Papademos succédera aujourd'hui à Papandréou

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C'est officiel. La présidence grecque vient de désigner Lucas Papademos comme Premier ministre d'un gouvernement intérimaire de coalition (comme annoncé dès dimanche dernier par la Tribune en exclusivité, voir lien ci-contre). Son gouvernement sera investi ce vendredi.

Le consensus a été trouvé. "Le nouveau Premier ministre mandaté" est Lucas Papademos a d'abord d'indiqué l'Agence de presse grecque Ana sur son site internet quelques minutes avant que l'annonce ne devienne officielle. Puis, la présidence a diffusé le communiqué suivant : Le "chef de l'Etat, sur proposition des chefs de partis politiques, a confié le mandat de former un gouvernement à Lucas Papademos". Ce dernier prêtera serment vendredi à 14h00 heure française, a annoncé mercredi la présidence grecque.

Le choix de l'ex vice-président de la Banque Centrale Européenne, 64 ans, est survenu après plusieurs heures de réunion des chefs de partis de droite, socialiste et d'extrême-droite, sous l'égide du président de la République. "Je suis convaincu que la participation du pays à la zone euro constitue une garantie de stabilité monétaire. Nous devons tous être optimistes quant à l'issue tant que nous ferons preuve d'unité", a déclaré Lucas Papadémos.

Il a ajouté qu'aucune date précise n'avait été arrêtée quant à des élections législatives anticipées en 2012, celle du 19 février n'étant, dit-il, qu'une préférence.

 Le Premier ministre grec, George Papandreou, a annoncé mercredi qu'il démissionnait pour ouvrir la voie à un nouveau gouvernement de coalition. Mais il n'a pas cité le nom de son successeur, lors d'une allocution télévisée à la nation. "J'adresse tous mes voeux de réussite au nouveau Premier ministre", a déclaré M. Papandréou

Envoyer un message fort

George Papandréou a estimé que le nouveau gouvernement "de consensus politique" allait lancer "un fort message" aux partenaires européens de la Grèce "que nous Grecs savons assumer nos responsabilités et coopérer". Il a également souligné que le choix de son successeur était "particulièrement institutionnel, ce qui renforce les institutions".

Mercredi, le gouverneur de la Banque de Grèce , Georges Provopoulos, a exprimé l'exaspération générale en Grèce face au risque de banqueroute rapide du pays, en soulignant que la formation "immédiate" du nouveau gouvernement était "impérative" pour "garantir l'avenir du pays dans la zone euro" et sauvegarder son système bancaire.

Il a aussi souhaité un "gouvernement fort" pour mettre en oeuvre le plan européen de désendettement adopté par la zone euro fin octobre et le surcroît d'austérité en découlant pour le pays. Deux importants ministres socialistes, Iannis Ragoussis aux Transports et Anna Diamantopoulou à l'Education, ont renchéri, mettant en garde contre le risque d'un compromis a minima avec des figures de second plan.

Mercredi, la presse criait grâce : "La Grèce est dénigrée à l'étranger et le peuple grec voit ses dirigeants politiques jouer avec son avenir", déplorait le journal libéral Kathimérini. Le quotidien socialiste Ta Néa dénonçait, lui, un "jeu byzantin", tandis que l'hebdomadaire en langue anglaise Athens News déplorait un "naufrage sans capitaine".

D'autant, soulignaient les journaux, que l'entrée de l'Italie en crise politique, elle aussi sous le poids de la dette, pourrait décourager encore plus les partenaires européens et créanciers de la Grèce de se démener en faveur de ce petit pays, maillon faible de la monnaie unique.

Le nouveau Premier ministre devra relever le défi d'accentuer l'austérité et réussir l'effacement de près d'un tiers des 350 milliards de la dette grecque. S'il disposera pour ce faire d'un soutien politique théoriquement élargi, il devra aussi compter avec d'inéluctables tiraillements internes, et préparer des élections anticipées pour février.

Un test de la future cohésion gouvernementale sera la présence, ou non, dans le nouveau cabinet de figures politiques conservatrices, alors que le patron de l'opposition de droite s'était jusqu'à présent refusé à soutenir l'austérité mise en oeuvre par le gouvernement socialiste de Georges Papandréou.

Antonis Samaras a aussi irrité Bruxelles en refusant mardi de s'engager par écrit à respecter les promesses d'économies budgétaires et de réformes conditionnant le deuxième plan de sauvetage européen. La zone euro réclame notamment ces garanties pour débloquer d'ici le 15 décembre un versement de 8 milliards d'euros sans lequel le pays sera en cessation de paiement.

L'Union européenne a besoin de plus que des "déclarations d'intention" pour résoudre la crise de la dette, a rappelé la chancelière allemande Angela Merkel. M. Papandréou a, lui, rassuré dans la matinée le président français Nicolas Sarkozy sur la formation "imminente" du nouveau gouvernement.

"IL SAIT CE QU'IL A À FAIRE"

"Il a les idées claires. Il ne s'est jamais mêlé de politique. Il sait ce qu'il a à faire", a commenté Thanos Papasavvas, responsable des placements monétaires chez Investec Asset Management, à Londres.

Les chefs de file des principales formations ont arrêté leur choix au terme de négociations parfois houleuses. Le nom de Filipos Petsalnikos, président du Parlement, avait émergé mercredi, avant d'être éclipsé par celui de Lucas Papadémos.

"Après plusieurs jours d'une comédie ridicule, la Grèce dispose aujourd'hui d'un Premier ministre tout à fait qualifié pour mener à bien la tâche qui lui a été assignée", a assuré Costas Panagopoulos, directeur de l'institut de sondage Alco.

"Le fait que les partis soient finalement parvenus à coopérer est également très positif. J'espère que le fossé béant entre les partis politiques et les citoyens grecs va désormais se combler", a-t-il ajouté.

Signe de l'ampleur de la tâche qui attend Lucas Papadémos, l'institut grec de la statistique a fait état d'une forte hausse du chômage, dont le taux a atteint 18,4% en août, au plus fort de la fréquentation touristique. Il était de 16,5% en juillet.

Le futur Premier ministre assure qu'il n'a fixé aucune condition à sa nomination. De source proche du gouvernement, on indique toutefois qu'il a exigé de George Papandréou et d'Antonis Samaras, respectivement chefs de file du Parti socialiste (Pasok) et de la Nouvelle démocratie (opposition), un engament écrit en faveur de l'accord conclu avec l'Union Européenne.

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