Les chefs d'entreprises doivent-ils retourner à l'école  ?

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Les chefs d'entreprises doivent-ils retourner à l'école ?
Les chefs d'entreprises doivent-ils retourner à l'école ? (Crédits : Reuters)
C'est l'une des recommandations d'un rapport rédigé par les économistes du Conseil d'analyse économique (CAE) pour fluidifier l'accès du crédit aux PME. L'affacturage inversé ou le fichier positif sont également des solutions recommandées.

Mais que font les banques ? Depuis 2008, la frilosité des établissements bancaires et la mise en place de règles prudentielles très strictes pour prévenir les défauts de paiement sont régulièrement avancés pour expliquer l'augmentation des défaillances d'entreprises et, notamment, des plus faibles d'entre elles, les TPE et les PME. Depuis cette date, le nombre des défaillances a bondi de 25% en moyenne pour atteindre les 60.000 par an environ.

Pour tenter d'y voir plus clair sur ce sujet polémique, le Conseil d'analyse économique (CAE) a publié ce lundi une étude sur le crédit aux PME. Premiers constats, le faible dynamisme des prêts aux PME s'explique en grande partie par les perspectives de croissance limitées de l'activité, qui réduisent les besoins d'investissement, et non pas par un resserrement brutal de l'accès au crédit ; ce sont, sans surprise, davantage les TPE et les petites PME qui ont des difficultés d'accès au crédit bancaire, crédit qui assure en moyenne 60% de leur financement ; enfin, les financements de trésorerie sont plus délicats que les financements d'investissement.

Dans ce contexte, bien connu, quelles solutions préconisent le CAE sachant qu'un certain nombre de mesures ont d'ores et déjà été lancées depuis 2008? Citons notamment la création de la médiation nationale du crédit, de la médiation des relations inter-entreprises, de la médiation des marchés publics, la mise en place d'un cadre juridique limitant à 60 jours calendaires les délais de paiement et le durcissement des sanctions contre les mauvais payeurs, ou encore, la création de la banque publique d'investissement (Bpifrance) qui compte, dans son arsenal d'outils et de dispositifs, une garantie des crédits de trésorerie abondée à hauteur de 500 millions d'euros.

Des mesures ciblées pour des difficultés ciblées

Estimant qu'il faut prendre des mesures « ciblées » pour des difficultés « ciblées », le CAE, après avoir écarté la solution de la titrisation jugée inadaptée aux TPE et aux petites PME, propose des outils assez simples et peu coûteux à mettre en place. Considérant que, de l'avis même des représentants des associations de PME, les difficultés financières des TPE s'expliquent en grande partie par un manque de formation financière de leurs dirigeants, et que la mauvaise anticipation des besoins en trésorerie et en capitaux propres est un facteur d'échec entrepreneurial, le CAE recommande de les sensibiliser aux risques d'occurrence de stress financier de l'entreprise et à l'importance de les gérer en amont. "Ce serait un moyen d'éviter que des problèmes de trésorerie non traités à temps ne se transforment en problème de solvabilité quelques mois plus tard ", estime Augustin Landier, professeur d'économie à la Toulouse School of Economics, l'un des auteurs de cette étude.

Concrètement, le CAE recommande la mise en place a minima d'une formation qui pourrait être par exemple développée en partenariat avec les banques ou les chambres de commerce. En permettant d'accompagner le dirigeant sur les sujets financiers, cette formation couvrirait les principes de base de la comptabilité et de la gestion de trésorerie, ainsi que les notions essentielles de fiscalité et de droit du travail, qui font partie intégrante du calcul de la solvabilité de l'entreprise.

Des cours en lignes pour les dirigeants d'entreprises ?

" Si des initiatives intéressantes existent dans ce domaine, leur diffusion spontanée est peu probable, notamment parce que peu d'acteurs y ont véritablement intérêt, tandis que les entrepreneurs n'en perçoivent pas nécessairement l'utilité ex ante. Les pouvoirs publics ont donc un rôle à jouer, en complément des aides à l'entrepreneuriat. Le développement du numérique laisse entrevoir des solutions de formation relativement peu onéreuses comme des cours et des tests en ligne », explique la note du CAE, rappelant que cette idée avait déjà été soumise par l'Observatoire du financement des entreprises.

 L'affacturage inversé

Ce n'est pas la seule proposition du CAE. Il suggère également de développer l'affacturage inversé afin d'assurer les PME contre le risque de délais excessifs de leurs grands donneurs d'ordres. Inexistant en France mais bien développé aux Etats-Unis, ce procédé consiste à demander au donneur d'ordre et non plus au sous-traitant de transmettre à la société d'affacturage les factures des fournisseurs qui ont autorisé leur transfert, et les informations nécessaires au suivi des risques.

