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Aurélie Filippetti : "l'investissement créatif, c'est rentable et ça rapporte !"

Propos recueillis par Valérie Abrial et Delphine Cuny

Publié le 10 octobre 2013 à 18:41 - Mis à jour le 16 octobre 2013 à 09:36

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

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La France a des atouts majeurs à faire valoir dans le secteur des industries culturelles, qui jouent un rôle majeur dans la croissance économique, juge la ministre de la Culture. Elle souhaite créer un modèle dans lequel les sphères publique et privée travailleront main dans la main.

LA TRIBUNE - En période de crise, avec un budget en baisse, comment faire de la culture un levier de croissance ?

AURÉLIE FILIPPETTI - Au moment où l'on doit se positionner à l'échelle de la mondialisation, la culture constitue - pour parler un langage économique - un avantage comparatif énorme de la France, un moyen de se différencier. Elle a permis à la France d'acquérir une excellence, des savoir-faire, un rayonnement international et une attractivité, au sens touristique et en termes d'image.

La culture génère des externalités positives infiniment supérieures à ce qu'elle coûte en investissement. Par exemple, un euro investi dans le Festival d'Aix-en-Provence en rapporte 10 et, à Bussang, dans les Vosges, il en rapporte 4. Marseille, capitale européenne de la culture 2013, a d'ores et déjà recueilli six fois plus de retombées économiques que les sommes investies au total par le public et le privé.

Pour les territoires, investir dans la culture permet de relancer une attractivité, une économie, une image, qui génèrent des investissements dans d'autres secteurs de l'économie, et cela crée de l'emploi. La culture est sous-estimée dans son apport à l'économie globale. C'est pourquoi je mets l'accent sur ce formidable levier de développement. En période de crise, où l'on doit justifier les investissements publics, je souhaite montrer que la culture ne se résume pas à des subventions qui tombent comme une manne pour des activités de divertissement, mais qu'il s'agit d'un investissement qui rapporte.

Peut-on mesurer cet impact économique ?

Je dis toujours qu'il n'y aura pas de redressement productif sans redressement créatif. Nous voulons montrer que l'investissement créatif est un investissement rentable. Je pourrais vous citer des dizaines d'exemples. Depuis la création du Grand Louvre, les touristes restent en moyenne une nuitée de plus, ce qui représente de 15000 à 20 000 emplois induits. Lille, en faisant le choix de la culture, connaît un retour sur investissement extrêmement important. Je souhaite modéliser cet impact de la culture.

Avec Pierre Moscovici, le ministre de l'Économie et des Finances, nous avons confié une mission à l'Inspection générale des affaires culturelles et à l'Inspection générale des finances afin d'évaluer le poids de la culture dans l'économie, au sens large : nous aurons les conclusions en novembre. Je veux pouvoir valoriser toutes ces externalités positives de la culture, parfois perçue à Bercy comme un luxe superflu...

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Lors de la campagne des élections européennes, l'an prochain, il faudra mettre en avant l'importance de la culture dans la construction de l'identité européenne mais aussi dans le positionnement de l'Europe dans l'économie globale. La première industrie exportatrice des États-Unis est le divertissement, ce qui leur donne une influence considérable, puisque les gens dans le monde entier ont ensuite envie de vivre et de consommer américain. Ce sont des enjeux stratégiques, économiques et de souveraineté majeurs.

Est-ce un changement de philosophie dans le soutien à la culture que de baisser les subventions, notamment à la consommation, et de privilégier désormais l'investissement ?

C'est vrai, ce type de mesure ne marche pas. Certes, lorsque nous abaissons la TVA sur les tickets de cinéma à 5 % au 1er janvier 2014, l'objectif est de relancer la consommation, mais pas en donnant une aide publique. C'est cela, finalement, le succès de l'exception culturelle française : des modes de financement astucieux de la culture, plutôt que des subventions pures, avec des mécanismes fiscaux, des comptes de soutien, s'appuyant sur l'idée qu'il faut faire financer en amont la production par ceux qui diffusent les œuvres.

