Procès de l'UIMM : les syndicats refusent d'endosser le rôle du bouc émissaire

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Pour les syndicats, l'UIMM organise un tir de barrage en désignant les syndicats comme destinataires de fonds secrets
Pour les syndicats, l'UIMM organise un tir de barrage en désignant les syndicats comme destinataires de fonds secrets (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Au procès des anciens dirigeants de l'UIMM, accusés de détournements de fonds, les syndicats sont désignés par plusieurs protagonistes comme principaux destinataires des fonds secrets. Les organisations syndicales réagissent. Elles démentent et évoquent une opération visant à les dénigrer

"Les cinq syndicats représentatifs" étaient les destinataires des fonds issus de la "caisse noire " de l'UIMM, la fédération patronale de la métallurgie. C'est Arnaud Leenhardt, ancien président de l'UIMM de 1995 à 1999, qui a fait cette déclaration devant le tribunal correctionnel de Paris, mercredi 9 octobre.

"L'affaire UIMM" qui a éclaté en 2007 après une enquête menée par Tracfin, la cellule anti blanchiment de Bercy, vaut en effet aujourd'hui à ses anciens dirigeants de se retrouver devant la justice. Les juges cherchent à savoir où sont passés environ 16,5 millions d'euros, puisés dans la fameuse "caisse noire" de l'UIMM - de son vrai nom "Entraide professionnelle des industries de la métallurgie" (Epim) -, fondée en 1972 pour aider les entreprises du secteur confrontées à des conflits durs et alimentée par des cotisations facultatives des entreprises.

Les dirigeants de l'UIMM désignent les syndicats comme destinataires de fonds secrets

Fin 2006, les fonds déposés sur l'Epim atteignaient… 600 millions d'euros. Et on sait qu'une partie de cet argent (au moins 16,5 millions d'euros donc) a également servi à " fluidifier les relations sociales", selon l'expression de Denis Gautier-Sauvagnac - surnommé "DGS "- , alors président de l'UIMM, ainsi qu'à assurer "des complément de rémunération" en liquide à certains cadres de l'organisation patronale.

Mais où est cet argent ? Et qui en a profité. DGS refuse encore et toujours de le dire? "Je ne veux pas impliquer des organismes ou des personnes physiques avec qui j'ai tissé des liens de confiance pendant toutes ces années. Ce serait les trahir", a t-il lancé au tribunal. Et quand ses juges insistent et lui demandent si révéler les noms des bénéficiaires des enveloppes choquerait l'opinion publique, l'ancien président de l'UIMM répond promptement "Oui, bien sûr, Compte des noms en cause, bien sûr".

Et tous les regards se tournent vers les confédérations syndicales CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC et FO ou leurs fédérations de la métallurgie. Surtout quand Arnaud Leenhardt les désigne nommément.

Les syndicats démentent avoir reçu des enveloppes

Un système de défense qui commence à sérieusement chauffer les esprits syndicaux. Ainsi ce haut responsable de la CFTC qui déclare à La Tribune :

" C'est très bien joué de la part des anciens dirigeants de l'UIMM. Pour faire oublier que c'est le procès de leurs turpitudes et celui de leur caisse noire, ils organisent un tir de barrage et désignent les syndicats à la vindicte publique. Dans l'opinion, ils sont gagnants, que ce soit vrai ou faux, car leurs propos jettent le discrédit. Surtout en insistant sur le fait que les noms des bénéficiaires sont connus du public.

Moi, personnellement je n'ai jamais entendu parler d'enveloppes. En revanche, oui, l'UIMM nous a aidé en achetant des pages publicitaires dans nos journaux ou en louant un stand lors de nos congrès. Quand nous avons été perquisitionnés dans le cadre de l'affaire UIMM, tout était dans nos comptes, la traçabilité de ces opérations étaient très claires. Nous n'avons rien à cacher".

A la fédération métallurgie de la CFDT, la FGMM, on tient le même discours en dénonçant " des pratiques patronales inadmissibles, doublées d'allégations nuisibles qui entretiennent le doute sur la destination de fonds secrets de l'UIMM et qui pourraient entacher notre image ".

Le syndicat rappelle aussi qu'il a déjà mis sa comptabilité à la disposition de la justice et notamment des "remboursements de frais de participation à des réunions paritaires qu'elle a perçus de l'UIMM entre 2002 et 2006 inclus, pour un montant total de 21.626,13 euros ". Pour la FGMM, il s'agit "d'une pratique fréquente dans les branches, parfaitement légitime pour couvrir les frais de participation à des réunions paritaires, frais de transport essentiellement (…). Ces remboursements ont été effectués en toute transparence, exclusivement par chèque ".

 Et le financement politique?

