"Les partis tunisiens promettent des emplois sans expliquer comment les créer"

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Raddhi Meddeb, PDG de Comete Engineering, Président du think tank Ipemed, apporte son éclairage sur l'état actuel de l'emploi en Tunisie.

Comment l'économie tunisienne a-t-elle réagi à la chute du régime de Ben Ali ?

Sur les derniers mois, la situation économique et sociale est moins bonne qu'avant la révolution, mais c'est le prix à payer, pour toute transition ! Le principal problème qui frappe le pays, c'est que les investissements sont quasiment à l'arrêt.

Quels segments de l'économie ont-ils été affectés par la transition ?

Cette année, beaucoup d'industries ont été impactées par les revendications, légitimes, des travailleurs : les grèves se sont succédé. Mais ces problèmes, sociaux en apparence, cachent des enjeux politiques. Le secteur des phosphates illustre très bien le sujet. Cette industrie qui fournit beaucoup de ressources au pays, a été à l'arrêt la moitié du temps cette année pour cause de grèves qui ont été mal interprétées. Les mines se trouvent dans le bassin de Gafsa, qui a été totalement délaissé par l'Etat. La région est enclavée et n'a bénéficié d'aucun développement, d'aucune infrastructure. Et le tourisme a chuté de 50 %, mais on oublie souvent que le tourisme tunisien, assujetti aux tours-opérateurs, allait déjà mal avant les changements politiques.

Qu'en est-il de l'emploi ?

Le taux de chômage était de 13 % fin 2010, aujourd'hui il est de 18 %. Mais les vrais chiffres sont sans doute plus élevés car les modalités de calcul n'ont pas changé et actuellement les gens ne vont pas s'inscrire au chômage. L'économie informelle a progressé, les demandeurs d'emploi font des petits boulots. A mon sens, le chômage a été la première cause de la révolution, et la situation ne s'est pas améliorée. Les partis candidats aux élections promettent tous de créer des emplois, mais ils ne disent pas comment !

Que proposez-vous pour redresser l'économie tunisienne ?

Il faut changer la structure de l'économie ! Mon association Action et Développement Solidaire proposera le 10 novembre un programme économique aux partis élus. Il s'agit de 50 mesures à prendre durant les 100 premiers jours. La première concernera les jeunes: ce sont eux qui ont fait la révolution, à l'aide de réseaux sociaux. Nous proposons que l'Etat crée 10.000 emplois de jeunes diplômés qui iront former toute la population au web et à l'informatique.

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