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ÉconomieFrance

OPA : que peut faire Arnaud Montebourg ?

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 17 juin 2014 à 10:33 - Mis à jour le 17 juin 2014 à 14:25

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Après son décret élargissant les secteurs protégés face aux IDE, le ministre de l'Économie rêve de mobiliser les 1.300 milliards d'euros de l'assurance-vie.

Dans le dossier Lafarge-Holcim, Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, avait déclaré qu'il serait vigilant quant au caractère équitable de cette fusion. Dans le dossier PSA, il avait défendu à contrecoeur un « échange de bons procédés » après l'entrée au capital simultanée de l'État et du constructeur chinois Dongfeng. En revanche, le démantèlement d'Alstom a fait bondir celui qui est désormais le ministre de l'Économie. Comme dans le dossier Dailymotion, un temps la proie de l'américain Yahoo !, Arnaud Montebourg s'est montré très offensif, n'hésitant pas à faire monter les enchères de la part de l'américain GE, notamment en incitant l'allemand Siemens à entrer dans la danse.

À défaut de pouvoir compter sur l'épargne logée dans les PEA - on ne recense que 5 millions de placements de ce type, contre 60 millions de Livrets A -, le ministre de l'Économie envisage même de prendre des mesures contraignantes pour orienter l'assurance-vie vers le capital des grands groupes français !

« Nous avons une épargne nationale extraordinaire, 1.300 milliards d'euros qui sont dans l'assurance-vie, qui de surcroît jouit d'une bonification fiscale. Nous n'avons jamais encore à ce jour décidé d'augmenter le degré de contrainte sur les compagnies d'assurance pour qu'elles décident d'investir dans des proportions plus importantes dans les grandes entreprises de notre pays.Nous le pourrions. Nous avons nos fonds de pension, mais on ne les utilise pas ! Cette question, on va la poser aux assurances, aux fonds de retraite mutualistes en leur disant que nous avons besoin que cet argent, des milliards, des centaines de milliards, s'investisse dans nos entreprises », a déclaré fin mai le ministre de l'Économie, lors de son audition sur le dossier Alstom par la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale.

Ces interventions musclées de la part de l'un des deux patrons de Bercy tranchent avec les intentions élyséennes. Le 17 février, François Hollande n'a-t-il pas créé le Conseil supérieur de l'attractivité (CSA) déroulant ainsi le tapis rouge aux investisseurs étrangers ?

Un Etat actionnaire plus pragmatique qu'idéologique

L'exécutif est-il donc schizophrène ? Pas vraiment. Il faudrait être naïf pour penser que le gouvernement français est le seul au monde à agir ainsi. Les États-Unis libéraux ont bloqué le rachat de leurs ports ou de leur pétrole par des chinois. Tout dépend des entreprises ciblées par les investisseurs étrangers. S'il s'agit d'entreprises stratégiques ou de pépites potentielles, l'exécutif n'hésite pas à montrer les dents. Plusieurs outils sont à sa disposition : l'Agence des participations de l'État (APE) et Bpifrance Investissement, au sein duquel le Fonds stratégique d'investissement (FSI) a été dilué.

Mais quand le second souffre d'un défaut majeur - une force de frappe limitée de 14 milliards d'euros constituée de participations apportées par l'État et la Caisse des dépôts - le premier, rééquilibrage des comptes publics oblige, a revu sa doctrine d'investissement.

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Lors du Conseil des ministres du 2 août 2013, le gouvernement a présenté une communication sur la modernisation de l'État actionnaire, précisant que l'État pourrait « envisager de réduire les niveaux historiques de participation publique dans certaines entreprises, dès lors que le niveau de contrôle ou d'influence de l'État actionnaire n'en serait pas significativement affecté ».

En pleine affaire Alstom, Arnaud Montebourg a également fait étendre par décret le champ des secteurs qui relèvent de la procédure d'autorisation des investissements étrangers, afin que le gouvernement puisse « s'assurer que ces objectifs légitimes seront pleinement pris en compte par les investisseurs étrangers, qu'ils soient issus de pays de l'Union européenne ou de pays tiers ».

Jusqu'alors cantonné à 11 activités liées à la défense et à la sécurité, il s'appliquera désormais aussi à l'approvisionnement en électricité, gaz, hydrocarbures ou autre source énergétique, à l'exploitation des réseaux et des services de transport, à l'approvisionnement en eau, aux communications électroniques et à la protection de la santé publique. Des engagements spécifiques, des conditions pourraient leur être réclamés. Le texte donne aussi un droit de veto au ministre de l'Économie !

En revanche, dans les secteurs non sensibles, a fortiori quand de nombreux emplois sont en jeu, le gouvernement est plus accueillant. Arnaud Montebourg s'est prononcé en faveur d'un repreneur égyptien pour Pétroplus et s'est porté garant de l'algérien Cevital, le repreneur de FagorBrandt. Mais dans le dossier Ascometal, le repreneur français Franck Suplisson, avec des capitaux anglo-saxons, l'a emporté sur le brésilien Gerdau, peu connu il est vrai en France.

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L'attitude du gouvernement est-elle ambivalente ? Malgré certaines provocations dues au tempérament propre à Arnaud Montebourg, l'exécutif se veut surtout pragmatique, conscient du poids des investissements étrangers dans l'économie française. Aujourd'hui, les entreprises étrangères emploient deux millions de Français, représentent un tiers des exportations et 28% de la R&D tricolores. Selon l'Insee, 1.250 des 4.800 ETI recensées en France étaient sous le contrôle de groupes étrangers en 2011. L'Insee relève plusieurs différences entre ETI « étrangères » et françaises. L'une interpelle particulièrement : plus grandes et plus capitalistiques, les premières versent des salaires plus élevés, supérieurs de 25 % en moyenne à ceux versés par les secondes.

Fabien Piliu

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