"Dans le dossier Alstom, la méthode employée par le gouvernement a été pertinente"

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Si Alstom n’avait pas été une entreprise compétitive, General Electric ne s’y serait pas intéressé, avance Xavier Timbeau, le directeur du Département analyse et prévision de l’OFCE
"Si Alstom n’avait pas été une entreprise compétitive, General Electric ne s’y serait pas intéressé", avance Xavier Timbeau, le directeur du Département analyse et prévision de l’OFCE (Crédits : DR)
Dans un entretien accordé à la Tribune, Xavier Timbeau, le directeur du Département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) commente le dénouement de l’affaire Alstom.

La Tribune - Quels commentaires vous inspire la méthode employée par le gouvernement dans le dossier Alstom ?

Xavier Timbeau - Elle me semble pertinente. General Electric ne se plaint pas, il me semble, de l'accueil réservé par le gouvernement français. Certaines activité d'Alstom étant sensibles, il me semble logique et bien utile que l'exécutif défende les intérêts économiques et stratégiques de la Nation.

Mais cette attitude ne tranche-t-elle pas avec la volonté de l'Elysée de dérouler le tapis rouge aux investisseurs ?

Il faut distinguer les activités stratégiques de celles qui ne le sont pas.

Il n'y a donc pas de risque que les investisseurs étrangers se détournent désormais de la France ?

Je le répète, l'état major de General Electric est très satisfait de l'accord trouvé. Par ailleurs, ne soyons pas naïfs. Pensez-vous une seconde que le gouvernement américain resterait les bras croisés si un investisseur chinois ou européen tentait de s'emparer d'une entreprise américaine appartenant à un secteur sensible ?

Ce rachat d'une partie des activités d'Alstom symbolise-t-il la perte de vitesse de l'industrie française ?

Bien au contraire. Si Alstom n'avait pas été une entreprise compétitive, General Electric ne s'y serait pas intéressé. C'est parce que l'entreprise dirigée par Patrick Kron est un leader mondial sur certains segments, qu'elles possèdent des technologies uniques qu'elle a suscité des convoitises du géant américain. Ce sont pour les mêmes raisons que Mittal a jeté son dévolu sur Arcelor. Ne soyons pas défaitiste, la France et ses voisins européens n'ont pas à rougir en matière de compétitivité face au reste du monde.

Et pourtant, une partie des activités d'Alstom est passée sous pavillon américain…

Ce n'est pas de la faute d'Alstom. Si Alstom a cédé du terrain dans le domaine des turbines à gaz, c'est simplement parce qu'il n'y pas de marché européen pour cette technologie.

Pour quelles raisons ?

Le prix du carbone s'est effondré ! Résultat, même si les émissions de CO2 sont bien importantes, la production d'énergie en Europe dépend davantage du charbon que du gaz. S'il y avait eu une politique industrielle qui permette l'émergence d'un marché européen des turbines à gaz dynamique, en lien avec la transition énergétique que beaucoup appellent de leurs vœux, Alstom aurait eu des débouchés pour ses turbines. Ce n'était pas le cas. Ce marché étant solide aux Etats-Unis, il était particulièrement judicieux pour General Electric de se pencher sur le dossier Alstom.

Pour quelle politique industrielle européenne plaidez-vous ?

Le succès d'Airbus est très éclairant. C'est parce que le constructeur aéronautique a pu bénéficier des commandes des compagnies européennes qu'il a atteint une taille critique lui permettant de partir à la conquête du monde et de concurrencer Boeing. Il ne s'agit pas de faire l'interventionnisme pur et dur, notamment dans la gouvernance des entreprises, mais de garantir leur développement en leur donnant accès à un marché européen porteur.

