Thierry Lepaon (CGT) : "Il faut revoir les politiques d'aides aux entreprises"

 |   |  1239  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Le successeur de Bernard Thibault à la tête de la CGT est déçu de la conférence sociale des 20 et 21 juin. Selon lui, les vraies questions - l'avenir de l'emploi industriel, le pouvoir d'achat, le financement de la protection sociale, l'efficacité des aides aux entreprises - n'ont pas été abordées. Il estime que toutes les entreprises n'ont pas besoin d'être aidées de la même manière. Un appel à une modulation des charges sociales.

La Tribune: Quel bilan tirez-vous de la seconde conférence sociale?

Thierry Lepaon : La CGT a beaucoup travaillé pour préparer ce rendez-vous. Nos militants ont été fortement mobilisés. Résultat, sur chaque thématique abordée lors de la conférence, nous avons pu délivrer une analyse critique, avancer des propositions alternatives et suggérer des financements. Nous avons voulu éclairer le président de la République et les ministres sur la perception qu?ont les salariés de la politique gouvernementale et des ambitions patronales. C?est cela la valeur ajoutée de la CGT, acteur de la vie sociale. Mais de grandes questions ont été absentes de cette conférence, celles de l?emploi et des salaires. Sur l?emploi, il a fallu détourner une partie de la table ronde sur la formation professionnelle pour pouvoir en discuter. Tout simplement parce que le gouvernement a refusé d?aborder réellement cette question. En réalité, on n?a parlé que des contrats aidés. Rien sur la croissance, rien sur l?articulation entre les emplois industriels et les emplois de services. C?est dommage, nous sommes passés à côté de l?élaboration d?un diagnostic qui aurait pu être utile. J?ai l?impression que François Hollande ne veut pas aborder cette question de l?emploi, préférant attendre 2014, voire 2015, que les choses, croit-il, rentrent dans l?ordre. Or, ni l?Insee ni l?Unedic ne disent que ça va aller mieux.

Et sur les salaires ?

Au moment même où se tient la conférence sociale, Marylise Lebranchu, ministre de la Fonction Publique, annonce le gel de la valeur du point d?indice pour 2014. Et, parallèlement, le smic est devenu un non-sujet. C?est un très mauvais signal envoyé par l?État. Les entreprises vont se caler sur ce que fait l?État au moment où vont s?ouvrir les négociations salariales annuelles. C?est dramatique, cela signifie qu?il n?y aura pas de débat sur la répartition des richesses créées. Or, je le répète, les deux principales préoccupations des Français, à savoir l?emploi et le pouvoir d?achat, n?ont pas été abordées, comme si le gouvernement avait répondu aux injonctions du patronat qui ne veut pas discuter de ces sujets.

En matière de financement de la protection sociale, quelles sont les préconisations de la CGT?

Le débat sur l?accord national interprofessionnel [ANI] du 11 janvier 2013 a montré qu?il y avait deux visions. Ceux qui pensent que le travail est un coût qu?il convient de baisser et ceux, comme la CGT, qui pensent que le travail est une richesse et qui s?interrogent sur la façon de mieux répartir cette richesse. Ce sujet aurait mérité un grand débat national. J?avais écrit à François Hollande pour lui proposer de poser les termes de ce débat. Il m?a répondu que ce n?était pas à l?ordre du jour. Maintenant, pour répondre à votre question sur le financement de la protection sociale, nous contestons la façon dont le sujet est abordé. Tout est segmenté: la santé, les retraites, l?assurance chômage. À chaque fois, on est davantage dans l?adaptation, trouver de l?argent pour boucher les trous, plutôt que dans l?anticipation. La vraie question globale, c?est de savoir si le travail peut encore financer le hors-travail ou si cela doit plutôt revenir à l?impôt. Nous, à la CGT, nous pensons que le travail peut et doit financer le hors-travail.

Comment? En augmentant les cotisations?

Pourquoi pas une augmentation des cotisations? Mais aussi en ayant recours à la modulation des cotisations et en revoyant les politiques d?aides aux entreprises. Sur la modulation, il faudrait que certains taux de cotisation varient en fonction du secteur de l?entreprise, des profits réalisés, du nombre et de la nature des emplois, de la politique salariale, etc. Quant aux aides aux entreprises, il y a eu un glissement ces vingt dernières années: on est passé d?une politique d?aide à une politique de droit. Toutes les entreprises n?ont pas besoin d?être aidées car, en matière de compétitivité, elles ne sont pas toutes exposées au même risque. C?est le patronat qui a voulu ce glissement. En outre, ce droit général aux aides, c?est la négation de ce que devrait être une vraie politique publique, c?est-à-dire faire des choix. Regardez le crédit d?impôt compétitivité emploi, il aurait fallu qu?il soit sectoriel et adapté. Tel qu?il est construit, ce sont les plus grosses entreprises, voire les plus protégées, qui vont en bénéficier le plus.

