Dominique Reiniche : "la croissance d'une entreprise dépendra de ce qu'elle rend à la planète"

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Diplômée de l'Essec, Dominique Reiniche s'est formée au marketing et à la stratégie chez Procter & Gamble puis au sein de Kraft Jacobs Suchard avant de rejoindre Coca-Cola Entreprise, premier embouteilleur de boissons de la gamme Coca- Cola, puis The Coca-Cola Company, dont elle est aujourd'hui la seule femme membre du comité exécutif Monde. Elle préside Coca- Cola Europe (près de 50.000 collaborateurs dans 38 pays).

Dominique Reiniche, vous présidez Coca- Cola Europe. Selon vous, le monde sortirat- il différent de la crise ?

La crise financière paraît peut-être derrière nous, mais la crise économique est encore très forte. Et devant nous, se profilent la crise sociale et sociétale. Le chômage va continuer à monter. En Espagne avec un taux qui tend vers les 20 %, c'est toute la société qui souffre. Les plans de relance seront limités dans le temps, car les États ne peuvent pas continuer à creuser les déficits publics. Je suis sûre que l'on ne vivra plus jamais de la même façon. Avec le développement de grands pays comme la Chine et l'Inde, il est devenu évident que les ressources de la planètes seront limitées. La tension que nous avons connue sur les prix des matières premières, juste avant la crise financière, était un avertissement. On ne reviendra pas en arrière. Les entreprises qui gagneront seront celles qui sauront mettre le développement durable au coeur de leur stratégie. Et pas question bien sûr de « verdir » leur image pour faire un coup. C'est plus profond et c'est vraiment stratégique. Nous devons tous apprendre à croître et à vivre différemment.

Comment traduisez-vous cette conviction dans l'entreprise ?

C'est à travers notre vision globale 2020, impulsée par notre CEO Muthar Kent, que tout cela se traduit déjà en action. J'ai la conviction que le droit à la croissance va dépendre de ce que l'entreprise va pouvoir rendre à la planète, et à toutes les parties prenantes, collaborateurs, consommateurs, clients, etc. La crise environnementale avait commencé bien avant la crise financière, qui n'a fait qu'accélérer la rupture d'un mode de développement qui n'est plus tenable. Avec l'Association européenne des boissons sans alcool, l'Unesda, nous avons pris trois engagements dans le cadre de la Plate- forme européenne pour la santé lancée par Bruxelles : accélérer le développement de notre gamme de boissons pour offrir toujours plus de choix, notamment sans sucres et sans calories ; arrêter toute publicité sur les écrans TV regardés majoritairement par des enfants de moins de 12 ans; et ne plus vendre nos produits dans les écoles primaires, ce qui était encore le cas dans plusieurs pays européens,sauf en France où nous n'avons jamais été présents. Et nous faisons mesurer nos progrès chaque année par des instituts indépendants. Comme mère de famille et comme chef d'entreprise, les questions sociétales de santé publique me préoccupent au quotidien : mon credo, c'est l'équilibre alimentaire, l'information et l'éducation. Tous les produits sont bons : seul l'excès est condamnable. Sur ces sujets-là, comme sur tous les autres, les pouvoirs publics et les acteurs économiques vont devoir fonctionner beaucoup plus en collaboration et moins en confrontation. C'est pourquoi la cause des femmes m'importe, et pas seulement par esprit d'équité. Les femmes, plus consensuelles, se doivent de participer davantage au leadership des entreprises et de la société parce que hommes et femmes, ensemble, constituent un « cocktail particulièrement créatif ».

La pression exercée sur les managers par l'exigence de rentabilité va-t-elle changer ?

Autant nous devons mieux faire savoir que les entreprises créent de l'emploi, de l'activité, et coopèrent avec la société toute entière, autant nous allons devoir accélérer nos actions sur la préservation de l'eau, le recyclage des emballages, la mesure de l'empreinte carbone, pour créer davantage de richesses et de bienêtre social en émettant toujours moins de CO2. Mais comment tout cela va influencer l'évolution du capitalisme, il est trop tôt pour le dire.

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Commentaires
a écrit le 27/12/2009 à 12:38 :
Croyez-vous qu'il reste des cerveaux encore disponibles à vos promesses de bonnes pratiques? Êtes-vous à ce point amnésique sur votre passé social et environnemental en particulier dans les pays pauvres?

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