Crise russe : les solutions qui s'offrent à Poutine

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Les manifestations de rue à Moscou sont un signal d'alarme inquiétant pour Vladimir Poutine. Les cercles proches du pouvoir réfléchissent à trois scénarios de sortie de crise.

« Le parti des escrocs et des voleurs ».... C'est désormais sous ce qualificatif, lancé pour la première fois par un bloggeur, que les Russes désignent Russie Unie, le parti créé en 2001 et présidé par Vladimir Poutine depuis 2008. Cela en dit long sur le discrédit dont souffre cette formation politique aux ordres du Kremlin au sein de la population jeune, urbaine, éduquée et active.

Les manifestations actuelles sont-elles le signe que la Russie entre dans une ère de déstabilisation qui pourrait conduire à un changement de régime, à l'image de ce que l'on a observé en Égypte, en Tunisie ou en Lybie ? Difficile à dire, mais il est clair que Vladimir Poutine n'apparaît plus, aux yeux de la nouvelle classe moyenne urbaine russe, comme le leader incontournable. C'est un tournant décisif. Cela ne signifie pas qu'il ne sera pas élu à la présidentielle de mars prochain : c'est un luxe que ni lui ni les clans qui lui sont proches ne peuvent se permettre.

Pouvoir laxiste, pays figé

Mais cela signifie qu'il faudra répondre, d'une façon ou d'une autre, à la colère qui s'exprime dans la rue, pour la première fois depuis plus de dix ans. Vladimir Poutine n'a pas stabilisé la Russie, il l'a rigidifiée. Il a repris des éléments du régime soviétique comme la verticale du pouvoir, le contrôle du politique sur l'économie, la mise en coupe réglée des opposants, la terreur fiscale chez les oligarques, pour les plaquer sur un système économique libéral.

L'obsession du contrôle, de la conduite des affaires en rênes courtes, et en même temps, l'affichage par le pouvoir d'un laxisme sidérant en matière de corruption, de recherche d'enrichissement rapide, de construction de groupes d'intérêts habilités à mettre la main sur tel ou tel grand projet (les Jeux olympiques de Sotchi en sont un vivant exemple) ou sur tel ou tel pan de l'activité économique (Gazprom, Rosneft, RosTechnologii), conduisent la Russie vers une impasse. Dans ce système, quelle est la place de la génération des 25-30 ans, bardée de diplômes, désireuse d'entreprendre et de voir leur pays embrasser tous les codes de la modernité ?

Face à cette demande, Vladimir Poutine n'a guère d'autres choix que de tenter d'y répondre. Utiliser la force et la répression serait suicidaire. Les « spin doctors » du Kremlin ont d'autres plans.

Une première hypothèse consisterait à distancier Vladimir Poutine de Russie Unie. Créer un nouveau parti est chose aisée et lui donner une allure plus jeune, plus moderne, voire plus démocratique et plus libérale n'est pas hors de portée. Autre hypothèse : susciter un semblant d'alternative. Depuis l'accession de Vladimir Poutine au pouvoir, tous les opposants déclarés ont été éliminés d'une façon ou d'une autre. En mars prochain, cela pourrait être différent. Mikhaïl Prokhorov a annoncé lundi sa candidature à la présidentielle. C'est un oligarque de la première génération. Il a fait fortune dans les années 1990 aux côtés de Vladimir Potanine, d'abord dans la banque, puis à la faveur des privatisations des années 1993-1996 en rachetant, pour une bouchée de pain, le leader mondial du nickel, Norilsk. Il s'est séparé de Potanine voici deux ans pour se rapprocher d'une autre figure historique de l'oligarchie russe, Oleg Deripaska, patron de Rusal, leader mondial de l'aluminium.

Fragiles oligarques

Crédité d'une fortune de 18 milliards de dollars, Prokhorov (qui est en train de vendre sa banque à Société Généralecute; Générale) cultive l'image de l'entrepreneur à succès, moderne, imaginatif et audacieux. Mais à Moscou, on sait bien que la position d'oligarque est fragile dans un contexte judiciaire où n'importe quel chef d'entreprise peut-être poursuivi et emprisonné en quelques semaines. La candidature Prokhorov pourrait donc être un signal envoyé par le pouvoir, qu'une forme de compétition peut exister.