De fait, curieusement, à ce stade du procès, seuls les syndicats sont désignés et pas les partis politiques. Pourtant Denis Gautier Sauvagnac a plus que suggéré qu'ils étaient également destinataires des fonds de l'UIMM en déclarant :

"Pour les partis, je n'avais pas la possibilité de vérifier et pour les parlementaires, oui, certains ont soutenu des amendements [rédigés par l'UIMM] ".

Pourtant, le financement politique par l'UIMM est un secret de polichinelle. Ainsi, Bernard Giroux, un ancien haut cadre du Medef et de son ancêtre le CNPF, dans son récent ouvrage " Medef, confidences d'un apparatchik" (Editions L'Archipel, 17,95 euros) évoque les notes de Georges Albertini, ce vigoureux anti communiste au cœur de bien des affaires de l'après-guerre, à l'occasion de la création du RPR.  Extrait d'une note du 4 février 1977 :

"Le patronat a finalement donné 5 millions de francs à Chirac pour les élections municipales. Les fonds ont été remis à Jérôme Monod, soit un million du CNPF, un de l'UIMM, un du GIM [la branche de la région parisienne de l'UIMM], un de la Fédération du bâtiment et un du groupe Michelin ".

Certes, depuis, des lois sont intervenues pur encadrer le financement des partis politiques. Ce qui n'est pas encore totalement le cas pour le syndicalisme. Mais ça ne serait tarder puisque le ministre du Travail, Miche Sapin, souhaite ouvrir ce chantier à l'occasion de la réforme du système de formation professionnelle… l'une des principales mannes du financement des organisations patronales et syndicales.

 

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Commentaires
a écrit le 22/10/2013 à 21:58 :
Non contents de couler les entreprises avec leur revendications d'arrière garde justes bonnes pour eux et non les salariés, ils n'ont même pas le courage de reconnaître qu'ils aiment la thune. Bref, corruption à tous les étages que fait le justice ? C'est vrai que pour payer leur train de vie, il en faut de la fraiche !
a écrit le 14/10/2013 à 19:54 :
Génial!
a écrit le 14/10/2013 à 19:36 :
Corruption ou racket?
a écrit le 14/10/2013 à 11:52 :
Pour les grèves un peu longue surtout quand les affaires ne sont pas au top une petite valise de temps à autres permet aux syndiqués de toucher quelques indemnités pour tenir le haut du pavé plus facilement. les syndicats devraient reconnaître cette aide des patrons aux grévistes. Le fisc n'a pas mis sont nez dans ces affaires??
a écrit le 12/10/2013 à 18:32 :
ils n'allaient quand meme pas dire le contraire, hein?
a écrit le 12/10/2013 à 17:19 :
tous les syndicats ont bénéficiés de versements financiers de l/U.I.M.M.et devraient être condamnés pour malversations !
a écrit le 12/10/2013 à 16:10 :
On effleure à peine la carapace de la bête. Ils vont tous trouver un accord pour enterrer le totem .
a écrit le 12/10/2013 à 14:14 :
La paix sociale avait un coût,qui continu aujourd'hui.Les grèvistes sont bien payés par les syndicats
a écrit le 12/10/2013 à 13:50 :
Tout le monde le savait. Tout le monde fait semblant d'en être surpris. Tout le monde a voté pour ce système. Tout le monde accepte de se faire plumer. Tout le monde va de nouveau voter pour que cela se poursuive. Ou est la question ?
Réponse de le 12/10/2013 à 19:39 :
BEIN PARLE ? CA S EST TOUJOUR PASSER COMME CELA ? MAIS CEST LES HOMMES POLITIQUES EST LES GROS PATRONS QUI TOUCHEES LES PLUS GROSSES ENVELOPPES ? C EST POUR CELA QU ILS N OSERONS PAS OUVRIRE LA BOITE A PENDORES ? ? ?
a écrit le 12/10/2013 à 13:00 :
mais bien sur que les syndicats sont impliques , faudrait m'expliquer comment ils font pour avoir des chateaux et des salaires d'ouvriers
http://www.impots-economie.com/la-vie-de-chateau-des-syndicats/
http://www.youtube.com/watch?v=Fm0z3GkSPgQ
http://www.leparisien.fr/economie/ratp-une-fete-a-447-000-eur-dans-le-chateau-de-la-cgt-06-12-2011-1755260.php

