Disparition des commerces de centre ville : la fédération de l'habillement lance un cri d'alarme

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La Fédération de l'habillement a rédigé un Plan Marshall pour sauver le commerce de centre-ville en gand danger
La Fédération de l'habillement a rédigé un "Plan Marshall" pour sauver le commerce de centre-ville en gand danger (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
La Fédération nationale de l'Habillement a rédigé un "plan Marshall" du commerce de centre-ville pour sauver l'emploi dans ce secteur, très menacé. Ce plan en 58 points prône un allègement des cotisations sociales patronales et la simplification de la fiscalité mais aussi un arrêt complet des projets commerciaux en périphéries.

Bernard Morvan, le président de la Fédération nationale de l'habillement (FNH), a décidé de sonner le tocsin : Le commerce de centre-ville se meurt ! Et avec sa disparition c'est non seulement toute l'animation des villes en régions qui décline mais, surtout, ce sont des dizaine de milliers d'emplois qui disparaissent. Aussi, depuis le mois de mars, le président de la FNH a décidé de prendre son bâton de pèlerin et de faire le forcing auprès des pouvoirs publics - du ministère de l'Economie à L'Elysée en passant par Bruxelles - pour tirer la sonnette d'alarme. Mais pas question d'arriver les mains vides, il faut des propositions concrètes.

Un "Plan Marshall"en 58 points pour le commerce de centre-ville

Pour ce faire, la FNH qui représente 39.000 boutiques employant 100.000 actifs, dont 80.000 salariés , a décidé de rédiger un document dénommé le « Plan Marshall  pour le commerce indépendant de centre-ville » qui a reçu le soutien d'autres Fédérations patronales concernées, telle la Fédération de la chaussure ou celle de la maroquinerie. Un plan en 58 points concrets pour tenter de redonner une chance au commerce de proximité.

Et, manifestement, il y a le feu. Selon des données de la FNH, dans le textile-habillement, 13.000 entreprises ont disparu en 2013, soit 31.000 emplois détruits, 4.000 pour les entreprises individuelles et 27.000 emplois salariés. Pis, pour la sixième année consécutive, les ventes dans les commerces indépendants de l'habillement ont baissé, notamment de plus de 2 points entre 2013 et 2012. Quant au chiffre d'affaire moyen d'une boutique employeuse, il a baissé de 8,5% en 2012 par rapport à 2010, passant de 366.000 euros à 335.000 euros. Par ailleurs, donnée peu connue, 17% des dirigeants de ces TPE ont un revenu inférieur au Smic, et près d'un tiers gagne entre 16.500 et 33.000 euros par an.

Comment expliquer une telle dégradation. Le plan Marshall de la FNH y voit de multiples raisons : la baisse de la consommation et la hausse de la fiscalité pesant sur les consommateurs ; la pression fiscale et sociale sur les commerçants, quelle soit nationale ou locale; la saturation des surfaces commerciales en périphérie qui a eu pour conséquence de vider les centres-villes ; etc.

 Urgence donc. La FNH demande aux pouvoirs publics « de mener au plus vite des actions concrètes afin de sauver des dizaines de milliers d'emplois menacés »… Les propositions de la FNH s'adressent à plusieurs acteurs : les commerçants eux-mêmes, les élus locaux et les pouvoirs publics.

 La FNH demande le gel absolu des projets commerciaux dans les périphéries

Les commerçants, reconnaît la FNH, doivent se prendre en main et moderniser leurs commerces; proposer des services complémentaires et des offres différenciées. Ils doivent aussi saisir les opportunités offertes par le net, via, par exemple, l'élaboration « d'un site vitrine qui présente avantageusement l'offre ». Les commerçants devraient aussi  être capables de se regrouper. Ils doivent aussi dynamiser le commerce de centre-ville en organisant des évènements.

Quant aux élus locaux, ils sont appelés à « avoir une meilleure connaissance de la vacance des locaux commerciaux dans les centres-villes pour prévenir la désertification ». Pour ce faire, ils devraient notamment créer des « managers de centre-ville » qui joueraient le rôle d'intermédiaire entre les commerçants et la municipalité.

