Bruno Lanvin : " À quand un grand ministère de l'Innovation ? "

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Copyright Reuters (Crédits : Insead)
Dans un entretien accordé à La Tribune, Bruno Lanvin, le directeur exécutif de l'Initiative de compétitivité européenne de l'INSEAD, détaille les résultats de l'étude comparative internationale sur l'innovation et la recherche, réalisée en partenariat avec l'Université de Cornell et la Wipo, l'organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Il formule également plusieurs recommandations pour stimuler l'innovation tricolore.

Quels sont les enseignements principaux de cette enquête ?

Les résultats sont très stables. Les dix premiers du classement semblent indéboulonnables ! Cela fait sept ans que nous publions ce "Global innovation index" (GII), et la quasi-immuabilité du "top 10" a été une caractéristique de ces trois dernières années.

Et les pays les plus performants dans le domaine de la recherche et l'innovation sont ?

Les pays industrialisés et en particulier européens se taillent la part du lion. Hong-Kong, les Etats-Unis et Singapour sont les seuls "non européens" qui parviennent à s'insérer dans les dix premiers du classement. Les autres sont européens.

C'est plutôt rassurant pour les pays industrialisés, alors que leurs parts de marché s'écroulent dans le commerce mondial !

C'est en effet un signal rassurant. Bien que leurs dépenses dans le domaine de l'innovation et la R&D aient grimpé en flèche, les pays émergents, et en particulier les BRICS, ne parviennent pas encore à pleinement concurrencer les pays industrialisés. Aucun d'entre eux ne parvient pas à intégrer les trente premières places du classement.

Pour quelles raisons les émergents ne parviennent pas à transformer l'essai ?

Après des progrès spectaculaires, ces pays semblent se heurter maintenant à un obstacle plus complexe, qui est celui de la création d'un véritable écosystème de l'innovation : certains facteurs de production, qu'ils soient humains, financiers ou techniques, ne sont pas encore à la hauteur des efforts consentis en matière d'innovation et de R&D.

La Suisse, qui décroche la première place,  la Finlande, Singapour, les Pays-Bas, la Suède... Ce sont essentiellement des petits pays qui sont dans le haut de ce classement. Existe-t-il un lien entre la taille des pays et leur capacité à être performant ?

C'est certain. Parce qu'ils sont plus agiles et à condition qu'ils parviennent à se transformer en "hubs", des noyaux d'activités mondiaux ou régionaux, voire en carrefours de l'innovation dans une ou plusieurs disciplines scientifiques, les petits pays de moins de dix millions d'habitants peuvent devenir des innovateurs de classe mondiale plus rapidement que certains grands pays, pour lesquels le développement d'infrastructures nationales ou l'éducation de générations plus nombreuses par exemple doivent faire face à des inerties plus importantes.

A quelle place la France figure-t-elle ?

La France a gagné quatre places en 2013 pour se hisser au vingtième rang du GII.

Vous jugez que c'est un bon résultat ?

C'est encourageant, d'autant plus que le changement de méthodologie auquel nous avons procédé cette année est plus exigeant. Plutôt que de valoriser la quantité d'innovations produites, elle met en avant la qualité. Concrètement, les efforts publics et privés de la France pour favoriser l'innovation et la R&D sont assez équilibrés. La main-d'?uvre est de qualité et les infrastructures modernes. Le déploiement rapide du haut débit participe à cette dynamique innovante.

En revanche, c'est la dégradation du climat des affaires dans le secteur innovant et la recherche qui fait perdre des places à la France dans ce classement. Vis-à-vis des investisseurs étrangers, l'attractivité du pays s'érode. Alors que la Suisse, sur la plus haute marche du podium depuis trois ans, a su devenir un aimant pour les chercheurs et les ingénieurs du monde entier, la France de l'innovation est encore insuffisamment internationalisée.

Attirer plus d'étudiants et de chercheurs étrangers, développer des filières multidisciplinaires comme l'ont fait les Finlandais, exposer les étudiants et les chercheurs français à la collaboration et à la concurrence internationales devraient faire l'objet d'efforts accrus. L'expérience montre que, quand ils en ont l'opportunité, les chercheurs et les entrepreneurs français peuvent réussir brillamment dans les enceintes les plus prestigieuses.

On nous décrit pourtant le crédit impôt recherche (CIR) comme un aimant à investissement direct étranger dans le domaine scientifique? 

Le CIR a été un temps efficace pour attirer les centres de recherche en France. Mais il a été souvent copié par nos voisins et concurrents. Par ailleurs, ce dispositif a ses limites. Par exemple, il ne favorise pas l'éclosion de start-up innovantes

Formulez-vous d'autres recommandations ?

