Pour sortir "vraiment" de la crise !

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Par Olivier Lecomte, professeur de finance à Centrale Paris.

Ce n'est pas simplement l'enchaînement de crises majeures depuis l'automne 2008 qui engendre en Europe un sentiment général de désarroi. C'est plutôt l'impression que l'on patauge, que l'on rafistole, sans vraiment régler les problèmes. Sur la dette souveraine par exemple, pas une semaine ne passe sans dégradation supplémentaire de la note des États les plus exposés, suivie de l'annonce de nouvelles mesures de soutien et d'austérité. Le citoyen européen est capable, autant que les autres, de réagir face à une crise, de faire le gros dos et d'avaler le purgatif, quitte à faire la grimace, pour rebondir ensuite. Mais comment supporter que, sans discontinuer depuis près de trois ans, on lui diagnostique de nouveaux maux ? Là réside une différence considérable avec les Etats-Unis. Ceux-ci ont su, quitte à jouer avec le feu, prendre en 2008 des mesures massives (comme les 700 milliards déboursés en 24 heures pour sauver AIG) afin d'entreprendre ensuite une lente guérison.

A Londres, on a vu ce week-end des manifestations d'une ampleur rare, l'Irlande va de nouveau faire parler d'elle cette semaine à cause de la situation désespérée de ses banques, le Portugal s'enfonce dans une crise politique, en France le médiateur de la république parle de syndrome de "burn out" et les élections, ici et en Allemagne, montrent un haut niveau de défiance vis-à-vis des pouvoirs en place. Le chômage sévit et la jeunesse subit plus que toutes les autres composantes de la population l'effet de la crise et du mal-être. Entendre qu'à l'autre bout du monde la croissance demeure robuste et que l'expansion continue ne soulage pas mais renforce au contraire le sentiment que nous avons construit un monde hypersophistiqué, interconnecté, en mouvement accéléré, qui aujourd'hui nous échappe et nous laisse sur le bord du chemin. Beaucoup ont le sentiment que la plupart des problèmes sont, comme les réacteurs de Fukushima, hors contrôle.

La France rentrera dans quelque mois en période électorale, et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce sera une échéance à haut risque. Si la surenchère politique, alimentée par le caractère presque mystique que possède encore la fonction présidentielle, pousse les concurrents à prétendre détenir des solutions simples et indolores, le réveil sera pénible. A contrario, un discours "churchillien" a peu de chances de séduire : cela fait déjà trois ans que les électeurs ont le sentiment de lutter, et les inégalités internes grandissantes ne portent pas à la solidarité dans l'effort, mais au contraire à des frustrations de plus en plus profondes, les différentes composantes du corps social rejetant sur les autres l'absence de progrès. S'agrégeant dans une société dont les forces de cohésion se sont distendues depuis une trentaine d'années - le modèle républicain laïc appuyé sur l'accès universel à l'éducation, la valorisation de la culture par rapport à la richesse clinquante, le service de l'Etat - les fractures sont loin de se réduire.

Quel programme donc ? D'abord, il devra assurément être frappé au coin de la lucidité et du réalisme. Ensuite, il faudra ne pas prétendre tout résoudre simultanément et éviter les injonctions contradictoires. Des choix drastiques devront être faits, en recherchant la concertation avec nos partenaires européens, quitte à emprunter des sentiers non orthodoxes. La dette d'abord, quitte à bousculer les marchés et la BCE, l'éducation et le chômage des jeunes ensuite, quitte à bousculer les syndicats, et enfin le logement, avec un plan de construction majeur. Supprimer les niches fiscales pour retrouver une marge d'investissement qui ciblera les domaines porteurs de croissance, oser la flexi-sécurité, secouer les statuts protégés...

Il faudra faire, massivement, ce qui est nécessaire pour guérir, pas juste ce qui est possible. C'est ça le rôle de la politique en temps de crise : rendre le nécessaire possible.

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a écrit le 04/04/2011 à 15:10 :
Un peu juste comme analyse qui rejoint le point de vue americain d'une relance à tout va.Avec une petite difference entre eux et nous ;eux peuvent faire fonctionner comme ils le veulent la planche à billet,la fed etant devenue le premier créancier de l'etat americain et comme le dollar est roi il ne serrait s'effondrer.Aux usa l'argent est quasi gratuit on se demande meme si ils ne vont pas inventer les taux d'interets negatifs.Leurs modes de vie (particulier et etat)ne sont pas negociables, au reste du monde de payer la note et ils font la gueule parce que l'on ne suit pas leur voie ce qui les arrangeraient doublement.Bousculer les marchés en gardant notre triple A?Qui peut le croire!....Seule la croissance guerrira nos maux mais il faut du temps on en reparlera dans cinq ans.Comment contez vous bousculer les syndicats vis a vis du chomage des jeunes(en 1993,il a atteint 3 millions de chomeurs on en est loin)Derriere les syndicats il y a les syndiqués ,et derriere les syndiqués les salariés qui peuvent les envoyer sur les roses(c'est le cas de le dire).Vous donnez aux syndicats un pouvoir qu'ils n'ont absolument pas suivant la maxime"les syndicats proposent,les salariés disposent".Vous etes surrement un économiste idéaliste mais les experts et spécialistes qui conseillent et forgent la decision des politiques sont beaucoup plus pres des réalités que vous les économistes ,beaucoup plus pres heureusement.
a écrit le 04/04/2011 à 12:51 :
17 millions de gens dans la "mouise", et il parle de guérison.
avoir supprimé l'assurance chômage pour eux est l'erreur magistrale
à ne pas faire dans une démocratie....
tout le monde sait que le pleine emploi est une foutaise..
la tactique politique consistant à régner sur 2/3 des électeurs style USA
en laissant le reste sur le trottoir, ligoté par une montagne de réglementation
ne laisse aucune alternative à la subsistance...
enfin vient le moment ou l'honneur trouve sa véritable signification pour ceux
qui n'ont plus rien à perdre, et la bonhomme! t'as intérêt à dégager le terrain.
a écrit le 04/04/2011 à 11:41 :
"Là réside une différence considérable avec les Etats-Unis. Ceux-ci ont su, quitte à jouer avec le feu, prendre en 2008 des mesures massives (comme les 700 milliards déboursés en 24 heures pour sauver AIG) afin d'entreprendre ensuite une lente guérison." : Mort de rire, encore un pseudo économiste (professeur en plus!) 3000 Milliard de dollars de planche à billets (2 QE) + ceux qui vont suivre pour masquer la dure réalité de la chute d'un empire qui vit sur le dos des pays occidentaux depuis 40 ans : c'est ça la lente guérison ou la chute finale !!!. Et toujours les mêmes remèdes, je suis d'accord avec vos remèdes, mais ils sont toujours dans un seul sens : c'est aux gens de payer et de se remettre en cause et non aux multinationales, aux politiques, aux journalistes aux pseudos économistes ....
Réponse de le 04/04/2011 à 23:26 :
excellent commentaire !
je suis tout a fait d'accord avec vous !!!

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