Ceci permettrait de dégager des moyens pour financer la protection sociale?

Exactement, la modulation des cotisations et un meilleur ciblage des aides publiques aux entreprises permettraient de récupérer des milliards d?euros. Il faut donc un outil pour évaluer ces aides publiques, pour mesurer leurs résultats. Un demandeur d?emploi qui bénéficie de l?assurance chômage doit rendre des comptes, il doit montrer qu?il est actif dans sa recherche d?emploi. Pourquoi la même logique n?est-elle pas appliquée aux entreprises qui perçoivent des aides? Elles doivent avoir à se justifier.

François Hollande et Angela Merkel ont précisé vouloir ouvrir le dossier de l?Europe sociale, avec notamment le principe d?un smic européen, n?est-ce pas aller dans la bonne direction?

Incontestablement. Nous avons une Europe économique et monétaire, mais pas d?Europe sociale. Ce n?est plus possible, c?est cela qui éloigne les gens de l?idée européenne. Il faut lutter contre le dumping social qui existe au sein même de l?Europe, car 80% de ce qui est produit en Europe est vendu en Europe. Les 85 syndicats adhérents à la Confédération européenne des syndicats ont voté un texte contre les mesures d?austérité. Même les syndicats des pays du Nord, car ils ont compris qu?asphyxier les pays du Sud avec des mesures d?austérité nuisait à toute l?économie européenne.

François Hollande a salué les réformes Schröder sur le coût et la flexibilité du travail. Qu?en pensez-vous?

À mon avis, il a eu tort. Il avait même critiqué Schröder pendant la campagne électorale en évoquant la pauvreté grandissante en Allemagne. J?ai donc été surpris qu?il prenne ces réformes en modèle.

Vous appelez à la mobilisation à la rentrée, notamment sur l?avenir des retraites. Or, le climat social est tendu. Ne craignez-vous pas de mettre le feu aux poudres?