En matière d'innovation, le succès repose largement sur la capacité qu'ont divers acteurs (chercheurs, entreprises, financiers) de prendre des risques. Or, cette capacité est limitée en France par un insuffisant "respect pour l'échec" : admettre que l'on peut tirer les leçons de tentatives malheureuses, et revenir plus fort, plus aguerri et plus imaginatif après un échec est un comportement qui devrait être appris et partagé dès le plus jeune âge.

Encourager les échanges entre disciplines différentes (ingénieurs, gestionnaires, artistes) passera en France par le dynamitage de la sacro-sainte partition entre "scientifiques" et "littéraires". L'apprentissage de la collaboration inter-culturelle, physique ou virtuelle, est aussi une priorité pour le développement de l'innovation en France. Enfin, à quand un grand ministère de l'Innovation, qui concernerait autant l'innovation technologique, notamment dans l'économie numérique, mais aussi l'innovation sociale, et la créativité ? Ce serait un signal fort en direction des individus et des organisations susceptibles de contribuer à une France innovante, mais aussi un exemple qui attirerait à n'en pas douter l'attention de beaucoup d'autres pays.

 

 

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Commentaires
a écrit le 12/09/2013 à 17:54 :
comment innover en cassant l'enseignement technique francais ?
a écrit le 12/09/2013 à 16:28 :
Beau discours, plus convainquant si M. LANVIN avait une expérience de l'entreprise et de l'innovation ! C'est pas son parcours aux Nations Unies, à la Banque Mondiale et son poste actuel à l'INSEAD qui rassurent.
Il faudrait plutôt un grand ministère du "foutons la paix à ceux qui travaillent"
a écrit le 01/08/2013 à 12:38 :
Mozart n'a jamais eu besoin de ministere ni de fonctionnaires pour innover....Bethoven non plus, et je passe sous silence Einstein ou Darwin.....

Le jacobinisme est une tare française
a écrit le 27/07/2013 à 13:41 :
L'innovation par l'administration, pour l' administration, payée par les entrepreneurs. L'exception française en matière d'innovation. On ne va quand même pas s'inspirer de la Silicon Valley, non ?
a écrit le 27/07/2013 à 11:46 :
Et voilà LA SOLUTION FRANCAISE: Créer un nouveau ministère avec à sa tête un Enarque qui a moins d'expérience de l'innovation et de l'entreprise que ma poissonnière!
a écrit le 27/07/2013 à 10:32 :
L'état veut se substituer aux inventeurs aux créateurs, aux entrepreneurs, ALORS QU'IL NE SAIT RIEN FAIRE. incapable d'assurer la sécurité des personnes et des biens, se couchant devant les voyous, les criminels les dealers, les trafiquants, les fauteurs de troubles dans les quartiers. Il préfére nous faire.... ch toute la journée avec les radars, la surveillances en tout genre, planqué dans les bosquets le long des routes. L'ON NE PEUT MEME PLUS LUI CONFIER SES MISSIONS RÉGALIENNES.
a écrit le 27/07/2013 à 10:19 :
Nous avons en France des gens de grande valeur capables d''inventer, de créer dans tous les domaines. En face, nous avons l'état qui, au lieu de faciliter leur avancée, met TOUT EN OEUVRE, par des réglementations imbéciles, pour les paralyser. Des centaines d'exemples tous les jours. Les autres Pays ne nous attendront pas. BIENVENUE EN FRANCE... IMPÖTS, TAXES, PRÉLÈVEMENTS, RÉGLEMENTATION PARALYSANTE, VENEZ VOUS INSTALLER... L'ÉTAT VOUS FERA CREVER EN VOUS ÉTRANGLANT...
a écrit le 27/07/2013 à 7:34 :
La véritable innovation consiste à prendre en compte le role de l'énergie dans le développement de l'économie:l'énergie remplace le travail;il faut relier travail et énergie dans une même relation.On a: le travail,l'énergie,le capital.Il faut compléter l'oeuvre de Marx.
a écrit le 26/07/2013 à 18:43 :
Quelqu'un peut-il m'expliquer en quoi un ministère de l'innovation (qui viendrait s'ajouter aux centaines d'agences déjà existantes au niveau départemental, régional et national) va-t-elle favoriser l'innovation et la création ? Pour moi, ce n'est pas un signal fort en faveur des entrepreneurs et des créateurs, c'est au contraire un repoussoir, avec la perspective de payer un peu plus d'impôts pour entretenir toute cette armée. Que ces gens arrêtent de se prendre pour Bill Gates et de se croire au centre de tout, qu'ils se contentent juste de fournir un cadre favorable à entrepreneuriat. Point barre !
Réponse de le 27/07/2013 à 10:11 :
Encore une usine à gaz de plus inutile venant s'ajouter aux centaines d'agences technocratiques au lieu "d'ouvrir la route" à tous les créateurs, inventeurs, leur faciliter la tâche et foutre la paix aux entreprises qui font vivre l'état. Bon Dieu, qu'est-ce que l'on peut être bête.
a écrit le 26/07/2013 à 17:22 :
La simple idée de vouloir créer un ministère est vraiment surpprenante quand 7 ministres cohabitent déjà à BERCY qui innovent tous les jours en créant de nouvelles contraintes et obligations !!! nous avons tous les jours sur ce site de grands sachants qui exposent leurs grandes idées ou théories mais qui se gardent bien d'essayer de les mettre en oeuvres !!!,
a écrit le 26/07/2013 à 17:17 :
demande a AUDIARD ils va te dire que la CONNERIE c'est a la naissance et pour toute la vie.....!!!!!
a écrit le 26/07/2013 à 16:40 :
Elle est bien bonne.
a écrit le 26/07/2013 à 15:52 :
Il ne faudrait pas oublier que les innovations sont avant tout faites par les innovateurs... Donc commencer par mieux les motiver et mieux les payer !!! 2 des 3 dernières médailles Fields sont partis à l'étranger (Werner vient de partir en Suisse, et Ngo Bao Cho aux USA), beaucoup d'autres chercheurs partent, car les salaires sont bloqués en France et les moyens des universités et labos de recherche diminuent; les ingénieurs qui déposent des brevets ne sont pas récompensés, les doctorats ne sont pas reconnus... Comment espérer de bonnes innovations dans ces conditions ?
a écrit le 26/07/2013 à 15:44 :
Evidence intéressante, des petits pays de moins de 10 millions d'habitants bien plus créatifs!
Quid des régions? et si a la place de ministères statiques, sclérosés soumis aux diktats du pouvoir central on avait un genre de ministère régional de l'innovation? Je crois aux capacités de prises de risques des entrepreneurs de régions à très forte identité car dans ce cas le fric n'est pas le seul moteur, il faut avoir bien plus que l'appat du gain pour réussir.
a écrit le 26/07/2013 à 14:06 :
la france n'a pas assez de ministeres comme ca? vous avez deja des ministres qui vont declarer par loi quels autoentrepreneurs vont devenir sur decret les google de demain ( qui embaucheront plein de gens dans des projets pas rentables pour ne pas froisser les syndicalistes), c'est pas un bon debut?
a écrit le 26/07/2013 à 12:49 :
voila une place pour rocard
a écrit le 26/07/2013 à 12:06 :
Et un ministère de la bêtise profonde ?

