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"Nous pourrions avoir besoin de nouvelle immigration"

Propos recueillis par Gaëlle Lucas, à Madrid

Publié le 27 avril 2011 à 08:16 - Mis à jour le 27 avril 2011 à 08:18

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18 juillet 2026

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Dans un entretien exclusif à La Tribune, la Secrétaire d'Etat espagnole à l'Immigration et l'Emigration, Anna Terron, explique la donne migratoire actuelle en Espagne. "A moyen terme et à long terme, les projections démographiques européennes étant très basses, cela n'aurait pas de sens que des personnes bien intégrées en Espagne en partent maintenant si nous avons besoin de nouvelle immigration dans le futur." dit-elle.

La Tribune: Quel impact sur l'immigration peuvent avoir les changements au Maghreb?

Anna Terrón: En Espagne, il n'y a pas eu d'impact de ces phénomènes. Nous-mêmes avons eu une transition politique vers la démocratie précédée de décennies d'émigration espagnole et nous savons que quand les gens ont l'espoir de pouvoir construire dans leur pays un futur meilleur, ils ne partent pas. Notre priorité est donc que les transitions vers la démocratie du monde arabe arrivent à bon port. En second lieu, nous voulons être prêts pour la possible arrivée de personnes en raison de l'instabilité. On est loin d'assister à des mouvements massifs. La situation aux frontières espagnoles est normale mais le gouvernement est paré à toute éventualité.

Comment expliquer cette entrée « non massive » d'immigrants des pays arabes en Europe?

D'abord, il y a là-bas une connaissance plus profonde de la réalité de la situation en Europe et sur le fait qu'en ce moment ce n'est pas facile ici non plus. L'autre facteur, c'est le système de coopération que nous avons établi avec ces pays. D'abord, nous travaillons ensemble sur la consolidation des voies d'immigration régulière. En ce moment, elles sont inexistantes, non pas à cause du changement de pouvoir, mais parce que nous ne pouvons pas assurer un emploi à ces personnes. D'autre part, cette coopération passe par le contrôle du trafic de personnes et des frontières.

L'Espagne demandera-elle, comme l'Italie, l'aide de l'UE en cas d'arrivée massive de réfugiés ?

Nous avons toujours plaidé pour une solidarité européenne dans ce domaine, financière et de contrôle des frontières. Nous avons beaucoup avancé en ce sens. Quant à la somme à apporter, l'évaluation doit être faite par la Commission européenne.

Que pense l'Espagne du débat sur l'espace Shengen des derniers jours ?

Pour le gouvernement espagnol il est essentiel que ce débat ait lieu dans le cadre de l'Union Européenne (UE), et de façon européenne, sans décisions unilatérales. L'UE a des voies et canaux pour gérer ces situations.

L'arrivée d'immigrants irréguliers en Espagne a baissé de moitié en 2010. Dans quelle mesure la crise économique joue-t-elle ?

La baisse drastique de l'immigration irrégulière n'est pas spécialement le fruit de la situation économique bien que cela joue aussi. Elle a commencé à baisser de façon spectaculaire avant la crise, dès 2008 et 2009. Nous avons créé un système positif de relations avec d'autres pays de lutte contre la criminalité, le trafic des êtres humains et de contrôle des frontières. Nous avons déployé le SIVE (Système Intégré de Vigilance Extérieure), renforcé les missions de Frontex (organisme européen de coordination de contrôle des frontières. Ndlr). Tout ceci a été accompagné d'entrées moins nombreuses et d'un taux d'accidents moindre. Nous allons continuer sur cette voie.

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Le règlement d'application de la loi sur "l'extranéité" de décembre 2009 est censé faciliter les retours " volontaires" des immigrés à leur pays d'origine. Pourtant, le programme « Retorno » en place depuis 2008 ne semble pas avoir connu un franc succès...

Tout d'abord, je ne crois pas que le programme fonctionne mal, au contraire. Ce programme n'essaie pas du tout de générer une fuite de l'Espagne. C'est un élément de plus pour accompagner un mouvement volontaire de personnes : il y a des gens qui viennent de pays où la croissance est de 7,5%. Il leur apparaît donc sensé de chercher de nouvelles opportunités dans leur pays. D'autres pensent qu'ils ont tout simplement fait leur temps en Espagne. Nous voulons juste accompagner ces décisions. Déjà 30.000 personnes ont souscrit au programme "Retorno". Si on multiplie ce nombre par les membres de leur famille, on arrive à une quantité notable de personnes. Et nous sommes au courant de la sortie de bien d'autres personnes qui sont parties sans profiter du programme.

Quel avenir pour les immigrés sans emploi restés en Espagne et qui souvent travaillaient dans le secteur, désormais en panne, de la construction ?

Ils bénéficient des mêmes services d'aide à l'emploi que les citoyens espagnols. Ce dont ils ont besoin, c'est de formation. L'Espagne n'aura plus besoin d'autant de main d'?uvre non qualifiée que pendant les années du boom économique, spécialement en ce qui concerne les emplois masculins comme ceux de la construction.

Le départ d'Espagne est-il une solution ?

Cela dépend de qui et cela dépend beaucoup de l'évolution économique et du parcours de vie de chacun. A court terme, oui. A moyen terme et à long terme, les projections démographiques européennes étant très basses. Cela n'aurait pas de sens que des personnes bien intégrées en Espagne en partent maintenant si nous avons besoin de nouvelle immigration dans le futur.

Quel modèle devrait adopter l'Union européenne selon l'Espagne?

Avec la vague d'immigration des années 2000, l'Espagne a dû monter une politique d'accueil de ces personnes en très peu de temps. Elle l'a fait de façon très décentralisée parce que nos politiques sociales sont aux mains des mairies et des communautés autonomes. Nous n'avons pas eu le temps d'établir un modèle. Simplement, la musique qui nous parvenait de la politique d'intégration du reste de l'Europe n'était pas une mélodie de succès. Nous nous sommes plus basés sur l'individu que sur les collectifs. Le risque que comporte le fait de considérer selon les facteurs religieux ou culturels un groupe de personnes dans lequel il peut y avoir autant de diversité que dans notre propre population est très important. La somme de ces deux facteurs nous a fait approcher la question de l'accueil des immigrés de façon très pratique (Un modèle basé sur le marché du travail : l'immigration a été très élevée pendant le boom économique et sa hausse est moindre maintenant que les besoins en emplois ont baissé ; ndlr). Le succès ne signifie pas qu'il n'y ait pas de problèmes. Toutefois, en Espagne, ils restent peu nombreux.

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En Europe, nous avons identifié trois domaines d'action : l'éducation, l'insertion socio-professionnelle et, en dernier lieu les quartiers. Nous ne pouvons pas permettre que certains quartiers échappent à notre contrôle et deviennent des zones d'exclusion sociale. Chez nous, ce sont les mairies qui déterminent les actions à mettre en place dans ce contexte.

Le modèle espagnol a-t-il plus de succès qu'ailleurs en Europe ?

Notre histoire est plus courte que celle des autres. Nous sommes en train de passer le test maintenant que nous sommes en crise.

Est-ce un succès ?

Je n'ose pas être aussi optimiste ! (rires). Mais il est certain que le modèle fonctionne dans les moments difficiles et les moins difficiles.

Propos recueillis par Gaëlle Lucas, à Madrid

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