Demain, il faudra une contribution sur les terminaux connectés, car ce sont des produits, qui plus est d'importation, servant à consommer des contenus culturels : cela fait partie de la modernisation des outils de financement. Une taxe à un taux très faible avec une assiette large serait relativement indolore pour le consommateur. Nous en discuterons en 2014.

Nous devons aussi redéfinir nos priorités. Nous étudions ainsi la réforme du crédit d'impôt jeux vidéo, car c'est un secteur d'excellence française, à très haute valeur ajoutée, qui doit être une priorité : de très petites entreprises ont du mal à passer au stade d'ETI.

Il faut aussi éviter la fuite des talents, alors que le Québec et le Canada ont mis en place un système très attractif pour les jeunes développeurs et ingénieurs. J'aimerais également que l'on améliore le crédit d'impôt cinéma international, pour attirer les tournages, en augmentant le plafond de 10 à 15 millions d'euros, ce qui ne coûterait rien.

J'ai aussi dégagé 20 millions d'euros pour l'Ifcic, l'Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles, qui permettra de mettre en place un dispositif d'aide par la BPI, avec un effet multiplicateur de cinq, soit 100 millions d'euros de garanties et d'avances, afin d'aider les petites entreprises des industries créatives, qui souffrent souvent de problèmes structurels de trésorerie.

Vous avez sauvé la loi relative au mécénat, dite « loi Aillagon », dont les dispositifs fiscaux encouragent l'investissement culturel. Envisagez-vous de nouvelles mesures en faveur des entreprises ?

Il existe un réel écosystème culturel qui met en jeu des financements, parmi lesquels la participation des entreprises du secteur privé. Le champ culturel est un terreau d'innovation économique et financière. La loi sur le mécénat, dont on fête les dix ans cette année, est la loi la plus avantageuse au monde pour stimuler le mécénat.

Il faut désormais aller encore plus loin. Nous travaillons à l'amélioration du fonctionnement pour les PME, car on arrive vite à un plafond. Une charte est en cours de rédaction par la mission mécénat du ministère de la Culture. Elle sera une sorte de vademecum et va notamment clarifier les règles s'appliquant au mécénat de compétences [par lequel une entreprise délègue gracieusement du personnel volontaire au profit de fondations ou d'associations, sur le temps de travail, ndlr].

Il faut développer aussi le mécénat des particuliers, encore méconnu, qui peut permettre de mobiliser des milliers de donateurs sur une oeuvre très connue, comme les Trois Grâces de Lucas Cranach au Louvre, ou le Chêne de Flagey de Gustave Courbet au musée Courbet d'Ornans. Je veux également encourager et valoriser le nouveau mécénat « participatif » par les réseaux (le crowdfunding). C'est un investissement capital dans le monde des entreprises culturelles.

Comment encourager les PME à investir dans la culture en période de crise ?

Il y a d'abord de nombreux dispositifs fiscaux. Et je souhaite faire de l'entreprise un lieu prioritaire d'expositions et de circulation des œuvres sur des lieux de passage, partout en France. Cela fait partie de cette citoyenneté culturelle. Nous avons déjà signé une convention avec la Fédération des entrepris e s d es industries gazières et électriques, qui compte 650.000 salariés.

Je veux poursuivre cette démarche, car c'est aussi le rôle du ministère de valoriser les collections nationales et d'aller à la rencontre des gens là où ils se trouvent. Aujourd'hui, il y a des mesures ciblées pour les jeunes et pour les retraités, mais la période de vie active doit aussi être prise en compte. Et l'éducation artistique, qui se fait tout au long d'une vie, peut aussi se faire dans une démarche collective, sur un lieu de travail.

______

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>>> Regardez l'interview d'Aurélie Filipetti au Club Entreprises La Tribune autour du thème  "La culture, comme levier pour l'économie"  à la CCI de Paris, le 11 octobre 2013

Propos recueillis par Valérie Abrial et Delphine Cuny

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