" La société d'affacturage règle immédiatement les fournisseurs après déduction de l'escompte pour paiement comptant, puis l'affactureur reverse l'escompte obtenu à l'entreprise cliente qui le rémunère. Enfin, l'entreprise cliente paie à échéance les factures des fournisseurs à l'affactureur, selon un délai préalablement convenu ", explique le CAE. " L'Etat, les collectivités territoriales et les établissements hospitaliers publics pourraient montrer l'exemple en s'engageant sur cette voie ", suggère Jacques Cailloux, économiste chez Nomura, l'un des coauteurs de cette étude. Reste à savoir si la puissance publique et les grands donneurs d'ordre privés accepteront ce dispositif s'ils n'y sont pas incités, voire forcés.

 Plus de transparence

Autre mesure simple et jugée peu coûteuse par le CAE : l'accès aux données financières FIBEN produites par la Banque de France sur les entreprises françaises dont le chiffre d'affaires est supérieur à 750.000 euros. Pour mémoire, ces données donnent des indications précises sur le passif de l'entreprise, l'historique récent des incidents de paiement, et attribuent une note à l'entreprise qui vise à mesurer sa capacité à honorer ses engagements financiers à un horizon de trois ans.

Actuellement, ces données sont accessibles à l'ensemble des établissements de crédit, des sociétés d'assurance-crédit et d'assurance-caution et elles sont couvertes par le secret professionnel. Elles ne peuvent donc pas être communiquées à des tiers non autorisés. Le CAE recommande donc de fluidifier et de standardiser l'information concernant le risque financier des entreprises, sans donner d'avantage informationnel à certaines catégories d'acteurs, facilitant ainsi l'émergence d'un marché secondaire des prêts tout en favorisant l'innovation sur ce marché.

" Un accès plus large aux informations FIBEN pourrait par exemple permettre des ventes de prêts individuels des plus grosses PME, l'escompte de créances commerciales, entre autres, et ouvrirait l'analyse des produits titrisés à des acteurs aussi divers que des acheteurs potentiels ou des consultants offrant des prestations d'analyse. Plus généralement, cette solution élargirait l'analyse économique du marché du crédit aux PME ", avance Guillaume Plantin, professeur à Sciences Po Paris.

Le retour du fichier positif

Pour fluidifier l'accès au crédit bancaire pour les entreprises qui affichent un chiffre d'affaires inférieur à 750.000 euros, les trois auteurs recommandent la création d'un fichier « positif » qui permettrait de donner accès au crédit à des personnes qui en sont aujourd'hui exclus - parce qu'ils sont auto-entrepreneurs, sans qualifications... - bien que leur " historique " face au crédit soit irréprochable, c'est-à-dire que le dirigeant a toujours honoré ses factures en temps et en heure et remboursé à échéance ses emprunts. " Dans ce cas, il ne s'agit pas de discriminer, mais de valoriser des comportements vertueux ", explique Augustin Landier. Le Registre national des crédits aux particuliers ou " fichier positif " a été retoqué le 13 mars 2014 par le Conseil constitutionnel au titre du fait que beaucoup trop de personnes auraient été fichées à terme avec des données personnelles, sans que ce fichier puisse réellement atteindre l'objectif de départ : faire baisser le surendettement.

Et maintenant ? A quoi peut servir ce rapport ? La balle est dans le camp de Matignon, le rapport ayant eté remis à la directrice de cabinet de Manuel Valls.

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Commentaires
a écrit le 03/12/2014 à 18:24 :
Encore une nouvelle raison pour que les PME face rapidement faillites...
Pourquoi ne pas aider ces entreprises en leur offrant des services à la carte? Les entreprises qui ouvrent ferment essentiellement par manque de fond et de clients le temps de se faire connaitre... Alors pourquoi ne pas les aider dans ce sens là? Leur expliquer comment gérer leur argent ne sert à rien si ils n'ont pas de clients!
a écrit le 03/12/2014 à 8:05 :
Si les patrons retournent à l'école qu'ils se méfient du classement: la France serait déclassée au FT... avons-nous un problème congénital ou bien une maladie séculaire?
Nous pouvons recommander contre le crétinisme administré un séjour iodé en bord de mer: préférons-nous Cayenne ou bien Yeu?
Et pouvez-vous commenter le sondage Reuters sur une législative potentielle: il y aurait une réduction au cinquième...
a écrit le 02/12/2014 à 20:06 :
"Des cours en lignes pour les dirigeants d'entreprises"