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a écrit le 25/06/2014 à 8:21 :
Le scandale dans cette affaire c'est la participation complétement inutile de plus de 2 milliards de l’état français.
alstom n'en profite même pas puisque l'argent va à bouygues.
Avec l'état de nos finances l'argent serait plus utile par exemple pour accompagner la réforme des territoires ou désendetter le pays.
Reste un espoir: revendre cette participation quand l'action sera au plus haut.
a écrit le 24/06/2014 à 14:17 :
Analyse pertinente et mesuree. Ca change de fiorentino et consorts
Réponse de le 02/08/2014 à 13:12 :
Pas surpris de votre satisfaction. L'OFCE est vendu. Depuis deux ans il est en pâmoison devant la politique économique du gouvernement. M'étonne pas que la France est le malade de l'Europe !!!
a écrit le 24/06/2014 à 10:35 :
Après les dernières conclusions de Patrik Kron, cet article mériterait la réflexion, ni aberrante, ni atterrante du Fiorentino d'hier.
a écrit le 24/06/2014 à 10:16 :
On écoute tout et son contraire dans cette affaire !
a écrit le 24/06/2014 à 9:55 :
au final le gagnant c'est le pdg d'alstom qui est conforté dans son projet initial.
Le vrai perdant c'est montebourg qui il y a encore un mois souhaitait un "airbus" de l’énergie avec siemens.
Pour faire passer la pilule fh et vals ont pris une participation dans ge qui ne change en fait pas grand chose et une demande de création de 1000 emplois dans un secteur en plein boom, ce qui ne devrait pas être difficile à tenir( de toute façon les amendes prévues sont dérisoires par rapport à cette affaire).
Bref beaucoup d'agitation pour en fait revenir au point de départ. A si j'oubliai: bravo à Bouygues !
Réponse de le 24/06/2014 à 10:31 :
LA seule chose de positive dans cette affaire, c'est que le montebourgeois a enfin fermé sa g., cessé son concerto tonitruant permanent, et a l'air d'avoir laissé bosser ceux qui savent faire... ca change :-)
a écrit le 24/06/2014 à 9:46 :
l'analyse vient bien d'un fonctionnaire à la botte du gouvernement
il suffit de regarder le moins 4 % d'alstom d'hier et le moins d'aujoud'hui pour voir que la realité est tout autre
Réponse de le 24/06/2014 à 9:51 :
L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) est un centre indépendant de recherche, de prévision et d'évaluation des politiques publiques créé en février 1981 à l'initiative du Premier ministre Raymond Barre par l'État au sein de la Fondation nationale des sciences politiques1.
Réponse de le 24/06/2014 à 11:20 :
Donc les agents de l'OFCE ne sont pas payé par l'Etat?

Baliverne!! Comme toutes les agences de l'Etat, Hollande comme ses prédécesseurs s'en sert pour donner un vernis technique et professionnel à son inconséquence économique.
Réponse de le 24/06/2014 à 13:26 :
L'OFCE est un organisme indépendant... financé par le budget du premier ministre...
a écrit le 24/06/2014 à 9:38 :
en lisant cet interview, difficile de ne pas penser à l'interdiction de l'exploitation du gaz de schiste en France et en Europe. Sur que ça n'a pas aidé Alstom à se développer ...
Réponse de le 24/06/2014 à 9:49 :
A cet instant , compte tenu de la technique ,accepteriez vous un forage dans vôtre jardin?
Réponse de le 24/06/2014 à 12:23 :
Mais la technique a évoluée, et devient beaucoup moins dommageable écologiquement. Tenez vous au courant, bientôt, avec cette nouvelle technique (injection de gaz liquide au lieu d'eau chargée chimiquement), je pense que très prochainement, on reparlera de l'exploitation du schiste en France. Ce qui nous permettra d'assure notre avenir énergétique en attendant que les ENR deviennent vraiment performantes...
Réponse de le 24/06/2014 à 12:30 :
Vivant à Pékin, je vis déjà dans un forage! Je ne prend pas spécialement parti, mais il est clair que les politiques énergétiques européennes (ou leurs absences) n aide pas beaucoup notre industrie!

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