Dernière hypothèse, enfin : que Vladimir Poutine annonce lui-même un tournant historique dans la façon de diriger la Russie, une sorte de « grand soir » pacifique et démocratique qui libérerait la société russe des pesanteurs qui la paralysent encore. C'est la moins probable de toutes car il perdrait ainsi le soutien de son « clan », lequel veut préserver à tout prix son pouvoir et sa richesse. François Roche

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a écrit le 24/12/2011 à 11:07 :
Poutine n'a peut être pas trop de soucis à se faire pour son élection mais se cramponner au pouvoir de longues années encore c'est moins sûr. Les russes ne veulent plus qu'on leur vole leur destin. La corruption c'est beaucoup trop à supporter. Ils sont dignes et pas plus cons que les autres. Et je vous en parle pour vivre à Moscou depuis 17 ans. Alors JCM affirmer que les occidentaux qui ne veulent pas revoir Poutine au Kremlin c'est raconter une fable. Les Russes n'ont pas de leçon à recevoir de personne. Ils veulent choisir honnêtement leur avenir. Rien à voir avec les occidentaux. Arrêter de raconter n'importe quoi !
Réponse de le 23/02/2012 à 9:52 :
HRS.
Je n'ai aucune leçon a donner aux russes; je souhaite leur bonheur. En ce qui vous concerne vous avez mal suivi la campagne de déstabilisation orchestrée par les Services Secrets occidentaux au sujet de supposées tricheries lors des élections.
Tout va rentrer dans l'ordre avec la victoire de Mr Poutine (au premier tour) même si il sera encore accusé de je ne sais quoi ! Jean-Claude Meslin
a écrit le 15/12/2011 à 13:05 :
Aujourd'hui j'ai suivi tout l'interview de Mr Poutine sur Russia-Today TV (l'avantage d'être fluent en anglais). Ce monsieur montre beaucoup plus de classe et de sincérité que ce que nous sommes habitués à voir en France. Il n'a aucun souci à se faire au sujet de l'élection présidentielle. Ceux sont les occidentaux qui ne veulent pas le revoir au Kremlin; (pas les russes); car ils ont peur de l'envergure que vont prendre la Russie et les BRICS, auxquels d'autres nations (comme l'Allemagne) vont rejoindre...Jean-Claude Meslin
Réponse de le 15/12/2011 à 18:34 :
J'ai oublié de vous préciser que Monsieur Poutine a dialogué avec son peuple pendant quatre heures et demie. Ce n'était pas un monologue comme on a tant l'habitude de voir en France...JCM
a écrit le 14/12/2011 à 15:06 :
Si on regarde le résultat officiel des élections, russie unie a eut 49% des voix, les "poutinistes de gauche" (russie juste) 13 %, les "poutinistes d'extrème droite " (le parti de jirinovski ) 12 %, soit un total de la "majorité plurielle virtuelle de poutine" de 74 % ...., alors même s'il devait y avoir eut des fraudes, poutine est loin d'être prêt de sa fin.
Et quand à l'opposition , elle est essentiellement représentée par le parti communiste (19%), le parti juste cause , les libéraux pro-occidentaux, obtenant 0.5 % des voix : si ce devrait être la fin de poutine ce ne serait pas pour avoir une russie plus libérale et pro-occidentale, tout au contraire.
La force montante dans l'opposition anti-poutine , ce sont les décus du poutinisme, ceux qui considérent que , que ce soit contre les oligarques, la défense des russes à l'intérieur (contre les immigré d'asie centrale ) ou de la russie dans le monde (contre l'occident ), si poutine a put initialement faire illusion, il s'avère en fin de compte vraiment insuffisant.
Cela ne se traduit pas encore dans les élections , ces opposants nationalistes et anti-corruptions n'ayant pas encore l'organisation appropriée, mais ils ont quelques t?tes qui commencent à sortir du lot, tel navalny, le blogueur inventeur du slogan "russie unie, partie des escrocs et des voleurs ".
Si à terme il devait y avoir des gens capables de vaincre électoralement poutine, ce serait probablement ces gens là.
Quand aux gens qui sont démangés par l'idée de faire s'engager l'europe pour la défense des libertés et de la démocratie, qu'ils regardent plutôt du côté de l'ukraine, ou le président ianoukovitch met en prison la chef de l'opposition qui est une rivale crédible pour les prochaines élections, comparé à Ianoukovitch, poutine ressemble à un enfant de choeur pro-démocrate.
a écrit le 14/12/2011 à 14:13 :
Ce pays qui libéré de ses carcans ancestraux pourrait aisément être le plus puissant du globe tant il a de possibilités.
a écrit le 14/12/2011 à 9:17 :
Qu'ils se fasse virer comme les autres tyrans.
Réponse de le 14/12/2011 à 11:49 :
Ouais, comme en Syrie ou en Iran !
Réponse de le 14/12/2011 à 16:12 :
COURAGE POUTINE TU T'EN SORTIRA GRANDI TU FERAS TIENS BON C'est tout

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