En français, "des cours en ligne"

Cordialement
a écrit le 02/12/2014 à 17:34 :
oui si les prof vont en entreprise. Ils diront moins de bétises et de contre vérités
et les ministres , et les élus ( tous ) et le président surtout ( il redoublera)
et le clergé ils verront que l'argent des quêtes , du denier du culte etc... sont liés à des efforts de la part des pratiquants , bref tt le monde DOIT vivre qq mois dans un monde qu'il ignore .chiche?
a écrit le 02/12/2014 à 17:29 :
Pourquoi ceux qui pensent pouvoir être de bons patrons ne le deviennent pas? Quel fonctionnaire et quel salarié peut juger? La France se cherche le coupable: le patron qui, s'il n'est pas exploiteur est au moins incompétent et pourtant qui ose le remplacer? Ce pays est foutu car le peuple français est marxiste par mentalité. Quand les patrons auront disparu les français seront tous dans la vraie misère sauf les politiciens de gauche.
Réponse de le 02/12/2014 à 18:01 :
Il est de notoriété publique qu'en France il n'y a que le piston qui marche et ceci ne concerne pas uniquement les politiques ou les salariés.
Réponse de le 03/12/2014 à 8:36 :
"La France se cherche le coupable: le patron qui, s'il n'est pas exploiteur est au moins incompétent et pourtant qui ose le remplacer?" : Les héritiers des héritiers vu que les patrons semblent naître patron ("Quel fonctionnaire et quel salarié peut juger?")...
a écrit le 02/12/2014 à 17:03 :
Ce n'est pas une question d'instruction mais plutôt d'éducation qu'il est question. Qu'ils arrêtent de nous bassiner avec les charges patronales bloquant toute augmentation des salariés alors qu'il est si simple d'octroyer des primes...
a écrit le 02/12/2014 à 16:45 :
Retourner? Faudrait déjà y être allé! ^^
a écrit le 02/12/2014 à 16:35 :
Dans laquelle, on laisse entendre que les patrons ne sont pas trop doués , pas assez intelligent pour ne pas proposer la vente de l 'entreprise à leurs salariés s'ils en trouvent pas d'acheteurs , et où on traite plutot rudement leur seul et unique représentant syndical .
a écrit le 02/12/2014 à 16:18 :
Chaque mois je tiens à jour mon prévisionnel et ma trésorerie avec des tableaux de type Excel fait par mes soins. (Peu d’outils réellement adapté au TPE…trop coûteux)
Ouvert à toutes discutions je m’aperçois effectivement du manque de formation voir tous simplement culture financière de gérant des petites entreprises. Cependant, à décharge pour eux, je pourrais dire « à chacun son métier ». En effet beaucoup s’appuis sur le cabinet d’expertise comptable et financier pour cette partie du travail dont c’est finalement le job. Et la, cela devient souvent problématique avec à la clef une question financière conséquente. Les réponses sont rares et les erreurs fréquentes. Quant à nos chers banquiers qui manifestement incrimine le manque de culture des chefs d’entreprise !!! Je dois dire que je suis surpris. Lors de ma dernière présentation le responsable d’agence de taille respectueuse, très pro au demeurant, m’a demandé s’il pouvait conserver une copie de mon tableur afin de s’en servir pour d’autres clients !!
Finalement, es-ce bien un problème de formation ??? On budgétise avec un ratio pour passer le cap des 7 ans et tout le monde est ok. Qui aurait pu prévoir que la progression des charges serait inversement proportionnelle à celle du pouvoir d’achat des consommateurs.
Réponse de le 02/12/2014 à 17:21 :
Les experts-comptables sont en général de bons conseillers financiers mais de tres mauvais conseils stratégique ne connaissant en général rien au business model et aux marchés des entreprises clientes...Les banquiers eux sont des ogres d'information pour leur intérêt propre jamais celui de l'entreprise et peuvent aisément vampiriser une activité avec ce qu'ils ont appris.
Enfin une entreprise n'a jamais intérêt à communiquer ses données financières à des tiers non-soumis au secret professionnel..
Son concurrent en serait informé..
a écrit le 02/12/2014 à 14:01 :
excellente idée, ayant la tête dans le guidon, il est très difficile de se tenir au jus des dispositifs existants et des façons de rendre sexy un bilan
Réponse de le 02/12/2014 à 20:51 :
n'en fait trop regardés pas trop le guidon tu risques de prendre une gamelle si ce n'est pas déjà fait.

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