Dès qu?il y a un mouvement social, on n?est pas à l?abri de débordements. Pour autant, on ne peut pas taire les revendications des salariés sous prétexte qu?il y aurait des risques. Oui, il y a en France du désespoir et de l?exaspération. Mais si nous, les syndicats, nous ne faisons rien, alors soit la violence s?installe, soit la résignation domine, avec à la clé la montée du Front national, comme le montrent les élections partielles.
 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 29/06/2013 à 23:20 :
On compte sur Lepaon et la cgt et Fo pour défendre les droits des travailleurs, car l'instant est grave , des tentatives sont faites pour destabiliser le monde ouvrier et les futurs retraités et surtout les diviser. C'est une époque charnière, où les politiques ne se souviennent plus qui les ont élu. Les nouveaux retraités sont spoliés de leurs acquis.
a écrit le 29/06/2013 à 20:11 :
La question n'est pas de savoir si les gens sont de droite ou de gauche .... la CGT défend telle l?intérêt de tous (j'en doute fortement) ... j'attends de vous lire !
a écrit le 29/06/2013 à 20:06 :
La gestion des ports français ... révèle ce qu'est la CGT !... J'ai travaillé à l?étranger , mis à par les expéditions vers l?Afrique de l'ouest, il y a 30 ans de ça ( il n'avait rien d'autre) ... je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui !Mais je ne me fais guère d'illusion !
a écrit le 29/06/2013 à 12:58 :
Je pense qu'il y a pas mal de pédagogie à faire (et pas besoin d'être de droite pour se laisser convaincre) : d'abord tout ce que paye une entreprise (IS, CET, charges...) est entièrement chargé dans les prix eux mêmes payés par les consommateurs comme vous et moi...et en faisant cela les entreprises ne se préoccupent pas de savoir comme on le fait pour la TVA si ce produit est de première nécessité ou non. Je n'ai jamais vu des capitalistes renoncer aux dividendes quand les charges ou impôts à payer sont trop élevés : les variables d'ajustement sont les emplois ou les prix selon que l'entreprise et mal ou bien positionnée sur son marché. Après si pour payer un salarié S il faut vu de l'entreprise dépenser 2S, alors évidemment les choix se feront au profit de la machine et de la sous-traitance étrangère et au détriment de l'emploi en France...le résultat est que les personnes modestes payent bien 2S dans les prix des produits français ou bien ne touchent plus que des allocations quand ils ont été licenciés parce que les "2S" justement dépositionnent l'entreprise sur son marché. En résumé, je ne vois pas bien ce que la gauche gagne à défendre les charges et les impôts payés par les personnes morales...elle ferait mieux de les transférer vers les personnes physiques en discutant là par contre d'une justice fiscale entre personnes physiques.
a écrit le 29/06/2013 à 11:25 :
Il y a beaucoup de vrai dans ses propos. Même s'ils ne sont pas des managers ou des capitaines d'industrie, donc même s'il leur manque la vision industrielle ainsi les responsabilités financière et sociale, les syndicalistes s'intéressent au fonctionnement de leur entreprise, ont accès leurs comptes, et bien évidemment sont au premières loges pour ressentir les difficultés (dans leur propre travail ou bien quand un salarié vient quémander un conseil ou une aide). Que nous dit Lepaon? Que Hollande ne connait rien au monde de l'entreprise. C'est une évidence. Qu'il y a une collusion entre un certain patronat et le pouvoir politique. Là encore, ce n'est pas une surprise (ena...). Que l'on va dans le mur faute d'avoir une vue à long terme? Qui peut lui donner tort?
a écrit le 29/06/2013 à 10:11 :
Et puisque notre ami syndicaliste le met en avant, il serait également temps de mettre à plat les subventions dont bénéficient les organismes comme le sien. Ah on n'a pas eu le droit de publier le rapport parlementaire sur le sujet? Etonnant, non, question deux poids deux mesures...
Réponse de le 29/06/2013 à 11:20 :
Le Medef, la Cgpme, l'Upa se sont opposés à la publication de ce rapport parlementaire car il est révélateur de scandales pour ces syndicats patronaux et leur financement. Croire que ces syndicats patronaux vivent des cotisations des adhérents est à "pisser de rire"! Syndicats patronaux et salariés s'entendent parfaitement pour étouffer ce rapport parlementaire.
Réponse de le 29/06/2013 à 18:21 :
Ne vous méprenez pas sur le sens de mes propos: ce sont des syndicats au même titre que la CGT, issus d'un système de représentativité imposé par l'état, sous contrôle du conseil d'état. Je ne vois aucune différence entre eux.
a écrit le 29/06/2013 à 9:16 :
Les aides sont une hérésie de la plus grande absurdité ... il faut toutes les supprimer et les remplacer par des entrées au Capital des entreprises avec droit de vote systématique ... De toute façon les aides sont des fonds remis en pure perte, donc le risque est moindre en montant au capital des entreprises, au moins celles qui prospèrent sont de vrais investissements sur le long terme .. pour les générations futures.... et elles produisent des distributions de dividendes ... les aides c'est 100% cadeau aux dirigeants voyous comme els Peugeot et Ghosn Tavarez Pelatta etc etc
a écrit le 29/06/2013 à 0:09 :
L'age d'or de la CGT et du PCF est bien loin... Bienvenue dans le 21 eme siècle. Ses exigences sur les retraites sont très loin de ce que veux la majorité qui se lève tôt. Pourquoi vouloir faire de lui un leader d'opinion sur ce point quand il ne défend les intérêts que d"une minorité, toujours la même.













