OPA : que peut faire Arnaud Montebourg ?

Après son décret élargissant les secteurs protégés face aux IDE, le ministre de l'Économie rêve de mobiliser les 1.300 milliards d'euros de l'assurance-vie.
Fabien Piliu
Arnaud Montebourg, Ministre de l'Économie, du Redressement productif et du Numérique. / Reuters
Arnaud Montebourg, Ministre de l'Économie, du Redressement productif et du Numérique. / Reuters (Crédits : reuters.com)

Dans le dossier Lafarge-Holcim, Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, avait déclaré qu'il serait vigilant quant au caractère équitable de cette fusion. Dans le dossier PSA, il avait défendu à contrecoeur un « échange de bons procédés » après l'entrée au capital simultanée de l'État et du constructeur chinois Dongfeng. En revanche, le démantèlement d'Alstom a fait bondir celui qui est désormais le ministre de l'Économie. Comme dans le dossier Dailymotion, un temps la proie de l'américain Yahoo !, Arnaud Montebourg s'est montré très offensif, n'hésitant pas à faire monter les enchères de la part de l'américain GE, notamment en incitant l'allemand Siemens à entrer dans la danse.

À défaut de pouvoir compter sur l'épargne logée dans les PEA - on ne recense que 5 millions de placements de ce type, contre 60 millions de Livrets A -, le ministre de l'Économie envisage même de prendre des mesures contraignantes pour orienter l'assurance-vie vers le capital des grands groupes français !

« Nous avons une épargne nationale extraordinaire, 1.300 milliards d'euros qui sont dans l'assurance-vie, qui de surcroît jouit d'une bonification fiscale. Nous n'avons jamais encore à ce jour décidé d'augmenter le degré de contrainte sur les compagnies d'assurance pour qu'elles décident d'investir dans des proportions plus importantes dans les grandes entreprises de notre pays.

Nous le pourrions. Nous avons nos fonds de pension, mais on ne les utilise pas ! Cette question, on va la poser aux assurances, aux fonds de retraite mutualistes en leur disant que nous avons besoin que cet argent, des milliards, des centaines de milliards, s'investisse dans nos entreprises », a déclaré fin mai le ministre de l'Économie, lors de son audition sur le dossier Alstom par la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale.

Ces interventions musclées de la part de l'un des deux patrons de Bercy tranchent avec les intentions élyséennes. Le 17 février, François Hollande n'a-t-il pas créé le Conseil supérieur de l'attractivité (CSA) déroulant ainsi le tapis rouge aux investisseurs étrangers ?

Un Etat actionnaire plus pragmatique qu'idéologique

L'exécutif est-il donc schizophrène ? Pas vraiment. Il faudrait être naïf pour penser que le gouvernement français est le seul au monde à agir ainsi. Les États-Unis libéraux ont bloqué le rachat de leurs ports ou de leur pétrole par des chinois. Tout dépend des entreprises ciblées par les investisseurs étrangers. S'il s'agit d'entreprises stratégiques ou de pépites potentielles, l'exécutif n'hésite pas à montrer les dents. Plusieurs outils sont à sa disposition : l'Agence des participations de l'État (APE) et Bpifrance Investissement, au sein duquel le Fonds stratégique d'investissement (FSI) a été dilué.

Mais quand le second souffre d'un défaut majeur - une force de frappe limitée de 14 milliards d'euros constituée de participations apportées par l'État et la Caisse des dépôts - le premier, rééquilibrage des comptes publics oblige, a revu sa doctrine d'investissement.

Lors du Conseil des ministres du 2 août 2013, le gouvernement a présenté une communication sur la modernisation de l'État actionnaire, précisant que l'État pourrait « envisager de réduire les niveaux historiques de participation publique dans certaines entreprises, dès lors que le niveau de contrôle ou d'influence de l'État actionnaire n'en serait pas significativement affecté ».

En pleine affaire Alstom, Arnaud Montebourg a également fait étendre par décret le champ des secteurs qui relèvent de la procédure d'autorisation des investissements étrangers, afin que le gouvernement puisse « s'assurer que ces objectifs légitimes seront pleinement pris en compte par les investisseurs étrangers, qu'ils soient issus de pays de l'Union européenne ou de pays tiers ».

Jusqu'alors cantonné à 11 activités liées à la défense et à la sécurité, il s'appliquera désormais aussi à l'approvisionnement en électricité, gaz, hydrocarbures ou autre source énergétique, à l'exploitation des réseaux et des services de transport, à l'approvisionnement en eau, aux communications électroniques et à la protection de la santé publique. Des engagements spécifiques, des conditions pourraient leur être réclamés. Le texte donne aussi un droit de veto au ministre de l'Économie !

En revanche, dans les secteurs non sensibles, a fortiori quand de nombreux emplois sont en jeu, le gouvernement est plus accueillant. Arnaud Montebourg s'est prononcé en faveur d'un repreneur égyptien pour Pétroplus et s'est porté garant de l'algérien Cevital, le repreneur de FagorBrandt. Mais dans le dossier Ascometal, le repreneur français Franck Suplisson, avec des capitaux anglo-saxons, l'a emporté sur le brésilien Gerdau, peu connu il est vrai en France.

