Christine Lagarde : "l'honneur de la politique est de traduire les discours en actes"

 |   |  919  mots
Ministre de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi depuis 2007. Cette avocate, qui fut longtemps au cabinet américain Baker & McKenzie à Chicago, est entrée en politique en 2005. Elle est alors ministre déléguée au Commerce extérieur, puis ministre de l'Agriculture et de la Pêche pour quelques semaines. Aujourd'hui, des rumeurs la placent à Matignon, comme successeur de François Fillon.

Christine Lagarde, vous êtes ministre de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi. « Le monde ne sera jamais plus comme avant », a-t-on beaucoup entendu. Partagez- vous ce diagnostic ?

Je préfère parler d'un monde qui change. La tâche d'un responsable public, c'est de veiller à ce que l'économie de marché, qui est le meilleur système pour créer des richesses, participe au bien-être collectif. Ce que nous venons de vivre depuis quelques mois est la crise de tous les excès de ce système : la cupidité, le développement non maîtrisé du crédit, l'opacité organisée des produits financiers. Eh bien, c'est en éradiquant au maximum ces dérives que l'on rendra au système son efficience et la possibilité de satisfaire cette exigence absolue qu'est l'intérêt général. Et que l'on redonnera à l'économie le stimulus nécessaire pour favoriser la croissance. Tout au long de cette crise, l'État s'est comporté comme pompier et comme architecte, en pensant à la croissance de demain Pour moi, le retour de la croisance et d'une croissance différente, durable et équilibrée, intégrant tous les apports des éco-technologies, est ce qui peut changer la donne. C'est à nos enfants qu'il faut penser.

Quels sont les traits de ce monde nouveau ?

La dimension de la crise a imposé la création d'un système de pilotage économique mondial plus inclusif. Aujourd'hui, nous avons une vraie tour de contrôle pour faire atterrir la mondialisation sur une piste mieux balisée. Le G20 réunit 85 % de la richesse mondiale. La conviction de la France, c'est que les pays développés Brigitte Taittinger, vous êtes PDG des parfums Annick Goutal. Rien ne sera plus comme avant, après la crise ? Pour déboucher sur un monde nouveau, il faudrait une vraie volonté de transparence et de redistribution. Une réelle volonté politique et des politiques. Or on constate de fortes résistances du monde ancien, cela ne se fait pas de façon naturelle ne peuvent plus prétendre gouverner seuls l'humanité. Le G7 n'est plus suffisant. Le G20, qui sert à dessiner les bases d'un système financier international plus sain et plus durable, doit être pérennisé. Avec d'abord plus de transparence : la lutte contre les paradis fiscaux est effective et efficace (150 signatures et des sanctions dès mars 2010). Plus de responsabilité collective ensuite : nous avons progressé pour établir des règles du jeu communes en matière de normes prudentielles et comptables. Les règles de Bâle 2 seront appliquées partout et dans les principaux centres financiers dès 2011, ce qui est un pas essentiel. Un retour au principe de réalité enfin : la rémunération des opérateurs de marché doit être connectée à leur performance et à la solvabilité de la banque, les bonus seront encadrés, et incluront un bonus-malus, ce qui est vraiment une révolution culturelle pour nos partenaires anglo-saxons. Cela, nous le devons à la position pionnière de la France et au volontarisme sans faille du président de la République.

Quels sont les nouveaux risques ?

Le retour au « business as usual » nous est interdit. Que ceux qui pensent que les décisions politiques du G20 et spontanée. Les gouvernements se heurtent à des lobbies puissants, comme l'est le monde de la finance. La tenue de trois G20 depuis un an montre qu'il y a une ambition de départ forte, mais il y a encore peu de résultats concrets. Le choc de la crise a été tel que beaucoup de gens ont accepté, en paroles, de se remettre en question. Mais en acn'auront pas d'impact soient rassurés : le G20 a des résultats concrets sur la vie des entreprises. Et, dans quelques jours, je prendrai un arrêté en matière de contrôle interne dans les banques, qui permettra d'inscrire dans le droit français les nouvelles règles relatives à la gouvernance, la transparence et l'encadrement des rémunérations des opérateurs de marché. En matière de lutte contre les paradis fiscaux, nous aurons, d'ici à la fin de l'année, des mesures de renforcement de la législation fiscale à l'égard des juridictions non coopératives de la liste grise de l'OCDE qui n'ont pas signé d'accord d'échange de renseignements avec la France. Et encore un projet de loi sur la régulation financière et bancaire. L'honneur de la politique, c'est de traduire un discours en actes !

Des leçons de la crise n'auraient-elles pas été tirées ?

Si la récession est terminée, nous ne serons pas définitivement sortis de la crise tant que la situation de l'emploi ne sera pas améliorée. Il reste l'objectif premier de mon action politique. Je crois, en tant que femme, que l'exercice du pouvoir et des responsabilités n'est pas d'user toujours des mêmes compétences mais de développer sensibilité, sens du consensus et persuasion ; ce sont autant de qualités très utiles dans les négociations. Peut-être pourrions-nous faire évoluer nos comportements, en profitant de ce recadrage auquel nous oblige la crise. De ce point de vue, le rapport de la commission Stiglitz nous invite à penser la vie économique et à mesurer la valeur autrement, à replacer l'humain au coeur du projet d'entreprise. En clair, à raisonner en termes de qualité de vie au travail pour allier épanouissement personnel et performance économique. Voilà qui est un vrai objectif autant qu'un défi !

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 24/02/2013 à 20:44 :
Aide la France a devenir une puissance mondiale, dans le meilleur jeu de strategie où tu peux etre militaire, homme politique ou d'affaires, à toi de choisir, á toi de jouer. http://tinyurl.com/FranceWorldPower
a écrit le 27/10/2009 à 15:54 :
Cupidité: Recherche immodérée du gain, des richesses.

comment contrôler cet exces ? en nous éduquant je suppose. Reste à voir la méthode employée : plus de taxes irait à l'encontre de la politique néolibérale. A défaut de taper dans le porte monnaie, faudra songer à nous taper dessus, physiquement j'entends, aprés nous avoir prévenu, bien sur, que ne pas obéir signifirait qu'on a choisit notre camp. Comme disait si bien l'autre : si vous n'etes pas avec moi, vous etes contre moi.

cordialement
Réponse de le 19/10/2013 à 14:46 :
c'est une americaine
Madame Desgranges professeur de philosophie

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :