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ÉconomieInternational

La révolution économique du "Printemps arabe" reste à faire

Agathe Machecourt et Aline Robert

Publié le 20 octobre 2011 à 17:31 - Mis à jour le 20 octobre 2011 à 17:52

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La Tunisie organise dimanche ses premières élections depuis vingt-trois ans. Toute la région souffre d'un chômage accru, et les investisseurs hésitent à s'engager.

Dix mois après qu'un jeune marchand de fruits s'est immolé par le feu en signe de désespoir et de protestation, enclenchant les soulèvements populaires du « Printemps arabe », la Tunisie organise dimanche ses premières élections libres depuis 23 ans. Un vote qui n'est qu'une première étape : les électeurs doivent choisir entre 110 partis, et quelque 1.600 listes pour élire ceux qui formeront l'Assemblée constituante. Le taux de chômage a bondi jusqu'à 18 % cette année, et les investissements se sont taris: un coktail amer mais inévitable.

« L'économique et le politique ne peuvent qu'aller de pair. Un cadre économique et social apaisé est nécessaire à l'établissement d'une démocratie », explique Elyes Jouini, vice-président de l'université Paris-Dauphine et ancien ministre du gouvernement de transition tunisien, au printemps dernier. Si la route est longue, et les embûches nombreuses, la Tunisie s'en sort bien. Le Conseil National de Transition libyen a eu beau se féliciter de la disparition de l'ancien leader Kadhafi (lire en page 40), le pays pétrolier se retrouve exsangue après plusieurs mois de conflits et de bombardements, et aussi très divisé. En Egypte, les militaires ont succédé aux militaires : les conditions d'une transition démocratique restent lointaines, tout comme en Syrie où le bain de sang se poursuit depuis plusieurs mois.

Souvent à l'origine de la révolte sociale, le chômage s'est aussi, et sans surprise, accentué depuis l'hiver dernier dans toute l'Afrique du Nord alors que l'économie ralentissait. Le chômage des jeunes, qui représentent plus de la moitié de la population des pays du Maghreb, reste le principal enjeu de la région. La demande de main d'?uvre qualifiée n'a pas suivi l'effort réalisé dans les années 1970 par la Tunisie ou l'Egypte pour élever le niveau d'éducation de la population. Aujourd'hui, « aucune des économies n'est capable de trouver un modèle pour faire face à ce « tsumani » de jeunes travailleurs », remarque Samir Aïta, président du Cercle des économistes arabes.

Après avoir connu des régimes qui « captaient les rentes et bloquaient l'économie », le changement initié par les «révolutionnaires» est libérateur, reconnaît-il. Mais, pour lui, une aide financière extérieure sera nécessaire pour endiguer les problèmes structurels. Toutefois, la générosité des Etats européens qui doivent régler leurs propres problèmes financiers aura des limites.

En avril dernier, la France a contribué à une aide internationale en versant 350 millions d'euros via l'Agence française de développement (AFD), à la Tunisie. Mais cet effort finance des projets, alors que le pays a plutôt besoin d'un soutien budgétaire direct. « Pour 2012, le soutien de l'AFD risque d'être nettement inférieur à son rythme d'investissement pour 2009 et 2010 », estime Radhi Meddeb, PDG de Comete Engineering.

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Les pays du Golfe ont, en revanche, manifesté leur intérêt. Mais s'ils volent au secours des pays d'Afrique du Nord, les modèles de gouvernance risquent d'être éloignés des systèmes démocratiques auxquels aspirent les « révolutionnaires », selon Samir Aïta. Quoi qu'il arrive, il faudra du temps pour que la région retrouve une stabilité politique et économique: « 10 à 15 ans», selon le président du Cercle des économistes arabes.

Agathe Machecourt et Aline Robert

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