L'Europe souffre d'une "stagflation" d'un nouveau genre

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Si les prix des matières premières continuent à augmenter, ce n'est pas la déflation qui menace, mais la stagflation : inflation et croissance faible. Par Patrick Artus, directeur des études économiques de Natixis

Depuis le début de la crise, en 2007, le consensus des analystes a tantôt prédit que l'Europe (et aussi les États-Unis) allait tomber en déflation, tantôt que l'inflation revenait. La déflation, c'est-à-dire une situation de stabilité voire de baisse des prix et de croissance économique faible, due à des taux d'intérêt réels (corrigés de l'inflation) beaucoup trop élevés, est attendue après les chocs défavorables (faillite de Lehman Brothers, crise des dettes publiques dans la zone euro). L'inflation survient lorsque les politiques monétaires deviennent très expansionnistes (en particulier lorsque la Réserve fédérale a mis en place le « Quantitative Easing », des achats massifs d'actifs financiers payés par la création monétaire) et lorsque les prix des matières premières augmentent. Nous pensons que l'hésitation peut être aujourd'hui entre la déflation et la stagflation, c'est-à-dire une situation d'inflation élevée associée à une croissance faible, situation déjà observée par exemple à la fin des années 1970. Il semble clair que la croissance ne peut être forte en Europe : la politique budgétaire devient partout restrictive ; le crédit aux ménages n'est reparti qu'en France et en Italie ; la situation financière des entreprises est fortement dégradée en France, en Italie, au Portugal, en Grèce.

Il apparaît bien sûr de grandes différences entre pays : l'Allemagne et ses voisins profitent de la capacité des entreprises, très profitables, à accroître les salaires et les investissements, de leurs parts de marché importantes dans les pays émergents et exportateurs de pétrole. Les autres pays de la zone euro et le Royaume-Uni sont dans une position plus difficile. Globalement, on doit atteindre à peine plus de 1 % de croissance en 2011 et 2012 en Europe. Au-delà de ces facteurs de croissance faible (réduction des déficits publics, désendettement...), la hausse des prix des matières premières va jouer un rôle central.

Si les prix des matières premières n'avaient pas augmenté, l'Europe serait évidemment en déflation. Le niveau élevé du chômage conduit à un ralentissement des hausses de salaires : le salaire nominal par tête n'augmente plus que de 1,5 % sur un an au Royaume-Uni comme dans la zone euro ; dans certains pays (Espagne, Grèce, Irlande), le freinage est spectaculaire. Les coûts salariaux unitaires (salaires corrigés des gains de productivité) sont en baisse au Royaume-Uni (? 1 % sur un an) et dans la zone euro (? 0,5 %). Si les prix des matières premières étaient stables, l'inflation en Europe tendrait dangereusement vers 0 et il faudrait que les banques centrales prennent des mesures d'urgence (création monétaire rapide... ) pour éviter la déflation.

Mais on observe au contraire une progression de l'inflation : 2,4 % dans la zone euro, 4,4 % au Royaume-Uni, qui ne vient absolument pas des coûts salariaux mais de la hausse des prix des matières premières. Si les prix de celles-ci continuent à augmenter, ce n'est donc pas la déflation qui menace, mais la stagflation : inflation et croissance faible. Il s'agit d'une stagflation très particulière où l'inflation est totalement importée et non domestique. La seule possibilité pour y échapper est un recul des prix des matières premières.

Même si les investissements financiers jouent un rôle, l'essentiel de la hausse des prix des matières premières depuis le début de 2009 est dû à la forte progression de la demande mondiale pour celles-ci : + 4 % sur un an pour le pétrole, + 6 % sur un an pour les métaux, ce qui vient largement de la forte consommation de matières premières dans les pays émergents et exportateurs de pétrole (+ 5 % pour un an pour le pétrole, + 10 % sur un an pour les métaux). Pour que ces prix de produits de base retournent à la baisse, il faudrait que la croissance mondiale repasse sous 2,75 %, donc la croissance des émergents inférieure à 4 %. Ce scénario paraît très improbable. Certains s'inquiètent de la hausse des taux d'intérêt dans les pays émergents. Mais il faut rappeler que la politique monétaire y reste très expansionniste. Si le taux d'intervention moyen des banques centrales y est aujourd'hui de 6 %, la croissance en valeur est de 12 % : il faudrait 6 points de hausse des taux d'intérêt pour que la politique monétaire des émergents devienne restrictive.

Le scénario central est donc celui de la « stagflation bizarre » : croissance faible, inflation due aux prix des matières premières et pas aux coûts salariaux. Cet équilibre de « stagflation bizarre » a des conséquences très désagréables : recul du pouvoir d'achat des salariés (inflation alors que les salaires nominaux sont affectés négativement par le chômage), donc recul de la consommation et retournement à la baisse de l'immobilier ; hausse des taux d'endettement, puisqu'il y a perte de revenu avec le prix plus élevé qu'il faut payer pour les matières premières ; dilemme pour les banques centrales : que faire face à une stagflation qui n'a pas de cause domestique et qui de plus va réduire la consommation ?

