L'autre vertu du mécénat : donner des couleurs aux entreprises

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Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture des gouvernements Raffarin I et II. / Reuters
Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture des gouvernements Raffarin I et II. / Reuters (Crédits : Reuters)
En 2012, le budget du mécénat d'entreprise pour la culture était de 494 millions d'euros, soit 26 % du budget global, contre 19 % en 2010. Signe que, malgré le climat morose, la culture peut redonner des couleurs dans les PME/TPE... et des réductions d'impôts.

« Le grand acquis de la loi de 2003 relative au mécénat, c'est d'avoir permis la conquête des PME et des TPE. » Robert Fohr, responsable de la mission mécénat au ministère de la Culture et de la Communication donne le ton : « En 2012, les PME représentent 93 % des mécènes, tous secteurs confondus. »

C'est un virage sans précédent dans l'histoire philanthropique de la France, peu encline à la tradition de mécénat beaucoup plus courante aux États-Unis. Et s'il est vrai que les mécènes de la culture comptent plus de grandes entreprises (plus de 250 salariés) que la moyenne tous secteurs confondus, c'est que leur plus forte résistance à la crise leur permet de préserver le budget qu'ils y allouent.

Mais c'est aussi une histoire de conviction. Car, si l'engagement citoyen sert à valoriser l'image de l'entreprise, la créativité et l'art s'avèrent être porteurs de bien-être pour le groupe, allant jusqu'à révéler l'investissement culturel comme un formidable bouclier anticrise.

Angélique Aubert, ancienne responsable de mécénat d'un grand groupe bancaire, directrice du mécénat de la foncière Emerige (comptant 45 salariés) depuis juin 2013, se souvient que, « au moment du krach boursier d'octobre 2008, la banque avait hésité à réduire le budget de ses actions culturelles. Mais devant leur succès, le programme a été maintenu. Nous avons été obligés de faire sortir des personnes qui venaient assister à une conférence sur Picasso pendant l'heure du déjeuner, car il y avait trop de monde. Nous n'avions jamais connu un tel succès alors que nous vivions une pleine période de crise. »

L'important : transmettre sa passion

Porteur de retombées indirectes sur la productivité, le bien-être des collaborateurs d'une entreprise est une valeur reconnue dans sa rentabilité. Du coup, les dirigeants des PME et TPE n'hésitent plus à faire partager leurs passions à leurs salariés. Car c'est souvent à leur initiative que l'entreprise s'engage dans le culturel.

Certains sont passionnés d'art contemporain, d'autres d'opéra ou de danse ; peu importe le domaine, transmettre sa passion devient un vrai moteur. Et les formes de mécénat ont largement évolué en dix ans. Le soutien systématique et finalement peu risqué aux grandes institutions, expositions et autres festivals à dimension internationale est de moins en moins suivi.

Aujourd'hui, il s'agit de donner du sens à ses actions de mécénat. Est-ce pour autant la raison qui pousserait les petites et moyennes entreprises à s'engager sur le terrain culturel ?

Pour Charlotte Dekoker, en charge du secteur culturel à l'Admical (carrefour du mécénat d'entreprise), « il y a un aspect de communication, c'est sûr, mais pas seulement, car le mécénat n'est pas de la publicité. En revanche, par le choix de son mécénat, une entreprise exprime ce qu'elle est réellement. Et affirmer ses valeurs, c'est de plus en plus important de nos jours. C'est également un moyen de développer un ancrage territorial fort et de développer un nouveau réseau. Mais on le voit bien aujourd'hui, ce qui prime avant tout c'est l'idée de transmettre la connaissance, et l'envie de montrer un engagement citoyen fort ».

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>>> FOCUS La loi Aillagon fête ses dix ans

La loi de 2003 relative au mécénat propose un certain nombre de mesures fiscales aux particuliers et aux entreprises. Elle a été mise en place par le ministre de la Culture de l'époque, Jean-Jacques Aillagon, et a survécu à la rigueur budgétaire. Parmi les dispositions destinées aux entreprises, l'une des plus connues est celle liée au régime général : une réduction d'impôt égale à 60 % du montant du don, dans la limite de 0,5 % du chiffre d'affaires hors taxes.

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