L'attitude du gouvernement est-elle ambivalente ? Malgré certaines provocations dues au tempérament propre à Arnaud Montebourg, l'exécutif se veut surtout pragmatique, conscient du poids des investissements étrangers dans l'économie française. Aujourd'hui, les entreprises étrangères emploient deux millions de Français, représentent un tiers des exportations et 28% de la R&D tricolores. Selon l'Insee, 1.250 des 4.800 ETI recensées en France étaient sous le contrôle de groupes étrangers en 2011. L'Insee relève plusieurs différences entre ETI « étrangères » et françaises. L'une interpelle particulièrement : plus grandes et plus capitalistiques, les premières versent des salaires plus élevés, supérieurs de 25 % en moyenne à ceux versés par les secondes.

Fabien Piliu

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Commentaires 20
à écrit le 18/06/2014 à 13:20
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Montebourg n'est qu'un bouffon qui travaille son profil com le reste il s'en fiche son seul job : passer le matin à 8h00 chez Bourdin ou sur RTL pour faire parler de lui

à écrit le 18/06/2014 à 8:32
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alsthom bonne societe mais trop petite pour le monde adosser a G E c'etait tres bien Montegourde a voulu rester europeen!!!! resultat siemens pas assez fort s'allie avec mistubichi un peu court chercher l'erreur cela va finir comme d'habitude a forc...

à écrit le 18/06/2014 à 7:47
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Ça me fait mal que Montebourg soit le porte parole d'une bonne idée. Ce qui me fait du bien est que l'idée ne vient pas de lui. Pas plus tard qu'hier M.Sapin organisait une stratégie visant à financer les entreprises par le prive, bref une schéma déj...

le 18/06/2014 à 8:10
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Sa carrière se terminera des la fin de ce quinquennat qui est un cauchemar pour notre pays. Heureusement chaque jour qui passe nous éloigne de ce calvaire. Ce sera le clamp de fin pour ces nuls que sont Flamby, manolo, Ségolène et tous les autres.

à écrit le 18/06/2014 à 7:14
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La Tribune ne souhaite pas que montegourde aille chercher son costume de clown au cirque pourtant c'est le seul qui lui va à ravir.

à écrit le 17/06/2014 à 22:42
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"on a nos fonds de pensions..." ben non, justement, on n'en a pas. On doit cotiser obligatoirement dans un système pyramidal qui ressemble à une escroquerie organisée et pour faire illusion on a créé une niche fiscale ou l'épargnant a le droit de fai...

à écrit le 17/06/2014 à 22:11
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Il n'a pas fait quelques apparitions quand il était plus jeune dans l'émission de Carlos T'as le bonjour d'Albert ? C'est un homme plein d'empathie avec les ouvriers et il n'est jamais avare de promesses (de nationalisation surtout) mais il faut rec...

le 18/06/2014 à 7:16
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Vous avez raison pour être nul il est nul et je reste à ce niveau à cause de la censure.

à écrit le 17/06/2014 à 20:57
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C'est un garçon plein de bonne volonté mais il ne sert à rien dans ce gouvernement. Il présente bien quand même. Il surjoue quand il y a les caméras mais sinon, c'est un brave.

le 18/06/2014 à 7:35
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Vous avez raison il ne sert à rien il nous coûte très cher en impôts et c'est un brave c..

à écrit le 17/06/2014 à 20:37
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il reve de mettre tout ce bon pognon au service de la dette que la france ne veut pas rembourser, au service du logement social vu que l'immobilier s'ecroule, au service des pme qui doivent creer des emplois sans rentabilite , au service des gros gro...

à écrit le 17/06/2014 à 19:26
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Quitter le pays et venir jouer au golf avec nous,

à écrit le 17/06/2014 à 18:35
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Vu la confiance qu'on peut avoir dans les banques,ne placez surtout pas la dedans J'ai donné avec le CA IDF ou j'ai eu droit a toute la mauvaise foi possible J'ai tout placé en assurances vie, et autres, dans une autre banque

à écrit le 17/06/2014 à 18:22
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" a fait bondir celui qui est désormais le ministre de l'Économie" Sérieux ? Ce type est ministre de l'économie ?!? :-( Roccard avait raison : avec la faillite de l'Etat en cours depuis 30 ans, seul les nuls veulent devenir politique, les autr...

à écrit le 17/06/2014 à 17:38
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sutout se taire . a chaque fois qu'il l'ouvre il detruit des emplois

à écrit le 17/06/2014 à 17:22
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Se casser une jambe ?

à écrit le 17/06/2014 à 17:10
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C'est un mogwaï, il ne peut rien faire.

à écrit le 17/06/2014 à 16:57
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En concurrence directe avec Michel Sapin et Ségolène Royale. C'est un emploi fictif. Il ne peut rien faire.

à écrit le 17/06/2014 à 16:42
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Surtout qu'il ne fasse RIEN. Il est parfait quand il ne fait rien !

à écrit le 17/06/2014 à 16:41
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Au vu de la capacité des politiciens à gérer un budget et son déficit depuis 30 ans, on ne peut pas faire confiance à un type qui n'a jamais rien fait de concret si ce n'est crier, se déguiser et participer à la paralysie de l'économie française. Esp...

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