La taxation des riches au coeur des débats au Congrès américain

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Les démocrates préconisent un plafonnement des avantages fiscaux afin de ramener le taux d'imposition effectif des plus riches à ses niveaux de la fin des années 1990. Les républicains s'y opposent.

 « Je n'ai ni d'avocat fiscaliste, ni de niches fiscales, je fais simplement ce que le Congrès me demande... et pourtant je paie moins d'impôts que ma secrétaire ». Fiche d'imposition en main, Warren Buffett dénonçait en 2007 le système fiscal américain, trop favorable selon lui aux plus riches. Avec des revenus tirés en grande partie de dividendes - taxés uniquement à 15 % -, le milliardaire n'était cette année-là imposé qu'à hauteur de 17,7 %. Quand dans les locaux de sa compagnie, Berkshire Hathaway, le taux d'imposition moyen s'élevait à 32 %. Quatre ans plus tard, le troisième homme le plus riche du monde persiste : « les gens comme moi devraient payer beaucoup plus d'impôts », expliquait-il à nouveau fin novembre. Après les deux réformes fiscales menées dans les années 80 par Ronald Reegan, le taux d'imposition a fortement chuté aux Etats-Unis. Il culmine désormais à 35 %, pour les ménages gagnant au moins 400.000 dollars par an.

En échange de coupes drastiques dans les programmes sociaux - au risque de fâcher ses partisans -, Barack Obama espérait obtenir un compromis avec les républicains sur une hausse de 1.000 milliards de dollars des recettes fiscales sur dix ans. « Nous ne pouvons pas nous permettre de conserver toutes ces niches fiscales, avait alors expliqué le président américain. Si nous gardons celles dont bénéficient les millionnaires et milliardaires, les managers de fonds spéculatifs, les sociétés possédant des avions privés ou les compagnies pétrolières et gazières qui engrangent de gigantesques profits sans notre aide, alors nous devrons effectuer des coupes bien plus importantes ailleurs. » Jusqu'à présent intransigeants sur cette question, des républicains commencent à infléchir leurs discours. John Boehner, le président de la Chambre des représentants, s'était dit ouvert à certaines propositions. Avant de faire marche arrière et de militer pour un plan moins ambitieux, sans hausse d'impôts.

Le problème se focalise sur la taxation des ménages les plus aisés, gagnant plus de 250.000 dollars par an. Les démocrates préconisent un plafonnement des avantages fiscaux afin de ramener leur taux d'imposition effectif à ses niveaux de la fin des années 1990. Mais cette mesure est catégoriquement rejetée de l'autre côté de l'échiquier politique. « Il est temps que le président et les démocrates comprennent que plus de gouvernement et plus d'impôts ne sont pas la réponse à nos problèmes », renchérit le sénateur de l'Indiana, Dan Coats. Au contraire, cela risquerait de pénaliser une reprise déjà fragile et donc l'emploi, estiment les républicains.

« Les riches vont toujours vous dire : donnez nous plus d'argent, nous dépenserons plus et tout le monde en profitera, rétorque Warren Buffett. Mais cela n'a pas marché au cours de dix dernières années. J'espère que l'opinion publique commence à le comprendre. » « Le taux effectif moyen pour les contribuables déclarant plus de 1 million de dollars d'aujourd'hui, dépassait les 55 % dans les années 50 et s'élevait encore à 46 % en 1979 », explique l'Institute for Policy Studies, un think tank classé à gauche. En 2011, ce taux ne devrait s'élever qu'à 23 %, sous l'effet de nombreuses niches fiscales et des cadeaux fiscaux accordés sous la présidence Bush.

Selon un sondage publié en début d'année par 60 Minutes et Vanity Fair, la hausse de la taxation sur les hauts revenus est la solution privilégiée par 61 % des Américains pour réduire le déficit public. Au Congrès, cette piste n'est pourtant que rarement avancée. « 44 % des parlementaires sont également millionnaires », souligne le collectif des « Patriotic Millionnaires », dont la centaine de membres réclament, eux aussi, de payer plus d'impôts.

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