supprimons les syndicats qui nous coutent un fortune , c est l argent du peuple
a écrit le 12/10/2013 à 12:44 :
retraite chef de poste nous savions que les partenaires sociaux avaient leurs trains de vie assures par les directions (bureaux a la defense comme la direction), ce ne sont pas les cotisations des salaries qui leurs permettrent de survivre,
a écrit le 12/10/2013 à 11:19 :
C'est étrange je pensais qu'un syndicat était censé défendre le droit des syndiqués avoir un "fond de caisse" en prévoyance de façon à pouvoir l'utilisé pour payer les syndiqués qui ce mettais en grève lorsque c'était nécessaire. Apparemment il se servent bien dans ces fonds... C'est surement pour ça que tous vas si mal mais que personne n'est dans la rue.
Réponse de le 12/10/2013 à 12:52 :
Les grévistes sont très rarement indemnisé par les syndicats des journées de grève. Et lorsque cela se fait c'est très en dessous du salaire. Le problème financier des syndicats en France est le très faible nombre de syndiqués qui fait que le pair ment des cartes d'adhérents me permettent pas aux syndicats de fonctionner sans financement d'appoint. C'est un sujet extrêmement sensible car celui qui finance dispose de fait d'un poids très important dans les décisions prises par ces syndicats. Les syndicats patronaux ont un intérêt évident à financer les syndicats ouvriers.
Réponse de le 13/10/2013 à 18:07 :
Avec tout ce que touche les syndicats des instances paritaires, du patronat, de l'Etat et de la formation professionnelle, ils pourraient payer deux fois le salaire des grévistes. Mais comme d'habitude les syndicats ne défendent qu'eux même.
Regardez comment ils défendent les travailleurs dans l'Hôtellerie, ils font mine de faire grève et au bout de 2/3 jours ils vont prendre une belle enveloppe chez le patron de l'hôtel.
Véridique pour l'avoir vu plusieurs fois.
a écrit le 12/10/2013 à 10:25 :
Les Syndicats refusent le rôle de bouc émissaire . Et pourtant ... Entre les fonds d'entreprise , ceux de la formation ,les voyages offerts aux secrétaires de C.E. , l'embauche de "dynastie" ....
a écrit le 12/10/2013 à 8:36 :
Bof rien de bien nouveau notre pays est gouverné par 3 institutions le politique, le patronat, les syndicats salariés et autres type FNSEA , éducation nationale.....tout cela ne fait qu'un. La transparence n'est pas dans leur gène et pour cause depuis des décennies ces Pieds Nickelés sont dans un système de copinage bien loin de la France et les 3, pour le malheur de ce pays et de ses citoyens, ont mis se pays à genou cela se démontre par 40 ans de croissance du chômage d'un endettement qui devient le gouvernement de ce pays obligé de composer avec ceux qui 6 mois par an font la source budgétaire de l'Etat, un budget d'environ 370 milliards emprunt pour 2013 environ 140 milliards source de la cellule du trésor. Les institutions sont dans un autre monde celui de la magouille, celui de l'inefficacité alors que donnera ce procès pas grand chose car les voleurs comme dans la maffia passeront par l'omerta. Nous pourrions espérer un revirement si la justice prononce les peines les plus fortes avec la prison ferme, alors la Justice sera telle faire plier les voyous en col blanc et faux bleus, par des sanctions dures dans le respect de la loi, loi votée par l'Institution politique liée aux autres institutions, nous sommes entre amis, un vrai pb de démocratie, difficile à changer car, je te tiens la barbichette.......
a écrit le 11/10/2013 à 21:30 :
L'article omet un élément important :
Avant le vote de la loi portant rénovation de la démocratie sociale votée en août 2008, les syndicats français n'étaient pas obliger de publier leurs comptes.
Le décret d'application a été publié en Décembre 2009.

Bref, l'UIMM ne risque rien !


Voir un lien , pour plus de détails:
http://www.observatoiredessubventions.com/2010/publication-des-comptes-des-syndicats/
Réponse de le 12/10/2013 à 8:55 :
et comme DGS est aussi surnommé Denis Garde le Silence, l'affaire ne fera pas long feu.
Réponse de le 12/10/2013 à 9:46 :
@gilloupe, oui et il est ahurissant que ce Mr Denis Gautier-Sauvagnac ait pu dire "si je dis ce que je sais, ça fera sauter la République" sans être inquiété et surtout sans que la justice cherche à le faire parler! Ce type devrait être au minimum coffré jusqu'à qu'il ait parlé et avoué tout ce qu'il sait au lieu de continuer à narguer la justice et.... ce qu'il reste de république dans ce pays.
a écrit le 11/10/2013 à 21:02 :
les syndicats défendent d'abord leur existence ensuite les droits des salariés sauf si ils mangent à la table des patrons
a écrit le 11/10/2013 à 20:32 :
C'est bien connu, " la valise diplomatique" pleine de billets, fonctionne depuis toujours, les syndicats et surtout leurs chefs de file on fait un maximum de black. Mais comme il va de soit que les socialo-communistes n'aiment pas l'argent... c'est MOTUS...
a écrit le 11/10/2013 à 19:24 :
Les syndicats veulent bien toucher l'oseille...mais ils ne veulent pas que ça se sache !!! Responsables mais pas coupables...Je me marre !!! Collez-leur 10 ans.
Réponse de le 12/10/2013 à 8:46 :
Ben oui c,est vrai je touche des valises d? c,est bien connu. Quand tu auras potasser le week end sur des dossiers de salariés en détresse et sur le point d être licencié tu pourras jacter!!!!! Cordialement

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