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Commentaires
a écrit le 03/05/2011 à 10:55 :
Ce monsieur devrait faire les courses ou faire des travaux ou regarder l'évolution des prix en France, en Europe et dans le monde. Le 1er juillet 2011, le timbre-poste augmente de 2 centimes. ce ne sont que 2 centimes mais par rapport au prix actuel de 58 centimes, cela représente 3.4 % d'augmentation.
a écrit le 11/04/2011 à 15:25 :
Des commentaires quelque peu excessifs à l'égard d'un économiste reconnu et somme toute assez prudent. Cette mesure paraît plutôt sensée et équitable (A contrario l'OCDE propose d'augmenter la TVA, impot inégalitaire...). Le problème est que les plus riches résiteront (comme Khadafi avec son pouvoir) à se laisser ponctionner 70 milliards sans réagir...Batailles en perspective.
a écrit le 10/04/2011 à 17:09 :
bonne analyse mais le nerf de la guerre est dans le ventre des gens (population trop forte au regard de l?énergie que cela demande ) Et l'autre bout du nerf c'est la de socialisation des individus dans les pays riches ainsi que leurs santé physique (première génération à être en moins bonne santé que la précédente....)
Pour dire que les bombes à retardement sont posées et donc l'inflation est garantie à mon avis!!!
a écrit le 10/04/2011 à 14:04 :
Je comprends mieux apres avoir lui cet article pq le departement s appelle "etude" - effectivement, vu le niveau...Cher Mr; Artus, concentrez vous sur les solutions potentielles, ce sera probablement plus interessant que ces vues bateau. à bon entendeur, salut
a écrit le 10/04/2011 à 13:43 :
c est mr artus qui avait ecrit en 2008 en couverture d un hebdomadaire economique :
LA CRISE EST FINIE
continuez a lui faire confiance
Réponse de le 11/04/2011 à 11:28 :
En effet, comme la plupart des analyste financiers ou pseudos économistes comme le président de la FED , il ne comprend absolument rien :
Il confond effet et cause, l'inflation ne vient pas de l'augmentation du prix des matières premières, mais des quantitative easing (c'est à dire de la planche à billet) et des taux aux ras des pâquerettes. Les banques ont à leurs dispositions de l'argent gratuit offert généreusement par les banques centrales pour que ces banques puissent se référent sur l'argent du contribuable. L'argent qui ne peut s'investir sur les actions (car elles ne valent rien, comme les obligations) ni sur les monnaies comme le Dollar (ou papier chiot) dont la valeur est inversement proportionnel à la vitesse des rotatives. Ils ne restent aux investisseurs, que les matières premières et alimentaires dont on ne peut se passer comme investissement solides, ayant comme conséquence les révolutions dans les pays arabes (et non pas par un désir nouveau de démocratie comme veulent nous faire croire les journalistes ou ces pseudos expert d'économie)
a écrit le 10/04/2011 à 10:03 :
Avoir sur son CV Direction et NATIXIS sur la même ligne tout de suite ça discrédite..
a écrit le 09/04/2011 à 15:22 :
1) En quoi la baisse de l'immobilier est elle "très désagréable" ? Au contraire, c'est une excellente nouvelle pour tous ceux qui veulent se loger (mais c'est sans doute une nouvelle nouvelle pour les banquiers qui font leur beurre en prétant).
2) Je suis surpris de voir l'économiste en chef de Natixis se plaindre du "quantitative easing" et des politiques monétaires trop généreuses, de leurs conséquences désastreuses, alors que son prédécesseur passait son temps à réclamer des taux toujours plus bas. (il est vrai que ce prédecesseur voyait aussi le CAC à 7000 fin 2007 (dans une vidéo quelques semaines avant la crise des subprimes) ... hum hum quel vision).
a écrit le 09/04/2011 à 12:26 :
Ce triste personnage qui aurait mieux fait de s'occuper des affaires de sa boîte en faillite, nous prédisait la fin de la crise il y a 3 ans (Challenge). Depuis, il mouline des commentaires de moins en moins éclairés (à vrai dire qui ne l'on jamais été). Il veut nous faire croire à un marché efficient alors que tout le monde sait que nous sommes dans un monde de cartels, à commenser par celui du pétrole, dont chacun peut faire la liste rapidement. Ils représentent plus de 70 % de l'éconiomie. Comment continuer à justifier le "libéralisme" dans ce contexte ... à moins de vouloir tromper la vraie ménagère encore peu portée sur cette économie dont nous parlons mais bien sur celle parcimonieuse de ses sous. Mais résumons : si la France est sortie de la crise, qui est en fait une dépression, en octobre 2010, ce n'est pas le cas de ses voisins de commerce ni des USA à qui il reste 16 mois durs. Pétrole et matières premieres servent alors d'amortisseurs afin d'afficher une croissance si peu positive et éviter ainsi l'écroulement. L'ajustement se fait secteur par secteur en fonction des plans antérieurs en fin de programmation comme la PAC. Par contre, pour nos grands champions : tout va bien!
a écrit le 09/04/2011 à 10:17 :
las carrotas son cuitas

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