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ÉconomieInternational

Angela Merkel prise au piège de ses promesses fiscales

Romaric Godin, à Francfort

Publié le 29 juin 2011 à 07:53 - Mis à jour le 29 juin 2011 à 08:00

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Pour favoriser ses alliés libéraux du FDP, la chancelière leur a promis une baisse "conséquente" de l'impôt sur le revenu. Mais ni son ministre des Finances, ni les Allemands n'en veulent et la manœuvre semble périlleuse.

Angela Merkel joue avec le feu fiscal. En cédant la semaine passée à la vieille exigence de baisses d'impôt de son partenaire libéral, la chancelière espérait ainsi redonner du grain à moudre au FDP moribond dans les sondages. Car, sans ce parti, la CDU ne peut espérer conserver le pouvoir après les élections fédérales de 2013, fût-elle bien encore le premier parti du pays. La forte croissance que connaît l'Allemagne et ses effets bénéfiques sur les déficits publics pouvait présenter une fenêtre de tir idéal pour Angela Merkel pour satisfaire les Libéraux. Mais l'affaire semble tourner au vinaigre.

Car les Allemands, attachés à la stabilité financière, ne semblent guère alléchés par la perspective d'un allègement de l'impôt sur le revenu qui serait encore financé par un nouvel endettement public. Selon un sondage publié ce mercredi et réalisé par l'institut Forsa, seuls 19% des Allemands souhaitent une baisse d'impôts. 40% préfèrent que l'on se concentre sur la consolidation budgétaire, tandis que le même pourcentage de personnes interrogées réclame plutôt des investissements. Même chez les sympathisants libéraux, le refus des baisses d'impôts est majoritaire ! Autrement dit, l'effet électoral risque d'être minime. Dans le même sondage, le FDP gagnait ainsi un point à 5% des intentions de vote. Mais avec 37%, la coalition d'Angela Merkel compte encore dix points de retard sur l'alliance de centre-gauche entre les Verts et les sociaux-démocrates.

Mais si les projets fiscaux de la chancelière ne lui rapporteraient guère de voix, ils ont déjà semé la zizanie au sein même de son gouvernement. Car s'il en est un qui ne veut pas entendre parler de réductions d'impôts pour le moment, c'est le ministre des Finances Wolfgang Schäuble. Dimanche, dans le Bild am Sonntag, il a mis en garde ses collègues contre la tentation de faire naître des "espérances qui pourront donner lieu à de grandes déceptions". "Nous ne nageons pas dans l'argent, nous nous noyons bien plutôt dans les dettes", a-t-il enfin résumé.

Wolfgang Schäuble a deux bonnes raisons au moins de refuser tout accroc dans la consolidation budgétaire qu'il a entamé depuis un an. D'abord, dans le contexte de crise grecque, l'Allemagne, roc de confiance au sein de la zone euro, doit faire honneur à son statut et ne pas le fragiliser afin de ne pas fragiliser l'Europe entière. Ensuite, le ministre entend réussir son pari : ramener le déficit structurel de l'Etat fédéral (environ la moitié du budget de l'Etat allemand) à 0,35% du PIB en 2016. Or, malgré la rapide décrue des déficits cette année et l'an passée, ce déficit demeure aux alentours de 2% : il convient donc de ne pas relâcher l'effort de rigueur.

L'offensive de Wolfgang Schäuble, soutenue par une majorité d'économistes et l'opposition sociale-démocrate, qui lui a demandé de "poser son veto" à tout projet de baisse d'impôts, a provoqué la rage des libéraux. Leur chef, Philipp Rösler, lui-même ministre de l'Economie, a réclamé qu'on ne laissât pas passer "le bon moment pour les baisses d'impôts" et un député libéral, Otto Solms, a accusé le ministre des Finances de "brader les marges de man?uvre budgétaire", notamment en ayant accordé un soutien de 4 milliards d'euros aux communes. Bref, le ton monte et de vieilles ranc?urs renaissent. Car, en réalité, depuis les élections de 2009, la tension entre Wolfgang Schäuble et les libéraux, n'est guère retombée.

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D'ici à la présentation du projet de budget 2012, le 6 juillet, Angela Merkel va donc devoir trouver une solution. Sans doute va-t-elle jouer sur le montant de ces baisses d'impôts : le chiffre évoqué la semaine dernière de 10 milliards d'euros ne semble plus guère réaliste et les projets de grandes réformes fiscales pourraient également rester à l'état de théories. En début d'année, elle avait déjà tenté d'apaiser les exigences libérales par un petit paquet fiscal de 590 millions d'euros qui était passé assez inaperçu pour les contribuables. Mais il n'est pas certain que la man?uvre fonctionne une nouvelle fois. Déjà, mardi, son porte-parole avait voulu ménager la chèvre et le chou en assurant que, malgré les promesses fiscales, la consolidation budgétaire demeurait une priorité.

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En réalité, la situation de la chancelière est cependant incommode entre l'enclume Wolfgang Schäuble et le marteau libéral. Car Angela Merkel ne peut pas plus se priver de son ministre des Finances europhile qui joue un rôle déterminant dans le règlement de la crise grecque que de ses alliés du FDP. En rouvrant la boîte de pandore fiscale qui, fin 2009 et début 2010 avait déjà déchiré la coalition, la chancelière a, peut-être commis une erreur politique grave.

Romaric Godin, à Francfort

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