Alstom : chronologie du marché conclu entre Bouygues et l'État

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La France se donne du temps pour acheter au meilleur prix les 20% de capital qu'elle convoite.
La France se donne du temps pour acheter au meilleur prix les 20% de capital qu'elle convoite. (Crédits : reuters.com)
Le feuilleton Alstom, dont le dénouement est imminent, tient en haleine les milieux industriels et politiques et les marchés financiers depuis fin avril, mais avait en fait débuté à l'hiver. Récapitulatif des principales étapes.

Le feuilleton Alstom, dont le dénouement est imminent, tient en haleine les milieux industriels et politiques et les marchés financiers depuis fin avril, mais avait en fait débuté à l'hiver. En voici les principales étapes:

  • Février: des discussions sont engagées

À Paris, des réflexions tous azimuts sur l'avenir d'Alstom sont en cours. Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a initié une "revue de réflexion des orientations stratégiques" sur le groupe, comme il l'expliquera plus tard, et s'est fait remettre mi-février un rapport du cabinet de conseil Roland Berger.

Le patron de Siemens Joe Kaeser rencontre celui d'Alstom Patrick Kron, des discussions sont engagées également entre Alstom et General Electric.

  • 24 avril: GE offrirait plus de 13 milliards de dollars

L'agence de presse Bloomberg affirme que le conglomérat américain General Electric est en discussions avancées pour racheter Alstom pour "plus de 13 milliards de dollars". Alstom déclare "ne pas avoir été informé" d'une offre d'achat.

  • 25 avril: vigilance du gouvernement

Le ministre de l'Économie, Arnaud Montebourg, annonce que le gouvernement "travaille à d'autres solutions" pour Alstom, et affiche sa "vigilance patriotique". Le cours de Bourse d'Alstom est suspendu à la demande de l'Autorité des marchés financiers.

  • 26 avril: une offre concurrente de Siemens

Des informations de presse font état d'une offre concurrente de Siemens. Une rencontre entre le Premier ministre Manuel Valls, Arnaud Montebourg et le patron de GE Jeffrey Immelt prévue le 27 avril est annulée.

  • 28 avril: "l'État a son mot à dire"

François Hollande affirme que "l'État a forcément son mot à dire". Son choix ne dépendra que qu'un "seul critère": l'emploi.

Le gouvernement allemand déclare voir dans une fusion entre Siemens et Alstom une "grande chance".

  • 29 avril : Siemens confirme le dépôt d'une offre sur Alstom

Siemens confirme le dépôt d'une offre sur Alstom à condition d'accéder aux comptes de l'entreprise, et se laisse un délai de quatre semaines. Le conseil d'administration d'Alstom se prononce pour l'offre de General Electric, sans fermer la porte à d'autres offres non sollicitées.

  • 5 mai: le gouvernement rejette "en l'état" l'offre de reprise de la branche énergie d'Alstom par GE 

Il lui propose de l'améliorer en cédant ses activités transports au groupe français.

  • 7 mai: "Nous n'agirons que quand nous saurons ce que nous voulons", dit Joe Kaeser.

Le week-end précédent, Patrick Kron avait répondu au groupe dans une lettre aux accents "revêches", selon la presse allemande.

  • 14 mai: GE est "le meilleur projet industriel"

Dans une interview à Paris Match, la ministre de l'Écologie et l'Énergie Ségolène Royal estime que l'offre de GE est "le meilleur projet industriel".

  • 15 mai : le "décret Alstom"

Le gouvernement étend avec le "décret Alstom" un mécanisme datant de 2005 permettant de protéger les entreprises stratégiques d'appétits étrangers, en soumettant à autorisation préalable du ministre de l'Économie les investissements dans certains secteurs.

  • 11 juin: offre conjointe de MHI et Siemens

Siemens dévoile avoir invité Mitsubishi Heavy Industries (MHI) à faire une offre avec lui sur Alstom.

  • 16 juin: dépôt d'une offre formelle

MHI propose de former plusieurs coentreprises pour les branches de turbines à vapeur, réseaux électriques et turbines hydrauliques, dans lesquelles Alstom resterait majoritaire. Le tandem prend des engagements sur l'emploi, comme GE.

Manuel Valls déclare que le gouvernement "n'a aucune préférence". Mitsubishi réclame une entrée de l'État au capital d'Alstom au moins à hauteur des 10% qu'il est lui-même prêt à racheter.

