50 ans de la CFDT : que sont devenus les "gauchistes" ?

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La CFDT, deuxième syndicat français, fête ses 50 ans en assumant son réformisme.
La CFDT, deuxième syndicat français, fête ses 50 ans en assumant son réformisme. (Crédits : reuters.com)
La CFDT fête aujourd'hui ses 50 ans en présence notamment du Premier ministre. En un demi-siècle, la centrale syndicale est passée de la "lutte des classes" et "l'autogestion" à un réformisme assumé. Mais la CFDT s'inquiète de la politique pro-entreprises développée par le gouvernement.

La Confédération française des travailleurs (CFDT) fête ce mercredi 5 novembre ses 50 ans! Quelque 1.500 militants et cadres sont attendus cet après-midi à la Mutualité à Paris pour commémorer le passage il y a un demi-siècle de la CFTC à la CFDT, aujourd'hui deuxième syndicat français derrière la CGT et le premier en nombre d'adhérents (environ 860.000). Manuel Valls, le premier ministre, viendra également prononcer un discours.

Ce n'est que justice alors que la CFDT se pose depuis deux ans en fidèle partenaire de la majorité en place. Reste à savoir si la lune de miel va encore durer longtemps... Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, commence à montrer quelques signes d'exaspération envers la politique de l'offre et du « tout pour les entreprises » défendus par le Premier ministre.

C'est lors d'un congrès extraordinaire les 6 et 7 novembre 1964 au Palais des sports de Paris que, sous l'égide d'Eugène Descamps (décédé depuis), ce qui était alors la composante majoritaire de la Confédération françaises des travailleurs chrétiens (CFTC) a décidé de rompre avec la référence au christianisme tandis qu'une minorité a maintenu la CFTC.

Le CNPF inquiet de ce nouveau syndicat de "gauchistes"

La nouvelle CFDT « gauchise » son discours et prône ouvertement la « lutte des classes ». Elle se rapproche du Parti socialiste unifié (PSU) dirigé par Michel Rocard. Elle passe également des accords d'action avec la CGT. L'émergence de ce nouveau syndicat et son rôle durant mai 68 engendreront un grande crainte au sein du CNPF (l'ancêtre du Medef), davantage habitué a gérer les méthodes plus « traditionnelles » de la CGT.

En 1970, la CFDT prônera également « l'autogestion » des entreprises, un thème ardemment défendu par Edmond Maire, élu secrétaire général en 1971. Cependant, au congrès de Brest en 1979, constatant l'échec de l'Union de la gauche, le même Edmond Maire engage un changement de ligne et engage son syndicat dans un processus de « resyndicalisation » qui consiste en une prise de distance avec les partis politiques. La CFDT se recentre alors et se dirige progressivement vers un syndicat réformiste.

La nouvelle ligne réformiste crée de nombreux remous internes

Ce qui engendrera différentes crises internes. En 1988, juste avant son départ de la centrale, au congrès de Strasbourg , Edmond Maire lancera son fameux « dehors les coucous » - en référence à la minorité de « gauche » qui imitait le hululement durant son discours. De fait, une importante minorité quittera l'organisation pour créer le syndicat SUD.

En 1995, de nouveau, lors de l'élection de Nicole Notat au congrès de Montpellier, l'ambiance fût électrique. La première femme a prendre la tête d'une centrale syndicale était jugée trop réformiste. Et que dire quand, quelques mois plus tard, la même Nicole Notat apporta son soutien à Alain Juppé lors de son grand projet de réforme de l'assurance maladie et des retraites qui provoqua les grandes grèves de l'automne. Dès lors, Nicoale Notat deviendra la souffre-douleur préférée du patron de FO, Marc Blondel.

Rebelote en 2003 quand François Chérèque a soutenu la réforme Fillon des retraites au grand dam de la CGT. Là aussi, des milliers de militants quittèrent l'organisation. Mais la direction de la CFDT a maintenu sa ligne, assumant son réformisme et la nécessité de conclure des accords interprofessionnels avec le Medef. Ce qui est tojours le cas... Jusqu'ici.

La grand-messe, à laquelle participent également deux anciens Premiers ministres, Michel Rocard et Jean-Pierre Raffarin, s'ouvrira par un discours d'Edmond Maire. Trois autres ex-numéro un , Jean Kaspar, Nicole Notat et François Chérèque seront également présents.

Laurent Berger compte interpeler Manuel Valls

Invitant le Premier ministre, Laurent Berger entend lui demander si "la démocratie politique reconnaît la démocratie sociale et le rôle du syndicalisme". Manuel Valls "a répondu présent, tant mieux", a affirmé le leader syndical, invité de l'Association des journalistes de l'information sociale (Ajis), mardi 4 novembre.

La CFDT, qui a tenu en juin son 48e congrès à Marseille, "est en bonne santé", a affirmé Laurent Berger "mais cela ne me satisfait pas, dans un contexte global, économique social et même politique très dégradé", a-t-il dit. Selon lui, la situation de la démocratie "est aujourd'hui grave", avec un Front national "très ancré", contre lequel le syndicat entend "agir".

