Les CCI pensent qu'Ayrault et Montebourg les "enfument"

Jean-Pierre Gonguet

Jean-Pierre Gonguet
"Nous sommes en train de nous faire enfumer". André Marcon, président des Chambres de commerce et d'Industrie, est très énervé contre le gouvernement. Motif : la forte suspicion qu'il a que le gouvernement, Jean Marc Ayrault et Arnaud Montebourg plus précisément, ait l'intention de faire passer les CCI sous tutelle des Conseils régionaux.
Il n'est en effet un secret pour personne que, malgré les assurances personnelles de François Hollande à André Marcon, le gouvernement ne sait pas trop quoi faire des CCI : elles ont le désavantage d'être des établissements publics alimentés par des taxes publiques et de se retrouver souvent en concurrence avec les agences et services des collectivités, en particulier des régions.
Il faut dire que depuis mai 2012 l'ardoise est salée. Jacques Pfister, le président de la CCI de Marseille, a fait ses comptes :
Et "la bête" se réveille d'autant plus énervée que, selon elle la discussion avec le gouvernement n'est pas franche.
Ainsi, au début du mois de janvier les CCI ont été reçus par Bernard Cazeneuve. Le ministre du Budget leur a dit vouloir une remise à plat rapide de la fiscalité des CCI et aboutir rapidement à un accord triennal. Les CCI se sont mises au travail. Entre temps, les présidents de région (fortement agacés, eux, par la création des métropoles et des pouvoirs économiques qu'elles risquaient de perdre) sont allés à Matignon et à l'Elysée demander, (entre autres choses) la tutelle sur les CCI. Le résultat ne s'est pas fait attendre : les CCI se sont retrouvées la semaine dernière, dans un nouveau round de négociation ou le cabinet d'Arnaud Montebourg avait repris la main : plus question de parler fiscalité comme le demandait Cazeneuve (ou Sylvia Pinel leur troisième ministre de tutelle) mais uniquement décentralisation, donc mise sous tutelle éventuelle.
Les questions de fiscalité et de nature des missions des CCI seraient elle réglées par l'Inspection générale des Finances à qui Arnaud Montebourg a confié une mission à l'Inspection générale des Finances. Et, comme cette dernière ne doit pas se pencher sur les mêmes missions (aides aux entreprises, à l'international) exercées par les Régions, les CCI ont l'impression de se faire flouer !
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Alain Rousset, le président de l'Association des Régions de France ainsi que deux ou trois autres présidents de région ont bien sûr téléphoné à André Marcon pour lui jurer que ce dernier leur prêtait des sentiments qu'ils n'avaient nullement. André Marcon ne les a pas totalement cru. Et, c'est une première, a cosigné une tribune dans la presse avec Pierre Gattaz du MEDEF et Jean François Roubaud de la CGPME, "la décentralisation au mépris des entreprises". Réunifier le monde patronal contre lui, c'est la première performance gouvernementale dans cette deuxième partie de la loi décentralisation qui s'annonce aussi pagailleuse que la première
Jean-Pierre Gonguet