a écrit le 28/06/2013 à 20:57 :
Il faut revoir le financement public des syndicats et la gestion des fonds de la formation professionnelle qu'ils ont à disposition.
a écrit le 28/06/2013 à 20:46 :
combien coûte a la France ce syndicat .......en millier d emploies et d euros
a écrit le 28/06/2013 à 19:42 :
Si ce Monsieur connaissait qcq chose à la vraie vie, il saurait qu avec le gouvernement en place le seul moyen de rassurer les recruteurs ce sont des aides. Sinon les chefs d entreprises, dont je fais partie feront l impasse.
Réponse de le 29/06/2013 à 11:16 :
@JPG Comme beaucoup de chefs d'entreprises français, vous n'êtes qu'un minable assisté permanent! Retournez au salariat, c'est là votre vraie place.
Réponse de le 30/06/2013 à 9:18 :
toujours des aides , on embauche plus dans ce pays sans cet assistanat permanent , moi veux embaucher = aides d'état , après on s'étonne de payer des cotisations sociales de plus en plus lourdes et de payer de plus en plus de taxes diverses et variées , mais toutes ces aides elles se paient cash pour le contribuable , 40 ans que cela dure et qu'a chaque CDD aidé c'est encore du bonus , c'est scandaleux quand on voit une personne au RSA a qui on exige son moindre patrimoine tous les 3 mois et qu'avec ces aides aux entreprises pas un contrôle , pas un arrêt aux abus , logique qu'on veuille supprimer ces fonctionnaires là surtout , comme cela le bon peuple stupide ne voit rien et les vrais assistés demeurent avec leurs séides politiques .. Y'en a marre vraiment marre
a écrit le 28/06/2013 à 19:09 :
qu'il se rassure, au fur et a mesure qu'il y a moins d'entreprises, le montants des aides baisse... mais c'est pas grave, car lui et ses copains vont creer plein de boites ( pas rentables, sinon c'est du vol et de l'exploitation ultra laborieuse) pour embaucher tous les gens qui arrivent sur le marche du travail... ces gars la, c'est l'avenir de la france, il faut donc que les francais restent confiants ( les autres viendront creer leurs boites ailleurs, au ru, par exemple... ;-))) )
a écrit le 28/06/2013 à 17:11 :
j'attends qu'un type aussi intelligent se mette à son compte !... Montrer l'exemple à tous !
a écrit le 28/06/2013 à 16:55 :
Il faudra surtout revoir la légitimité d'un syndicalisme représentant à peine 8% des actifs, son financement (4 milliards de subventions) et son engagement politique ! A lire : http://www.lefigaro.fr/societes/2011/12/03/04015-20111203ARTFIG00002-l-argent-cache-des-syndicats.php
Réponse de le 29/06/2013 à 11:11 :
Merci de nous faire partager un lien vers un journal reconnu pour son objectivité et son indépendance politique !
a écrit le 28/06/2013 à 16:39 :
Thierry Lepaon de la CGT défenseur des salariés... surtout de la fonction publique d?ailleurs comme FO, Sud,.. est déçu de la conférence sociale. Selon lui, les vraies questions : comment faire grève plus souvent dans la fonction publique, sncf, ratp..., comment casser du CRS, comment détruire définitivement une entreprise en difficulté, comment traité systématiquement tout patron de voyou, comment séquestré un directeur, comment prendre en otage usagers et clients, comment demandé le maximum de prime de licenciement plus important que la sauvegarde ou le reclassement, comment après avoir en amont détruit comment réfléchir après en aval avoir tout perdu...
Réponse de le 28/06/2013 à 16:57 :
triste réalité du syndicalisme français plus prompte à la bagarre et au conflit que sur le bon compromis dans l'intérêt des deux parties sauf peut-être avec la CFDT du temps de Chérèque qui a donné une impulsion pour apprendre à se servir des neurones.
a écrit le 28/06/2013 à 16:37 :
Bla bla bla... Encore un qui n'a rien compris. A part porter des T-Shirt "Patrons Voyous"... Il n'a qu'à en faire tourner une entreprise, lui... On rigolerait bien! le travail doit financer le "hors travail"... Que ne faut-il pas entendre! Dormez, bonnes gens, le coût du travail n'est pas le problème, c'est la solution! Quand tous vos emplois seront partis, l'Etat vous subventionnera à mort en empruntant! Cqfd!
a écrit le 28/06/2013 à 16:35 :
quand on se rappelle que le rapport parlementaire sur les syndicats a été detruit parce qu'explosif on à tout compris et pourtant la cours des comptes n'en parle pas, elle ne parle pas non plus que pour 320 000 retraités nous avons encore la sécu des mines avec guichet , 17 pharmacies en gros 6000 agents ne venez pas me dire que l'on ne pas faire d'économies la neutralité de la cours ou des journalistes n'est pas probante
a écrit le 28/06/2013 à 16:00 :
Il faut tout d'abord revoir le rôle du syndicalisme qui est avaat tout et tout particulièrement la CGT un syndicat non pas défenseur du salarié mais premier pourvoyeur de chômage avec son archaisme du XIX siècle Good yrd et Peugeot étant les deux exemples clés. Autre point il faudrait que les syndicats "jouent" la carte de l'honnêteté et donne par exemple les sommes détourner de la formation pour alimenter les centrales. Les partenaires sociaux Medef et syndicats salariés sont le miroir de nos politiciens donneurs de leçons mais grand détourneurs de l'argent public pour le bonheur de quelques uns au détriment des acteurs économiques les entrepreneurs et les salariés. La CGT est le top, faire des salariés un système de propagande au détriment de ceux qu'elle dit défendre. J'oubliais les grands phares de la CGT les ports et les magouilles type SNCM

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :