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ÉconomieInternational

Libye : « Il faudra au moins un an pour relancer toute la production pétrolière »

Propos recueillis par Eric Albert, à Londres

Publié le 29 mars 2011 à 17:18 - Mis à jour le 29 mars 2011 à 17:32

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Interview de Samuel Ciszuk, spécialiste du pétrole chez IHS Energy. Selon lui, contourner les sanctions contre la Libye est un problème-clé bloquant les exportations de pétrole par les rebelles libyens. Le Qatar pourrait servir d'intermédiaire.

Les rebelles contrôlent désormais une large partie des puits de pétrole de l'est de la Libye. Ils affirment pouvoir reprendre rapidement les exportations. Est-ce crédible ?

Le premier problème à régler est d'ordre légal. Les Etats-Unis et l'Europe ont imposé des sanctions et il faudrait les supprimer. Mais les Etats-Unis semblent avoir trouvé une parade élégante. Ils affirment, via un officiel anonyme du Trésor cité par Reuters, que « les rebelles ne font pas partie du gouvernement libyen et ne sont pas sujets aux sanctions ». Cela semble contourner le plus gros problème.
Cependant, il faut rappeler que mettre en place des sanctions est souvent rapide, mais que les retirer prend beaucoup plus de temps. C'est particulièrement vrai aux Etats-Unis, qui n'ont enlevé que l'an dernier les sanctions contre l'Irak, alors même que c'était eux qui avaient envahi ce pays.

L'Europe a aussi imposé des sanctions très précises, en nommant des entreprises et des personnes avec qui le commerce est interdit. Cela peut-il être levé ?

L'Europe pourrait suivre les Etats-Unis. Cependant, l'un des soucis potentiels est la reconnaissance du Conseil National de Transition par la France. Une telle reconnaissance en fait donc le gouvernement libyen, et les sanctions s'appliqueraient.

Le Qatar a proposé de servir d'intermédiaire. Cela pourrait-il être une solution pour reprendre les exportations ?

D'après l'opposition libyenne, le Qatar a proposé d'acheter le pétrole libyen avant de le revendre au reste du monde. Cela permettrait de rassurer les entreprises pétrolières mondiales, qui risquent d'être inquiètent de travailler avec les rebelles libyens, les détails légaux des sanctions demeurant flous. Qatar est un pays souverain, qui pourrait servir d'intermédiaire très utile.

Même si la légalité des exportations n'est pas un problème, qu'en est-il des exploitations ? Sont-elles utilisables rapidement ?

Les rebelles affirment être capables d'exporter 100000 barils par jour d'ici une semaine. Je suis très sceptique. D'abord, il faut faire revenir les professionnels les plus qualifiés, qui sont tous partis, que ce soit les étrangers ou les Libyens. Or, les faire revenir alors que les combats continuent plus à l'ouest sera difficile. De plus, il y a des risques de pillage de certains équipements, ou tout simplement des voitures et des camions qui sont nécessaires sur place. Enfin, certains puits ont pu être endommagés s'ils ont été éteints trop rapidement. La vérité est que personne ne sait avec certitude la vitesse à laquelle les exploitations peuvent reprendre.

Quels sont vos pronostiques ? Comment de temps avant une reprise des exportations ?

Il paraît possible que les rebelles puissent exploiter et exporter environ 100000 barils par jour d'ici quelques mois. Les exportations pourraient se faire par le port de Marsa El-Harigh, situé à l'extrême est du pays, d'autant que le pipeline vers ce port semble intact. Mais quand les rebelles affirment qu'ils peuvent facilement monter à 200/300000 barils, ce n'est tout simplement pas réaliste.

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Pour mémoire, avant la crise, la Libye exportait 1,4 million de barils par jour en moyenne. Pour l'instant, les exploitations dans l'ouest ne sont pas au contrôle des rebelles. Même dans un scénario parfait, si Kadhafi s'exilait demain, le processus pour tout relancer serait laborieux. Il faudrait au moins trois à six mois pour revenir à un niveau raisonnable, et plus probablement un an pour vraiment tout relancer.

Propos recueillis par Eric Albert, à Londres

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