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ÉconomieInternational

Paris-Londres : la mésentente cordiale

Par Eric Albert, à Londres

Publié le 19 décembre 2011 à 05:23 - Mis à jour le 19 décembre 2011 à 05:27

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Paris estime que Londres devrait être le premier à perdre son AAA. Les agences de notation ne sont pas d'accord, et les Britanniques furieux.

La France semble avoir choisi la diplomatie de cour de récréation : "regardez, monsieur, l'autre aussi fait des bêtises." Alors que la perte de la note AAA française se rapproche ? après Standard & Poor's le mois dernier, Fitch a mis la note française sous surveillance négative vendredi ?, trois hauts responsables français se sont lancés en fin de semaine dernière dans une attaque cinglante de l'économie britannique, estimant que c'est elle qui devrait perdre sa bonne note en premier, pas la France.

Habituellement très prudent, maître ès langues de bois si nécessaire, Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, a ouvert l'attaque jeudi dans une interview au Télégramme de Brest. "La dégradation (de la France) ne me paraît pas justifiée au regard des fondamentaux économiques. Ou alors, il faudrait que (les agences) commencent par dégrader le Royaume-Uni qui a plus de déficit, autant de dette, plus d'inflation, moins de croissance que nous et dont le crédit s'effondre." En déplacement au Brésil, François Fillon, le Premier ministre, a enfoncé le clou, estimant que ses "amis britanniques" ont une dette et un déficit plus élevés que la France. Et François Baroin, le ministre de l'Economie, a amicalement conclu la salve sur Europe 1, soulignant que la situation britannique était "très préoccupante" : "on n'a de leçon à donner, mais on n'en a pas à recevoir [...]. On préfère être français que britannique en ce moment sur le plan économique."

Sur le fond, les accusations françaises font débat. Sur la forme, elles ressemblent à une déclaration de guerre diplomatique, qui fait suite à des tensions qui s'accumulent entre Londres et Paris depuis quelques semaines. Le mois dernier, George Osborne, le chancelier de l'Echiquier britannique, avait déclaré, juste après des propos sur la Grèce : "les marchés se posent même des questions concernant la France." Plus récemment, le "non" de Londres au nouveau traité européen a encore envenimé les relations. Pourtant, ce n'est probablement pas cela qui explique les attaques françaises. Il s'agirait plutôt d'un contre-feu lancé pour préparer les esprits à la perte du AAA, selon une source diplomatique française. C'est une façon d'affirmer que les agences de notation ne savent pas ce qu'elles font.

Ces propos ont évidemment horripilé à Londres. Sans doute pour calmer le jeu, François Fillon a téléphoné à Nick Clegg, le vice-Premier ministre britannique. Celui-ci lui a répondu que les attaques étaient "inacceptables" et qu'il était temps de "calmer la rhétorique". Néanmoins, dans une interview au Guardian samedi, il essayait, lui aussi, de désamorcer les tensions, estimant que c'était la campagne présidentielle en France qui explique ce genre de propos : "il n'y a rien de plus populaire dans la politique française que de s'attaquer à la perfide Albion."

Reste que Paris a réussi avec cette affaire à faire paraître Londres comme une victime. Et dans le même temps, l'Allemagne travaille dans le sens inverse, tentant de faire revenir le Royaume-Uni dans le jeu européen, malgré son "non" au traité. Angela Merkel lui a proposé un statut d'observateur pour les négociations du traité et a publiquement déclaré ses "grands regrets" au veto britannique. Elle a aussi téléphoné vendredi à David Cameron, pour discuter de la marche à suivre sur les prochaines étapes européennes.

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Enfin, qu'est-ce que la France a gagné à lancer ce contre-feu ? Rien, à en croire Robert Zoellick, le directeur de la Banque mondiale, qui était suffisamment inquiet de ce bras de fer verbal pour offrir son opinion sur le sujet. "Les négociations laissent souvent des tensions mais si le processus européen accentue l'acrimonie contre le Royaume-Uni, je crois que ce n'est bon ni pour l'Union européenne ni pour la Grande-Bretagne." Et il appelle tout le monde à un peu de retenue, sur des sujets aussi sensibles que les notes de crédit : "sur des points essentiels comme cela, il faudrait encourager les gens à agir avec un haut niveau de responsabilité." Message reçu à l'Elysée ?

Par Eric Albert, à Londres

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