Egypte : Mohamed El Baradeï est-il un recours crédible ?
Xavier Harel
Xavier Harel
Mohamed El Baradeï tient sa revanche. Revenu en février 2010 en Egypte après trois décennies passées à l'étranger, l'ancien directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avait appelé au boycott de la future élection présidentielle si la Constitution n'était pas remaniée pour permettre des candidatures indépendantes comme la sienne. En vain.
Depuis son deuxième retour, vendredi au Caire, l'ancien diplomate, aujourd'hui âgé de 68 ans, est devenu la figure incontournable d'une opposition qu'il entend fédérer. S'il n'a pas manifesté mardi, Mohamed El Baradeï s'affiche résolument auprès des manifestants. Il a accusé le président de recourir à la "tactique de la peur". De violents accrochages ont en effet éclaté mercredi entre partisans du président Hosni Moubarak et manifestants qui réclament son départ sur la place Tahrir au Caire, faisant une dizaine de blessés, sans que l'armée présente sur place n'intervienne.
Depuis, cet avocat de formation devenu universitaire et diplomate international a redonné du souffle à la jeunesse contestataire du pays, séduite par son image d'indépendant, étranger à la corruption du pouvoir égyptien et reconnu sur la scène internationale. Sensible au charme de la France, il a acquis, il y a trois ans, une maison à La Romieu, dans le Gers.
Un lourd handicap
Mais, après avoir fait l'essentiel de sa carrière à l'étranger, Mohamed El Baradeï souffre d'un lourd handicap dans sa volonté d'incarner l'alternative à Hosni Moubarak : il reste un quasi-inconnu dans son pays. Dans un pays où une grande partie de la population lutte contre la pauvreté, Mohamed El Baradeï, musulman laïc, moderniste, occidentalisé, peut apparaître comme déconnecté des préoccupations quotidiennes de ses concitoyens.
A ses détracteurs, Mohamed E Baradeï peut opposer un CV garni, qui l'a vu passer du ministère égyptien des Affaires étrangères à la tête de l'AIEA, obscure agence onusienne qui se retrouva avec lui sur le devant de la scène internationale tout au long de douze ans de mandat, marqués par les crises irakienne, nord-coréenne et iranienne.
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En 2003, alors que les Etats-Unis s'apprêtaient à renverser le régime de Saddam Hussein accusé de détenir des armes de destruction massive, il réfute devant l'ONU les "preuves" apportées par les émissaires de George W. Bush (Colin Powell et Donald Rumsfeld). Il reproche à l'administration Bush d'avoir décidé seule l'intervention militaire, sans tenir compte des travaux de l'AIEA. Reste à savoir si ses averstissements seront cette fois davantage entendus ?
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