  • 19 juin: General Electric présente une offre améliorée

La valorisation est inchangée mais Alstom conserverait des parts dans certaines activités, et reprendrait l'activité de signalisation de GE. L'État français aurait un droit de veto dans une coentreprise 50-50 de turbines à vapeur.

  • 20 juin: Mitsubishi et Siemens améliorent à leur tour leur offre

La nouvelle mouture valorise le pôle énergie à 14,6 milliards d'euros, selon eux. Les patrons de GE, Siemens et MHI sont reçus à l'Elysée.

Dans la foulée, Arnaud Monteboug annonce que l'État prend position pour l'offre de General Electric sous certaines conditions, et qu'il entrera au capital d'Alstom à hauteur de 20% afin que l'État puisse exercer "sa vigilance patriotique".

En revanche, sa validité reste suspendue aux négociations entre l'État et Bouygues.

  • 22 juin: L'État trouve un accord avec Bouygues pour entrer au conseil d'administration d'Alstom

Une entrée qui se fera dès que l'alliance avec General Electric sera finalisée. La France se donne du temps pour acheter au meilleur prix les 20% de capital qu'elle convoite.

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Commentaires
a écrit le 24/06/2014 à 9:46 :
Triste de constater la perte de la maîtrise de la technologie d'Alstom créée en 60 ans d'histoire industrielle Française avec principalement EDF comme client.
Notre génération a participé à cette aventure humaine avec un idéal, mort a ce jour fatidique.
10Mds d'euros c'est cadeau, ce n'est même pas le CA annuel Alstom energie.Ce n'est pas faute d'avoir tenter de sensibiliser les grand public,nos élus et les médias...dans l'indifférence nous tombons dans la dépendance et la soumission sur nos moyens stratégiques majeurs car tous sont concernés. De plus les US vont se payer Alstom avec l'amende Paribas car pour eux la nation représente encore quelque chose et c'est tant mieux. Mais vive le FOOT.
L'avenir est plus que sombre, malgré un ressaut largement insuffisant nos gouvernants ne sont pas à la hauteur de la tache , l'opposition a engagé le processus de perte avec Bouygues... nous n'avons plus les moyens de défendre nos valeurs, lesquelles d'ailleurs
La France un pays de vacances au service des autres voilà ce qu'Itler avait prévu pour nous,il n'y a que 70 ans de retard.
a écrit le 23/06/2014 à 16:59 :
Contrairement à d'autres acteurs ayant pris un controle majoritaire sur une société française , ce n'est pas un fond de pension ou un hedge fund, GE est surtout une entreprise du même métier qu'Alstom, donc les échanges techniques seront sans doute fructueux et pour nous et pour eux , le savoir faire de GE n'a rien à voir avec celui de nombre de financiers qui font surtout beaucoup d'à peu prés ; d'ailleurs ils coopèrent déja d'aprés ce qui nous est dit ; passé le temps des négociations d'actions , le retour au concret sera peut être plus positif ; aprés tout les constructeurs automobiles anglais ont été pour certains racheté par des constructeurs non anglais et celà ne les empêche pas de produire des modèles à succés et de perpétuer des véhicules d'exception
a écrit le 23/06/2014 à 15:10 :
donc, si je comprend, le s20% qui'l fallait absolument acheter à Bouygues, on peut les avoir sur le marché..au prix marché...étonnant non ? d’ailleurs, du coup , on les achètera peut être à Bouygues. ou pas. on s'associer avec Siemens. ou pas; on veut pas de Ge. sauf si on est super content de lui laisser prendre le contrôle , direct ou de fait de 70% de la branche Energie d’Alstom (qui restera actionnaire passif des co-entreprises, si ils ne veulent pas les consolider..)...
a écrit le 23/06/2014 à 11:16 :
Combien Montebourg à touche en dessous de table pour cet accord?
N'ayez aucune illusion sur la recherche du bien pour la France.
a écrit le 23/06/2014 à 11:13 :
Maintenant il faudra regarder l'épaisseur es enveloppés. Tous les politiques sont à la manœuvre.
a écrit le 23/06/2014 à 10:56 :
Ceux qui ont des actions d'Alstom, pourraient les mettre à la vente pour 32 ou 33 €, la bourse étant en phase ascendante, certes modérée, mais sans être gênée par les dépits économiques.
Réponse de le 23/06/2014 à 11:18 :
Ne pas hésiter à vendre: l'état à toujours fait couler les entreprises qu'il prétendait gérer!

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