L'innovation, lamour d'entreprendre, de créer de construire c'est un état d'esprit....

ça ne se sanctuarise pas ça ne se décrète pas...

Rappelons à ce gros rigolo qu'on a déjà la planification quinquennale.

Soyons sérieux 2 secondes... Il y a déjà la recherche et l'industrie et les PME.... et 35 ministres dont 25 inutiles...

Alors pitié arrêtons le massacre.
a écrit le 26/07/2013 à 12:04 :
Celà fait cinquante ans qu'il y a un ministère du travail en France, et le chômage continue d'augmenter. Celà fait cinquante ans qu'il y a un ministère des anciens combattants, alors qu'il n'y aura bientôt plus d'anciens combattants. Quant au ministère de l'agriculture, il compte à lui seul plus de fonctionaires que d'agriculteurs en France. Ceux qui veulent de nouveaux ministères sont irresponsables, ou cherchent à se placer !
a écrit le 26/07/2013 à 11:59 :
LUI, il cherche un boulot bien planqué et rémunéré a vie!
a écrit le 26/07/2013 à 11:05 :
a la base, un ministere nouveau est une mauvaise idée, quand a ceux qui auront la sinecure,
j'en parle meme pas...
a écrit le 26/07/2013 à 10:48 :
Les structures parapubliques, Oseo ex anvar en tête et ses officines troubles, qui prétendent s'occuper e l?innovation en France sont tout bonnement vérolées... ces organismes agences centres et autres machins trucs bidules sont à boucler purement et simplement. L'on ne refera pas du neuf avec du vieux. Il faut rebâtir l'innovation avec des structures totalement nouvelles en excluant de reprendre ces fonctionnaires bâtards qui ont bousillé l'innovation depuis plus de 15 ans.
a écrit le 26/07/2013 à 10:45 :
Comme si l'innovation se décrétait.
a écrit le 26/07/2013 à 10:21 :
Enfi du contenu, des propositions qui depassent les petis interest, les visions binaires. je vote pour ce type sans retenue

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