Le leader de la CFDT qui depuis le début du quinquennat a approuvé les grandes réformes sociales- marché de l'emploi, retraites, formation professionnelle, pacte de responsabilité- a reconnu des "avancées" en matière de dialogue social depuis deux ans et demi.
Mais, "depuis quelque temps", le secrétaire général de la CFDT lance "des alertes" au gouvernement pour qu'il ne déséquilibre les rapports de force en faveur du patronat.
"Je dis stop quand le patronat demande une revoyure de la convention chômage ou un contrat de travail unique", explique Laurent Berger, alors que Manuel Valls verrait plutôt ces mesures d'un bon œil.

De même, Laurent Berger est très attentif au sort réservé au compte pénibilité prévu par la réforme des retraites et qui doit en partie se mettre en place à compter du 1er janvier 2015. Mais le dispositif reste très contesté par les trois organisations patronales Medef, CGPME et UPA qui déploient un important lobbying pour le reporter sine die.

"Dans le climat délétère aujourd'hui, on a besoin de plus de dialogue social", a prévenu le leader de la CFDT qui a exhorté le Premier ministre à mettre "sous pression le patronat" pour qu'il tienne ses engagements" sur le pacte de responsabilité.

"Je demande au Premier ministre d'être ferme", a insisté le leader syndical.
Depuis 50 ans, la CFDT reste fidèle à sa vision réformiste de "transformation sociale", toutefois "le contexte est différent", a-t-il souligné. "Sous les 30 glorieuses, il s'agissait de partager les fruits de la richesse" mais "aujourd'hui, avec 5 millions de chômeurs, la cohésion sociale est menacée".

Il n'empêche que la CFDT est inquiète de la dérive social-libérale du gouvernement Valls. Elle espère que les résultats économiques vont bientôt venir. Sinon, la centrale risque de payer cher - électoralement, mais aussi en perte de militants - sa trop grande proximité avec le pouvoir.

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Commentaires
a écrit le 05/11/2014 à 18:57 :
Des spécialistes de la négociation,la CFDT irait jusqu'à négocier le poids des chaines aux pieds des salariés ...Surtout ne rien faire pour contrarier ceux qui s'empiffrent politiques et grands patronats;;;
a écrit le 05/11/2014 à 18:46 :
ils sont devenus socialistes du ps
a écrit le 05/11/2014 à 17:17 :
Que sont devenus les gauchistes ? Ils se sont installés à tous les postes de la bureaucratie et bloquent toutes les réformes.
Réponse de le 05/11/2014 à 19:32 :
Très juste, Architruc. De toute façon, la France est peuplé de communistes qui se plaignent dès qu'on leur ôte un petit million ridicule.
Un peu de grandeur, que diable. Qu'est-ce qu'un million à l'heure actuelle..?? Plus RIEN!
a écrit le 05/11/2014 à 15:40 :
"aujourd'hui deuxième syndicat français derrière la CGT et le premier en nombre d'adhérents (environ 860.000)." Comment pourrait il être deuxième en ayant le plus d'adhérent ? Quels sont donc les critères secrets de classement des syndicats de gauchistes ?
Réponse de le 05/11/2014 à 15:53 :
Parce que c'est le résultats aux élections professionnelles (où la CGT arrive première) qui est pris en compte, pas le nombre d'adhérents.
Merci de lire La Tribune.
Respectueusement
a écrit le 05/11/2014 à 15:29 :
La CFDT courroie de transmission du gouvernement
Nous ne les entendons plus depuis l'arrivée du nouveau gouvernement si ce n'est pour approuve
a écrit le 05/11/2014 à 14:53 :
Pourquoi voulez-vous avoir des syndicats puissants: avec cinq millions de chomeurs, et surtout compte tenu de l'importance de l'innovation, qui laissent travail, voire capital, impuissants: le travail n'est plus Rien, le capital n'est pas limitant (pour financer de bons projets), et le travail s'est délocalisé à faibles coûts.. le chomage va continuer à monter..
a écrit le 05/11/2014 à 14:49 :
Notat a été la fossoyeur de la CFDT et par contre-coup a participé à l'affaiblissement des syndicats.Le Medef mériterait des syndicats plus durs avec un retour de la lutte des classes. A u train où ça se dégrade, les beaux jours des grandes centrales devraient revenir.
Réponse de le 05/11/2014 à 18:19 :
le retour des grandes centrales ? meme pas en reve !
a écrit le 05/11/2014 à 10:26 :
J'ai milité 25 ans dans la CFDT !
Aujourd'hui j'ai honte et j'ai la naussée en regardant ces gens trahir les salariés
a écrit le 05/11/2014 à 9:01 :
La cfdt n'est pas un syndicat c'est un parti syndical!
a écrit le 05/11/2014 à 8:43 :
LA C F D T A PERDU SA NOTORIETE QUANT AVEC NICOLE NOTAT ELLE A PRETENDUE SE PASSE DES MILLITANTS ET SYNDIQUES? EST VOULOIR AVOIR AUPRES D ELLE QUE DES PROFESIONNELS??????????????? C EST A PARTIR DE LA QU ELLE EST DEVENUE UN LABORATOIRE D I DEE POUR LES GOUVERNEMENTS?CE SYNDICAT A PRIS LE MAUVAIS CHEMIN EN SE COUPENT DE LA CLASSE OUVRIERE???

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