Dans le dossier Lafarge-Holcim, Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, avait déclaré qu'il serait vigilant quant au caractère équitable de cette fusion. Dans le dossier PSA, il avait défendu à contrecoeur un « échange de bons procédés » après l'entrée au capital simultanée de l'État et du constructeur chinois Dongfeng. En revanche, le démantèlement d'Alstom a fait bondir celui qui est désormais le ministre de l'Économie. Comme dans le dossier Dailymotion, un temps la proie de l'américain Yahoo !, Arnaud Montebourg s'est montré très offensif, n'hésitant pas à faire monter les enchères de la part de l'américain GE, notamment en incitant l'allemand Siemens à entrer dans la danse.
À défaut de pouvoir compter sur l'épargne logée dans les PEA - on ne recense que 5 millions de placements de ce type, contre 60 millions de Livrets A -, le ministre de l'Économie envisage même de prendre des mesures contraignantes pour orienter l'assurance-vie vers le capital des grands groupes français !
Ces interventions musclées de la part de l'un des deux patrons de Bercy tranchent avec les intentions élyséennes. Le 17 février, François Hollande n'a-t-il pas créé le Conseil supérieur de l'attractivité (CSA) déroulant ainsi le tapis rouge aux investisseurs étrangers ?
L'exécutif est-il donc schizophrène ? Pas vraiment. Il faudrait être naïf pour penser que le gouvernement français est le seul au monde à agir ainsi. Les États-Unis libéraux ont bloqué le rachat de leurs ports ou de leur pétrole par des chinois. Tout dépend des entreprises ciblées par les investisseurs étrangers. S'il s'agit d'entreprises stratégiques ou de pépites potentielles, l'exécutif n'hésite pas à montrer les dents. Plusieurs outils sont à sa disposition : l'Agence des participations de l'État (APE) et Bpifrance Investissement, au sein duquel le Fonds stratégique d'investissement (FSI) a été dilué.
Mais quand le second souffre d'un défaut majeur - une force de frappe limitée de 14 milliards d'euros constituée de participations apportées par l'État et la Caisse des dépôts - le premier, rééquilibrage des comptes publics oblige, a revu sa doctrine d'investissement.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

En pleine affaire Alstom, Arnaud Montebourg a également fait étendre par décret le champ des secteurs qui relèvent de la procédure d'autorisation des investissements étrangers, afin que le gouvernement puisse « s'assurer que ces objectifs légitimes seront pleinement pris en compte par les investisseurs étrangers, qu'ils soient issus de pays de l'Union européenne ou de pays tiers ».
Jusqu'alors cantonné à 11 activités liées à la défense et à la sécurité, il s'appliquera désormais aussi à l'approvisionnement en électricité, gaz, hydrocarbures ou autre source énergétique, à l'exploitation des réseaux et des services de transport, à l'approvisionnement en eau, aux communications électroniques et à la protection de la santé publique. Des engagements spécifiques, des conditions pourraient leur être réclamés. Le texte donne aussi un droit de veto au ministre de l'Économie !
En revanche, dans les secteurs non sensibles, a fortiori quand de nombreux emplois sont en jeu, le gouvernement est plus accueillant. Arnaud Montebourg s'est prononcé en faveur d'un repreneur égyptien pour Pétroplus et s'est porté garant de l'algérien Cevital, le repreneur de FagorBrandt. Mais dans le dossier Ascometal, le repreneur français Franck Suplisson, avec des capitaux anglo-saxons, l'a emporté sur le brésilien Gerdau, peu connu il est vrai en France.
À lire également
L'attitude du gouvernement est-elle ambivalente ? Malgré certaines provocations dues au tempérament propre à Arnaud Montebourg, l'exécutif se veut surtout pragmatique, conscient du poids des investissements étrangers dans l'économie française. Aujourd'hui, les entreprises étrangères emploient deux millions de Français, représentent un tiers des exportations et 28% de la R&D tricolores. Selon l'Insee, 1.250 des 4.800 ETI recensées en France étaient sous le contrôle de groupes étrangers en 2011. L'Insee relève plusieurs différences entre ETI « étrangères » et françaises. L'une interpelle particulièrement : plus grandes et plus capitalistiques, les premières versent des salaires plus élevés, supérieurs de 25 % en moyenne à ceux versés par les secondes.
Nouveaux droits de douane : les États-Unis infléchissent leur offensive face à Bruxelles
« 2026 pourrait être la pire année depuis 2013 » : le pouvoir d'achat des Français va souffrir
« C’est le bon moment pour investir dans l'immobilier » : malgré la crise du logement, un nouveau fonds d'investissement se lance
Pêche : la transformation artisanale, une solution pour survivre ?