs, qui doivent bénéficier de davantage de formation. Aux partenaires sociaux de définir comment, en suivant la piste de l'instauration du compte personnel de formation, prévu par l'ANI [accord national interprofessionnel, ndlr] du 11 janvier. Ce compte, attaché à la personne et non au poste de travail, une fois alimenté, devrait permettre à des salariés perdant leur emploi de suivre une formation.

L'Unedic table sur une hausse du nombre de demandeurs d'emploi jusqu'en 2015, mais, pourtant, vous croyez toujours que la courbe du chômage s'infléchira à la fin de l'année. D'où vient cet optimisme ?
Actuellement, penser que « tout va mal » est devenu un sport national. Optimiste par nature, je pense sincèrement que la conjoncture se redressera au deuxième semestre, permettant d'enrayer enfin l'augmentation du nombre de chômeurs. La montée en puissance des contrats aidés, des emplois d'avenir et des contrats de génération ainsi que le début de mise en ?uvre de mesures de la loi de sécurisation de l'emploi doivent également participer à l'inversion de la tendance. Nous devons parvenir à stabiliser le chômage à la fin de l'année. Mais il faut que cela soit durable. C'est pour cela que je souhaite pour l'année prochaine une mobilisation pour l'emploi au moins au niveau de celle de 2013. Je redemanderai de nouveau le financement d'environ 450.000 contrats aidés dans le budget 2014.

Cependant, les dispositifs lancés par le gouvernement semblent avoir du mal à monter en puissance...
Nous tiendrons nos objectifs. Nous avions prévu de créer un tiers des emplois d'avenir au premier semestre. Nous y serons quasiment. Nous en avons déjà créé 22.000. Au deuxième semestre, et tout particulièrement à la rentrée, le dispositif montera en puissance dans les secteurs scolaire, périscolaire et associatif, où les besoins sont énormes. Les préfets ont reçu la consigne d'ouvrir davantage ces emplois d'avenir au secteur marchand. Mais nous serons vigilants, car il ne faut pas qu'il y ait un effet d'aubaine et que le recrutement permis par ce dispositif se substitue à une embauche déjà programmée par l'entreprise.

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Le contrat de génération, qui cible à la fois les jeunes et les seniors, est-il bien accueilli ?
Le contrat de génération est plutôt un accélérateur d'embauche lorsque soufflera la première brise de reprise. Ce sont les entreprises qui ont la main. Pour renforcer l'information des chefs d'entreprise de moins de 50 salariés, une nouvelle campagne d'information directe des entreprises est d'ores et déjà programmée.

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Les candidats à la présidence du Medef réclament tous d'aller déjà plus loin dans la réforme du marché du travail. Avec un ANI 2, en fait ? Ils veulent notamment que chaque entreprise puisse fixer par accord sa propre durée du travail...
D'abord, cela veut dire qu'ils valident tous la méthode du dialogue social. Tant mieux. Ensuite, laissons le temps aux entreprises et aux partenaires sociaux dans les entreprises de digérer le premier ANI. Certaines dispositions sont applicables dès le 1er juillet, d'autres en 2015 et d'autres encore en 2016. Sur le temps de travail, je vais être très clair : le gouvernement ne considère pas qu'il faille rouvrir cette question. D'ailleurs, pratiquement aucune entreprise ne l'a fait dans les années Sarkozy où la loi avait ouvert des possibilités de remise en cause : il y a certainement une bonne raison !

Propos recueillis par Fabien Piliu et Jean-Christophe Chanut

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