Mais, surtout, point central, la FNH demande le gel absolu « des projets commerciaux en périphérie des villes », et d'intégrer « dans les plans locaux d'urbanisme des obligations de diversité commerciale en faveur des commerces de détail ou de proximité ».

 De nouveaux allègements de cotisations patronales

Le gros morceau est destiné, bien sûr, aux pouvoirs publics. La FNH n'hésite pas à formuler des propositions provocantes ou dérogatoires au droit existant. En matière sociale, notamment.

Ainsi, sur la durée du travail, en l'absence d'accord de branche, la Fédération souhaite que l'employeur d'une TPE puisse mettre en place un dispositif d'aménagement de la durée du travail, par décision unilatérale, approuvé par referendum des salariés concernés. Très concrètement, la FNH s'oppose à la disposition qui devrait entrer en vigueur le 1er juillet qui oblige à respecter un temps partiel minimum hebdomadaire de 24 heures. Pour Bernard Morvan "cette disposition absurde peut tuer de l'emploi".

La FNH souhaite aussi que les mesures d'exonérations dégressives des cotisations patronales entre 1 et 1,6 Smic - dispositif « Fillon »- soient complétées par un allègement supplémentaire qui viserait les salaires supérieurs. Une disposition déjà reprise en partie dans le cadre du Pacte de responsabilité.

Elle préconise aussi de remettre en place la mesure « zéro charge » d'aide à l'embauche dans les TPE. Là aussi, le Premier ministre Manuel Valls vient en partie de répondre à ce souhait, au niveau du Smic en tout cas. La Fédération souhaite encore que soit « repenser » le Régime social des indépendants (RSI). A cet égard, après une rencontre avec Bernard Morvan la semaine dernière, l'Elysée s'est dit d'accord  pour créer un groupe de travail sur la question pour faire mieux fonctionner le RSI.

Des réponses demandées avant le 31 juillet

Sur le plan fiscal, outre un allègement de la fiscalité locale (via notamment un réexamen des règles régissant les bases locatives pour les baux commerciaux), la FNH plaide pour l'institution d'un statut juridique unique pour les commerçants indépendants. En l'occurrence, il s'agirait du statut d'Entrepreneur individuel à responsabilité limitée (EIRL). Le plan « Marshall » demande aussi le maintien des délais de paiement en vigueur, car un raccourcissement de ces délais entraînerait des complications pour la comptabilité des commerçants.

La FNH va maintenant faire connaître son plan au niveau local mais elle souhaite surtout des premières réponses du gouvernement de façon urgente. « En tout cas avant le 31 juillet, prévient Bernard Morvan, car il y a un tel ras-le-bol chez les commerçants qu'en l'absence de mesures, j'ai peur que celà puisse déboucher sur des débordements ».

 

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Commentaires
a écrit le 14/05/2014 à 12:37 :
moi j achete sur le bon coin et dans le braderie ,80% moins cher pas de taxe pas de tva .
a écrit le 14/05/2014 à 11:39 :
Les ventes sur internet nuisent autant aux commerces de centre ville que les grandes surfaces en périphérie .Les franchisés qui bénéficient d'une image nationale s'en sortent un peu mieux que les indépendants .En plus des loyers et des charges vous avez la guerre au stationnement qui fait rage dans certines villes .....à peine descendu de bagnole ...et vous avez un PV ( électronique !!!)
a écrit le 14/05/2014 à 11:19 :
Le probleme ce sont les centaines de millions d'euros qui ne sont plus versé en taxe et en impots par les commerçants les maires seront obligé pour financer l'emploi des communaux d'augmenté de plus en plus les impots locaux ce qui vat aprauvrir de plus en plus les ménages qui consommeront de moisn en moins.
a écrit le 14/05/2014 à 10:34 :
C'est aussi simple que cela !
a écrit le 14/05/2014 à 9:57 :
Etant donné le risque de cambriolage et le taux d'élucidation qui tend vers zéro, les charges écrasantes et les loyers délirants, quel est l'intérêt d'ouvrir un commerce aujourd'hui ? Je connais personnellement une coiffeuse qui ne se verse pas de salaire pendant 6 mois de l'année.
a écrit le 13/05/2014 à 19:47 :
"la hausse de la fiscalité pesant sur les consommateurs" : Après une hausse du coût du logement sans précédent et ce pendant 15 ans? Mais diable, ils s'entendent bien ces commerçants et les agences immobilières qui les ont remplacé!
La gérontocratie qui masque les problèmes derrières des hausses d'impôt qui ne sont que le retour d'impôt que le reste de la population payait (célibataire mais veuf, ayant élevé 3 enfants, etc.) : Ça suffit!
Vous voulez une hausse de la consommation et même la possibilité de baisser les salaires : Battez vous pour qu'on allume les rentes dans la pierre et que le coût du logement s'aligne sur celui de l'Allemagne! Battez vous contre ceux qui luttent contre les constructions pour maintenir la valeur de leurs biens immobiliers!
A défaut, attendez vous à des villes musées et suivez les pauvres victimes de la fiscalité au Maroc, au Portugal, etc.!
a écrit le 13/05/2014 à 19:23 :
pour acheter plus
1- avec toujours plus de chômeurs
2- avec encore plus de smicards
et encore certains veulent créer un mini- smicard et diminuer le pouvoir d'achat général en maitrisant l'augmentation de la masse salariale.
Réponse de le 14/05/2014 à 0:36 :
@comment faire: ce n'est pas en augmentant le pouvoir d'achat qu'on va régler le problème, car les gens n'achètent plus que chinois et acheter encore plus de produits chinois fait certes tourner la machine économique de la Chine, mais pas la nôtre :-)
Réponse de le 14/05/2014 à 8:28 :
Surtout que ces commerces ont remplacés des produits qui étaient fabriqués en Europe avec un certain prix par des produits vendus aussi chères mais fabriqués pour trois francs six sous au Bangladesh, au Vietnam ou en Chine au même prix, mais en laissant en Europe, une industrie textile moribonde et son cortège de chômeurs. A vouloir faire de l'argent sur l'argent, en détruisant sur place emplois et pouvoir d'achat, on ne récolte que la misère pour tous.
Réponse de le 14/05/2014 à 18:32 :
Raisonnement fort juste. C'est un exemple du "courtermisme".
a écrit le 13/05/2014 à 18:26 :
Un hypermarché détruit 5 emplois dans un rayon de 20 km pour un emploi effectif. Une chaîne de franchise de plus de 600 m2 ou de plus de 400 magasins détruit 3 emplois sur une zone de 3/4 kms pour 1 effectif chez elle. l'augmentation des loyers et des "pas de porte" souvent liés à l'emplacement plus celui des frais d'agence immobilière ainsi que le cartel discret des architectes qui facturent désormais les travaux au m2 rend la rentabilisation des trop petits (moins de 150 m2) locaux impossibles. Bien entendu il y a toujours quelques exceptions. Beaucoup d'enseignes travaillent à perte pour s'implanter (ce qui est normalement interdit). Les sites web travaillent à perte pour peu d'argent en cassant les prix avant de faire le plus souvent faillite. Nombreux sont les noms qui ont adopté cette pratique. Le gouvernement y voit "du modernisme" qui bouge la France. Les professionnels savent bien qu'on les laisse se faire poignarder dans le dos. La baisse continue du pouvoir d'achat avec la hausse généralisée des smicards rend l'équation encore plus difficile. L'économie déjà elle même dégressive n'arrange pas les choses. Mais on semble vouloir ignorer la réalité que l'on a vu se construire depuis des années, à tel point que les banques ne prêtent plus à ce commerce de proximité devenu risqué d'autant plus de les escrocs professionnels ne sont pas non plus punis. Etre commerçant devient une sorte de suicide financier annoncé.....
a écrit le 13/05/2014 à 17:49 :
Après avoir saboté l’accès et le parking en centre-ville, on s’étonne du résultat, et l’on propose de la coercition anti-banlieue.
Au fait, les centre-ville se dépeuplent en même temps : faut-il aussi empêcher les gens de déménager.
Les centre-ville bunker payants et autophobes sont, de toute façon, morts.

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